Un lien existe entre les perturbations du sommeil chez les enfants autistes et les problèmes de régulation du comportement

Une récente étude longitudinale associe les troubles du sommeil des jeunes autistes aux difficultés de régulation du comportement qu’ils éprouvent plus tard au cours de l’enfance

Une récente étude longitudinale associe les troubles du sommeil des jeunes autistes aux difficultés de régulation du comportement qu’ils éprouvent plus tard au cours de l’enfance.

Ces résultats démontrent l’importance d’un soutien fourni aux familles pour résoudre les problèmes de sommeil de leurs jeunes enfants autistes, explique la chercheuse principale, Mayada Elsabbagh, directrice associée de la recherche clinique du CARA au Neuro.

La qualité du sommeil pour la santé générale constitue un fait bien établi, mais, dans le cas des jeunes enfants autistes, un soutien et un traitement pour améliorer la qualité de leur sommeil les aideront à développer une meilleure régulation comportementale en grandissant, ajoute-t-elle.

« Il s’agit d’une étude passionnante dans la mesure où elle laisse entrevoir certains domaines d’intervention », déclare Annette Estes, professeure en sciences de l’audition et de la parole à l’Université de Washington à Seattle, qui n’a pas participé à l’étude. Mme Estes a déjà laissé entendre que les perturbations du sommeil dans la petite enfance entraveraient le développement normal du cerveau et contribueraient ainsi à l’autisme.

Il s’agit de l’une des premières études qui examinent directement le lien, longtemps suspecté, entre la qualité du sommeil chez les enfants autistes et les fonctions exécutives. C’est-à-dire l’ensemble des processus mentaux mis en œuvre par un individu pour gérer son propre comportement afin d’atteindre des objectifs. « L’étude confirme l’hypothèse selon laquelle ces systèmes neuronaux sont liés », selon Mme Elsabbagh.

Chez l’enfant, les troubles du sommeil disparaissent généralement au cours des premières années de vie. Mais, chez l’enfant autiste, un mauvais sommeil est lié à une atteinte des fonctions exécutives.

Ce lien et d’autres résultats accréditent l’hypothèse selon laquelle les perturbations du sommeil chez les enfants autistes – souvent susceptibles d’éprouver des difficultés persistantes à dormir – contribueraient également à des difficultés exécutives.

La lutte pour dormir

Au cours de cette nouvelle étude, l’équipe de Mme Elsabbagh a analysé les données de 217 enfants autistes participant à Pathways in ASD, une étude longitudinale entreprise en 2005. Les problèmes de sommeil des participants ont été évalués au moyen du Children’s Sleep Habits Questionnaire, un sondage auquel répondaient une première fois les parents d’enfants âgés de 2 à 4 ans, puis à nouveau environ trois ans plus tard. De leur côté, les chercheurs ont évalué les fonctions exécutives des enfants à quatre reprises entre 7 et 12 ans environ, à partir de questionnaires remplis par les parents et les enseignants.

L’équipe a constaté une association entre de graves difficultés pour dormir durant la petite enfance et une moindre régulation du comportement. D’autres types de fonctions exécutives, comme la capacité de réflexion et de gestion des pensées, n’étaient pas associés aux difficultés de sommeil.

L’âge auquel les enfants éprouvent des difficultés pour dormir revêt une importance. Dans le cas d’enfants ayant des problèmes d’endormissement de 2 à 4 ans, on ne constatait pas de difficultés de régulation comportementale environ quatre ans plus tard. En revanche, les enfants qui tardaient à s’endormir vers l’âge de 6 ou 7 ans présentaient des difficultés de régulation du comportement environ un an plus tard.

Les chercheurs n’ont pas élucidé la raison des variations de ces résultats selon l’âge.

Les réveils nocturnes fréquents entre l’âge de 2 et 4 ans n’avaient pas d’incidences ultérieures sur la régulation du comportement, peut-être parce qu’il s’agit d’un phénomène courant chez tous les enfants, a constaté l’équipe.

Cette étude a été publiée en mai dans la revue Sleep.

Un sujet nébuleux

L’étude ne confirme pas l’existence d’une relation de cause à effet entre le sommeil et les difficultés de régulation du comportement, précise Mme Estes. Toutefois, elle incite à penser que les troubles du sommeil précèdent la manifestation des problèmes de régulation du comportement chez les enfants.

Pour clarifier le lien entre régulation du comportement et problèmes de sommeil, il faudra obtenir des mesures plus détaillées de ces derniers. Certains enfants ont du mal à s’endormir, tandis que d’autres se réveillent pendant la nuit ou tôt le matin. La fréquence de ces manifestations varie également. Comme les enfants n’ont pas tous les mêmes paramètres idéaux pour l’heure du coucher et la durée de sommeil, cela ajoute une autre complication.

Même s’ils dorment toute la nuit, ils peuvent néanmoins avoir des habitudes de sommeil particulières et indétectables en l’absence de mesures objectives telles que la surveillance de leurs ondes cérébrales, fait remarquer Amanda Richdale, de l’Olga Tennison Autism Research Centre à l’Université La Trobe à Melbourne, en Australie, qui n’a pas participé à l’étude.

Au cours d’études postérieures, on pourrait intervenir pour aider les enfants en bas âge ayant des problèmes de sommeil afin de voir s’il est possible d’atténuer les déficits des fonctions exécutives, explique Mme Elsabbagh. De multiples facteurs autres que la qualité du sommeil contribuent probablement aux fonctions exécutives, ajoute-t-elle.

Citer cet article : https://doi.org/10.53053/KWAC5933

Cet article a été initialement publié dans Spectrum le 5 juillet 2021.

 

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