La douleur vous tape-t-elle sur les nerfs?

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James Henry, professeur à McGill, concentre ses recherches sur la façon dont les nerfs transmettent la douleur

Lorsque vous ressentez une douleur, plus rien d'autre ne compte. Vous vous moquez des nouvelles, des résultats sportifs ou des caprices de la Bourse. Vous êtes obsédé par le soulagement de votre douleur. Les recherches de James Henry, professeur à McGill, visent précisément cet objectif. Le Dr Henry est professeur de physiologie et de psychiatrie et président de la Fondation canadienne pour le traitement de la douleur. Il a été le lauréat du Prix du Millénaire de la Société canadienne pour le traitement de la douleur et l'un des architectes du projet de nouveau centre de McGill voué aux recherches sur la douleur. À l'heure actuelle, le seul autre centre de recherche sur la douleur au Canada est situé à l'Hôpital Mount Sinai de Toronto. Grâce à des fonds d'amorçage déjà promis par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), il est permis d'espérer que le Centre de recherche sur la douleur de McGill sera bientôt une réalité.

En sa qualité d'électrophysiologue, James Henry a étudié l'activité électrique des cellules nerveuses. Ces «neurones», comme on les appelle, représentent la voie qui transmet le message de douleur au cerveau. Et tout se fait automatiquement. Si vous touchez un rond de cuisson brûlant, instinctivement, vous retirez votre main. Vous n'avez même pas besoin d'y réfléchir! Les neurones qui sont responsables de ce phénomène ne se touchent même pas l'un l'autre. Ils sont séparés par une minuscule région de contact que l'on appelle une synapse. Comment se fait-il donc que le message franchisse cette région de contact? Au moyen de substances chimiques que l'on appelle des neurotransmetteurs. Une cellule nerveuse stimulée électriquement déclenche une activité dans une cellule attenante en libérant des neurotransmetteurs spécifiques qui s'imbriquent dans les récepteurs de la cellule voisine. Le Dr Henry étudie la possibilité de modifier l'activité synaptique au moyen de médicaments. En particulier, la substance P, qui est un peptide de neurotransmetteur et qui contribue à la transmission des signaux de douleur vers le cerveau.

Chaque année, la douleur empêche des millions de gens d'aller au travail, ce qui se traduit par des milliards de dollars de pertes économiques. Beaucoup, dont le Dr Henry, soutiennent qu'un trop gros volume des recherches qui se font sur la douleur n'ont pas de répercussions sur un nombre suffisant de gens, qu'il s'agisse des médecins ou des patients. L'un des principaux objectifs d'un «centre de la douleur» est d'améliorer les communications entre les chercheurs sur la douleur et le reste du milieu médical. «En réunissant des spécialistes, nous espérons pouvoir établir des collaborations qui ne se produiraient pas autrement spontanément», affirme le Dr Henry.

Jusqu'ici, la plupart des percées réalisées à McGill ont été le fruit d'efforts individuels. L'exemple qui saute à l'esprit est celui du professeur Ronald Melzack, l'un des auteurs de la célèbre Théorie du contrôle par soupapes de la douleur, et l'auteur du Questionnaire de McGill sur la douleur de renommée mondiale. Grâce à ces travaux de pointe, le Centre permettra d'aborder le traitement de la douleur de manière plus cohésive et pluridisciplinaire.

Le Dr Henry espère également que le Centre remplira un mandat d'éducation du public, afin de faire comprendre aux patients victimes de douleur que leur situation n'est pas désespérée. Il existe bel et bien des possibilités d'accroître leur niveau de confort. «Nombreux sont les gens qui ne savent pas que des équipements spéciaux existent où ils peuvent obtenir des soins de pointe pour les soulager de leurs douleurs», déclare le Dr Henry. Les brochures publiées par la Société canadienne pour le traitement de la douleur, dont la paternité revient à un autre professeur de McGill, le Dr Céleste Johnson, et qui sont distribuées dans les cabinets des médecins et les hôpitaux, s'emploient déjà à essayer de sensibiliser les gens à ce phénomène. Et McGill a organisé un certain nombre de conférences publiques sur la douleur, allant même jusqu'à consacrer une journée de recherche complète à ce sujet chaque année.

«Il est inquiétant de constater le retard pris par notre société dans le soulagement de la douleur», affirme le Dr Henry. Il se félicite du regain d'attention suscité par ce sujet et se réjouit à la perspective d'un approfondissement des recherches et de la coordination des efforts en cours à l'Université. «Cela n'est que justice, compte tenu du fait que McGill est à l'avant-garde des recherches sur la douleur depuis des dizaines d'années!» Le but ultime bien entendu est de soulager les souffrances, pour que d'anciens patients puissent à nouveau vaquer à leurs occupations quotidiennes, comme de regarder les nouvelles et la tenue de la Bourse. Ce qui bien entendu peut entraîner des douleurs d'un autre genre.

Voici la première d'une série d'entrevues avec des chercheurs de McGill sur la douleur dont les recherches sont subventionnées par les Instituts de recherche en santé du Canada. Ce projet, co-réalisé avec le Carrefour Chimie-Société de McGill a pour objectif de faire découvrir les récents progrès des recherches sur la douleur. Leur réimpression partielle ou intégrale est autorisée.