Recherches concertées sur les arthralgies

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Le docteur Robin Poole étudie les douleurs causées par l'arthrite

Bien que l'arthrite soit un terme que l'on apparente généralement à la vieillesse, cette affection peut toucher tous les groupes d'âge. Mot d'origine grecque, il désigne une affection articulaire d'origine inflammatoire. En cas de poussée, des activités aussi simples que le jardinage, l'écriture ou la montée d'escaliers demandent des efforts surhumains à la personne qui souffre d'arthrite.

L'arthrite se manifeste sous diverses formes, mais les types les plus courants sont l'arthrose et la polyarthrite rhumatoïde. Dans l'arthrose, la membrane protectrice qui recouvre les extrémités des os dans les articulations s'appelle cartilage articulaire. Celui-ci commence à s'user, ce qui permet aux os de se frotter l'un contre l'autre. Cela provoque des douleurs et une rigidité des articulations. La polyarthrite rhumatoïde est une affection auto-immune en vertu de laquelle le système immunitaire de l'organisme court-circuite les articulations et commence à les attaquer, provoquant une enflure et une sérieuse gêne qui là aussi, détruit le cartilage articulaire.

Le docteur Robin Poole, directeur du Laboratoire des arthralgies à l'Hôpital Shriners des enfants infirmes de Montréal et professeur au département de chirurgie de McGill, fait des recherches sur l'arthrite chez les enfants et les adultes. Il s'efforce de déterminer de nouvelles cibles des médicaments contre l'arthrite et de trouver une technique permettant de déceler et de surveiller les lésions articulaires chez les patients ainsi que leur traitement.

Un élément particulier de l'arthrite qu'étudie le docteur Poole est la production de biomarqueurs de l'arthrite. Il s'agit de substances chimiques que l'on peut déceler dans le sang d'un patient et qui reflètent les produits de dégradation des cartilages durant la destruction des articulations. Ces marqueurs permettent aux médecins de prévoir si oui ou non un sujet risque d'être atteint d'une forme quelconque d'arthrite, en plus de mesurer le rythme d'évolution de la maladie.

« Ces biomarqueurs pourraient entièrement remplacer le besoin d'essais cliniques traditionnels », fait observer le docteur Poole, étant donné qu'ils permettent aux médecins de suivre l'évolution de la maladie de même que le succès de la pharmacothérapie expérimentée. Un essai traditionnel dans l'arthrose peut prendre jusqu'à trois ans et coûter 100 millions de dollars US. L'essai au moyen d'un biomarqueur ne dure que deux mois étant donné que la valeur prédictive du biomarqueur reflète l'issue après une période de traitement beaucoup plus courte. L'utilisation de ces biomarqueurs pour déterminer des cibles des médicaments a également incité le docteur Poole à collaborer avec les compagnies pharmaceutiques pour « transmettre les connaissances du banc au chevet et les développer pour les patients ».

En tant que directeur scientifique actuel du Réseau canadien de l'arthrite (RCA), l'un des réseaux nationaux de centres d'excellence qui compte plus de 130 chercheurs sur l'arthrite, le docteur Poole a réussi à sceller un solide partenariat entre les chercheurs, le gouvernement et l'industrie. Il est membre du conseil consultatif de l'Institut de l'appareil locomoteur et de l'arthrite (IALA), qui est une division des Instituts de recherche en santé du Canada.

Une récente conférence sur l'arthrose que le docteur Poole a contribué à organiser en tant que président du comité organisateur a réuni des chercheurs, des patients, des stagiaires, des professionnels de la santé et des médecins pour qu'ils discutent des recherches sur l'arthrite et qu'ils envisagent de nouvelles options thérapeutiques. « En temps normal, on constate une très faible intégration des efforts. C'est pourquoi nous nous efforçons d'abattre les obstacles et d'agir différemment », affirme le docteur Poole au sujet des efforts qu'il déploie pour créer une tribune de discussion et d'échange. Avec la Société d'arthrite, l'IALA et le RCA, le docteur Poole s'évertue à créer un Programme national de l'arthrite au Canada qui sera une première mondiale dans ce domaine.

Le docteur Poole collabore avec des chercheurs sur la douleur comme l'ex-professeur de physiologie et de psychiatrie de McGill, M. Jim Henry, pour étudier l'importance de la douleur dans les lésions articulaires. Ensemble, ils ont récemment découvert que les nerfs qui desservent les articulations lésées par l'arthrite peuvent être subdivisés en deux catégories : ceux qui déclenchent des signaux associés aux lésions articulaires et ceux qui transmettent des signaux en vue d'atténuer ces lésions. « Nous savons aujourd'hui que les nerfs ne se contentent pas de ressentir la douleur, mais qu'ils contrôlent en réalité les processus dans l'articulation qui favorisent sa dégradation ou au contraire la préviennent. »

Quant aux traitements existants, certains médicaments contre la polyarthrite rhumatoïde ne contribuent pas seulement à soulager la douleur d'origine inflammatoire, mais peuvent également entraîner une rémission de la maladie. Malheureusement, les traitements actuels de l'arthrose, même s'ils permettent de soulager la douleur, ne font rien pour ralentir l'évolution de la maladie. Et étant donné que la plupart de ces médicaments coûtent fort cher, le docteur Poole fait observer : « Il est extrêmement difficile de prescrire ces médicaments aux patients, car les gouvernements refusent d'en régler la note. » Certains des médicaments utilisés pour lutter contre la polyarthrite rhumatoïde semblent bien réussir à maîtriser les lésions des cartilages dans l'arthrose. Tous les espoirs sont donc permis pour le traitement futur de l'arthrose.

Le docteur Poole parle également de progrès comme ses nouvelles techniques diagnostiques qui permettent aux médecins de prévoir l'évolution de la maladie. « Il est étonnant de pouvoir prélever des échantillons sanguins sur un patient et de pouvoir prédire ce qui va lui arriver d'ici 18 mois. » Et grâce à ces progrès, sans oublier la collaboration de plus en plus étroite entre les gouvernements, les chercheurs, les médecins et les patients, des percées encore plus prometteuses sont à portée de la main.

Il s'agit de la septième d'une série d'entrevues avec des chercheurs de McGill sur la douleur dont les recherches sont subventionnées par les Instituts de recherche en santé du Canada. Ce projet, réalisé avec la collaboration du Carrefour chimie-société de McGill, vise également à exposer les récents progrès survenus dans l'étude de la douleur. Il est permis de reproduire cet article en totalité ou en partie.