Une nouvelle étude révèle une activité cérébrale analogue à celle de la parole chez les sourds qui s'expriment en langue des signes

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Montréal, 5 décembre 2000. Une nouvelle étude remet en question la notion selon laquelle la parole et les sons sont essentiels au langage humain. Des chercheurs ont découvert qu’au lieu d’exister exclusivement pour parler, le cerveau humain arrive à déchiffrer des modèles éminemment spécifiques que l’on trouve dans tous les langages humains, parlés ou gestuels.

Mme Laura Ann Petitto du département de psychologie et M. Robert Zatorre de l’Institut neurologique de Montréal à l’Université McGill, ont réalisé une étude à l’aide de la tomographie par émission de positrons (TEP) pour comparer les tracés du débit sanguin dans les cerveaux de sujets sourds et entendants en réponse à la langue des signes (langue des signes américaine ou langue des signes québécoise) et au langage parlé. Ils rapportent que les sujets sourds qui utilisent la langue des signes traitent des éléments très spécifiques du langage naturel (comme des mots et des parties de mots) dans les mêmes zones du cerveau éminemment spécifiques que le font les sujets entendants avec la parole. Or depuis plus de 100 ans, ces régions du cerveau sont considérées comme traitant exclusivement les sons. «Nos résultats ont des conséquences passionnantes étant donné que les sourds ne peuvent entendre la parole et que la langue des signes a évolué avec les mains, en l’absence de sons», affirme Mme Petitto.

Cette découverte a amené Mme Petitto et M. Zatorre à proposer une nouvelle théorie du cerveau et du langage. Au lieu d’être programmées exclusivement pour parler et entendre la parole, les régions du cerveau qui passent pour être spécialisées dans les sons peuvent être réglées sur des modèles éminemment spécifiques importants pour la structure du langage naturel. Les chercheurs espèrent que ces nouvelles constatations contribueront à mieux comprendre la plasticité étonnante du cerveau au début de la vie, et également les régions déjà spécialisées.

Ces résultats sont publiés aujourd’hui dans la revue scientifique souvent citée Proceedings of the National Academy of Sciences, dans un article intitulé Speech-like cerebral activity in profoundly deaf people processing signed languages: Implications for the neural basis of human language dont les auteurs sont L.A. Petitto, R.J. Zatorre, E.J. Nikelski, K. Gauna, D. Dostie et A.C. Evans. Pour d’autres précisions sur cette étude (notamment sur des films en QuickTime de sourds qui représentent gestuellement des échantillons de stimuli visuels) nous vous renvoyons au site Web.

Le financement de cette recherche a été assuré par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, le Conseil de recherches médicales du Canada/les Instituts de recherche en santé du Canada, le Centre McDonnell-Pew de neurosciences cognitives et le Centre d’imagerie cérébrale de l’Institut neurologique de Montréal.