Fin d’une odyssée diagnostique

La récente publication d’une étude génétique dans le New England Journal of Medicine redonne espoir aux milliers de personnes atteintes d’un trouble invalidant de la démarche d’apparition tardive

Une maladie neurodégénérative grave est toujours difficile à vivre, mais le stress et la frustration augmentent grandement, lorsqu’on ignore de quelle maladie il s’agit.

Pour le Dr Bernard Brais, clinicien chercheur au Neuro (Institut-Hôpital neurologique de Montréal) de l’Université McGill, l’une des expériences professionnelles les plus gratifiantes, consiste à fournir un diagnostic formel à ses patients.

Dernièrement, sous sa direction, une étude internationale a découvert la cause génétique d’une ataxie commune à déclenchement tardif, une maladie qui altère progressivement l’équilibre d’une personne, au point de nécessiter souvent des aides à la marche. Une à trois personnes sur 100 000 dans le monde développeront une ataxie à déclenchement tardif.

Cette étude, publiée dans l’édition du 12 janvier 2023 du New England Journal of Medicine, a identifié une mutation causant la maladie dans le gène FGF14. L’analyse de ce gène chez des patients atteints d’ataxie au Québec et à l’étranger a permis à l’équipe du Dr Brais d’établir que cette mutation constitue l’une des causes génétiques les plus courantes de l’ataxie à déclenchement tardif décrites à ce jour. En effet, elle explique 61 pour cent des cas au Québec et entre 10 et 18 pour cent des cas dans les groupes de patients allemands, australiens et indiens.

Les patients qui ne pouvaient obtenir un diagnostic auparavant peuvent désormais passer un test pour détecter cette mutation, mettant ainsi fin à leur quête de réponses.

« Au cours des 20 dernières années, j’ai promis aux patients atteints d’ataxie à déclenchement tardif que je mettrai tout en œuvre pour découvrir la cause de leur ataxie familiale », précise le Dr Brais. « En tant que chercheur et médecin traitant, ce fut une expérience extrêmement gratifiante de pouvoir les informer que nous avons non seulement trouvé la cause de leur maladie, mais qu’il s’agit de la cause probablement la plus courante de l’ataxie chez les adultes au Québec et qu’on mènera un essai thérapeutique sous peu. » Qui plus est, la possibilité d’un essai clinique laisse envisager le soulagement de certains des symptômes, car il existe un médicament particulièrement prometteur et approuvé par Santé Canada pour d’autres troubles neurologiques : la 4-Aminopyridine. Ce médicament a déjà donné des résultats positifs chez un petit groupe de patients présentant la mutation FGF14.

« Ces résultats ouvrent la porte à un essai clinique sur ce médicament pour ces patients », déclare le Dr Brais. « C’est une excellente nouvelle pour les malades au Canada et dans le monde entier ».

La séquence répétée de la mutation FGF14 est identique à celle d’un gène appelé FXN qui cause l’ataxie de Friedreich, la forme la plus courante d’ataxie autosomique récessive dans le monde. Une telle similitude conduit à envisager l’emploi de certains des nouveaux traitements mis au point contre l’ataxie de Friedreich pour le traitement des patients porteurs du FGF14.

L’inspiration de ses prédécesseurs

Comme nombre de médecins, le Dr Brais a choisi sa spécialisation sous l’influence de ses mentors. Tout d’abord, lors de ses études de médecine, sa rencontre avec l’ancien directeur du Neuro, feu William Feindel, l’a incité à s’orienter vers la neurologie. Tous deux partageaient une passion pour l’histoire, qui s’est révélée utile plus tard dans la carrière du Dr Brais lorsqu’il a retracé les origines des maladies à effets fondateurs dans les familles québécoises.

La maladie neurologique dont souffrait sa mère a constitué une seconde motivation.

« Lorsque je lui ai rendu visite au Neuro, j’ai vu comment les neurologues traitaient son cas. À ce moment-là, je me suis dit que c’était ce que je voulais faire et que cette spécialité m’intéressait vraiment. »

Le troisième facteur qui l’a orienté vers la neurologie a été le Dr George Karpati, un neurologue spécialisé dans les maladies neuromusculaires.

« Grâce à lui, j’ai appris qu’il était possible de faire de la recherche sur les maladies neuromusculaires au Neuro. »

Enfin, son ancien professeur à McGill, le Dr Charles Scriver, l’un des meilleurs généticiens au monde l’a convaincu qu’il pouvait faire carrière dans l’histoire des maladies neurologiques héréditaires au Québec.

« Mes divers champs d’intérêt ont fini par se recouper et m’orienter sur ma voie. Je suis devenu neurogénéticien et j’ai commencé à travailler dans le domaine après mon doctorat avec le Dr Guy A. Rouleau, dans une discipline qui a grandement évolué et transformé la neurologie moderne. »

« C’était dans les années 1980, une époque de rapide évolution dans les technologies génétiques. Nous étions à un moment où l’étude de la population québécoise francophone, en raison de l’effet fondateur, pouvait conduire à de grandes avancées en génétique, notamment en accélérant la découverte des nouveaux gènes pour les maladies.

La découverte originale de la mutation FGF14 a été possible parce qu’elle est beaucoup plus fréquente au Québec, où elle correspond à une maladie à effet fondateur. Sa fréquence élevée dans la province constitue un problème de santé important. Les objectifs de l’équipe dirigée par le Neuro sont de mieux comprendre comment cette erreur génétique provoque la maladie et de permettre aux nombreux cas au Québec d’accéder à de nouveaux traitements.

Sans le soutien de la Fondation Groupe Monaco, de la Fondation de l’Hôpital général de Montréal et de nombreux organismes nationaux, ces travaux n’auraient pas été possibles.

 

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Le Neuro (L'Institut-hôpital neurologique de Montréal) - un institut de recherche et d’enseignement bilingue de McGill, qui offre des soins de haut calibre aux patients - est la pierre angulaire de la Mission en neurosciences du Centre universitaire de santé McGill. Nous sommes fiers d’être une institution Killam, soutenue par les fiducies Killam.

 

 

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