Un « projectile magique » d’origine virale cible les cellules tumorales avec l’aide d’un nouveau composé

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Des chercheurs canadiens découvrent une façon de rendre les cancers vulnérables aux « bons » virus

Des chercheurs de l’Université McGill et de l’Institut Lady Davis pour la recherche médicale de l’Hôpital général juif affilié à McGill – en collaboration avec des collègues de l’Université d’Ottawa et de l’Institut de recherche en santé d’Ottawa (IRSO) – ont fait état d’une découverte majeure liée à l’utilisation de virus pour cibler et détruire les cellules tumorales, une approche thérapeutique connue sous le nom de virothérapie oncolytique. Les résultats de leur recherche ont été publiés dans le premier numéro de septembre de la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

L’équipe de recherche, dirigée par le Dr John Hiscott de la Faculté de médecine de McGill et de l’Institut Lady Davis, conjointement avec le Dr John C. Bell et des collègues de l’Université d’Ottawa et de l’IRSO, a découvert qu’une famille de composés appelés inhibiteurs d’histone désacétylase (HDAC) pourrait constituer le chaînon manquant susceptible de transformer les virus oncolytiques en de puissantes armes novatrices contre le cancer. Leur projet de recherche bénéficie de l’appui du Consortium canadien multicentrique sur les virus oncolytiques, qui est commandité par l’Institut national du cancer du Canada et par la Fondation Terry Fox.

« L’un des plus grands défis à relever dans le traitement du cancer est de parvenir à cibler et à détruire les cellules tumorales qui résistent aux traitements classiques », mentionne le Dr Hiscott. « La stratégie que nous avons mise au point consiste à utiliser un virus non humain inoffensif qui pénètre de façon spécifique dans les cellules tumorales et s’y réplique pour ensuite les détruire, sans toutefois nuire aux cellules saines. » Toutefois, comme l’explique le Dr Hiscott, de nombreuses tumeurs primitives résistent encore à cette approche thérapeutique virale. « L’une des façons de surmonter cet obstacle est de traiter la tumeur avec d’autres molécules qui augmentent la capacité du virus à cibler et à détruire les cellules tumorales. »

Les chercheurs et auteurs principaux Nanh Nguyen et Hesham Abdelbary, rattachés aux laboratoires Hiscott et Bell, se sont penchés sur les inhibiteurs d’histone désacétylase, qui inhibent les enzymes responsables de la modulation de la structure des chromosomes dans les cellules tumorales. Ils ont testé l’association inhibiteurs d’HDAC–virothérapie dans le cadre d’expériences avec cultures cellulaires réalisées en laboratoire sur des modèles animaux de cancer, mais aussi sur des tissus humains prélevés chez des patients atteints de cancers du sein, de la prostate et du côlon immédiatement après l’excision des tumeurs.

« Un traitement à l’aide de ces composés permet d’augmenter de façon spectaculaire la vulnérabilité de ces cancers aux virus oncolytiques », souligne le Dr Hiscott. « Cette association thérapeutique stimule de façon marquée et inattendue la capacité de ces virus à cibler et à détruire les cellules tumorales. »

Pour ce faire, les chercheurs ont utilisé un minuscule rhabdovirus en forme de projectile provenant de cellules d’insecte, connu sous le nom de VSV et choisi tout particulièrement pour son incapacité à infecter les cellules humaines saines. Aux dires du Dr Hiscott, les virologues étudient le VSV depuis plusieurs décennies et ses caractéristiques réplicatives sont bien comprises sur le plan moléculaire. « Comme il ne s’agit pas d’un agent pathogène humain, la plupart des personnes ne sont pas porteuses d’anticorps dirigés contre ce virus, ce qui signifie qu’il serait possible de disposer d’un intervalle suffisant pour traiter les patients avec succès avant qu’une réaction immunitaire ne s’enclenche », précise le chercheur.

Le Dr Hiscott et ses collègues sont très enthousiastes à l’idée que cette nouvelle approche puisse conduire rapidement à la mise au point de nouveaux traitements expérimentaux pour les cancers du sein, de la prostate et du côlon ou d’autres tumeurs primitives qui résistent actuellement à la virothérapie.

« La virothérapie pourrait constituer une option valable pour le traitement du cancer lorsqu’elle est jumelée à une nouvelle approche biothérapeutique », indique le Dr Hiscott. « Comme la tenue d’essais cliniques avec des virus semblables et des inhibiteurs d’HDAC a déjà été approuvée chez l’humain, il est possible que les résultats de ces études s’étendent rapidement à la pratique. Des essais chez l’humain seraient donc envisageables d’ici un an ou deux. Ces expériences sont essentielles pour déterminer si ce “projectile d’origine virale” est réellement un “projectile magique” capable d’atteindre une cible bien définie. »

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