Nouveau regard sur la maladie mentale

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Trois facteurs clés pourraient permettre de prédire un grand nombre de troubles psychiatriques, avec une efficacité de 90 %
Publié: 8déc.2021

Une récente étude menée à l’Université McGill lève le voile sur un sujet peu exploré : l’origine des troubles psychiatriques. Cette recherche montre que la combinaison de trois facteurs est en grande partie responsable de nombreux troubles psychiatriques précoces, dont la dépression, l’anxiété, les dépendances, la dyslexie, la boulimie et le TDAH. Le premier de ces facteurs est biologique : il s’agit de la variabilité individuelle du circuit dopaminergique de la récompense dans le cerveau. Le second facteur est social : il met en évidence le rôle important de la négligence ou de la maltraitance durant la petite enfance. Le troisième facteur est d’ordre psychologique : il est lié au tempérament, en particulier aux tendances à l’impulsivité et à la difficulté à contrôler les émotions. Ces résultats font avancer la compréhension des causes de nombreux troubles psychiatriques et permettent de déterminer les caractéristiques à cibler dans le cadre des démarches d’intervention précoce.

« On pensait jusqu’à récemment que les troubles psychiatriques reflétaient des entités pathologiques discrètes, chacune ayant ses propres causes distinctes », explique Marco Leyton, auteur en chef de l’étude publiée dans Neuropsychopharmacology, professeur au Département de psychiatrie de l’Université McGill et chercheur principal à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill. « Notre étude remet complètement cette idée en question; elle indique plutôt que la plupart des troubles précoces reflètent principalement les expressions différentielles d’un petit nombre de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. »

Trois facteurs clés croisés pour la première fois : tempérament, trauma et dopamine

Des recherches antérieures indiquaient que chacun de ces trois facteurs, pris isolément, contribuait au moins modérément au développement de troubles psychiatriques. Les auteurs de cette nouvelle étude ont plutôt choisi d’étudier l’association de ces facteurs. Jean Séguin (Université de Montréal) et Michel Boivin (Université Laval) ont ainsi suivi 52 jeunes personnes résidentes des régions de Montréal ou de Québec (30 femmes et 22 hommes) depuis leur naissance. Les chercheurs ont soumis les participants à des examens d’imagerie cérébrale (tomographie par émission de positrons [TEP] et d’imagerie par résonance magnétique [IRM]) afin de mesurer les caractéristiques de leurs circuits de récompense. Ils ont ensuite croisé les données recueillies sur les caractéristiques cérébrales avec les traits de caractère et les antécédents de difficultés en début de vie de leur échantillon de participants.

Des résultats qui ouvrent la voie à des nouvelles approches prédictives

Il a été frappant de constater que la combinaison de ces seuls trois facteurs permettait de déterminer à plus de 90 % de précision quels participants avaient éprouvé des problèmes de santé mentale dans le passé ou pendant la période de suivi de trois ans de l’étude. Comme ces résultats sont très novateurs et potentiellement extrêmement importants, les Instituts de recherche en santé du Canada ont doté l’étude de deux millions de dollars supplémentaires afin d’en doubler le nombre de participants et de suivre ces derniers jusqu’au milieu de leur vingtaine. « Il faut reproduire ces résultats à plus grande échelle et avec des participants plus diversifiés à l’égard de l’ethnicité », ajoute Maisha Iqbal, doctorante au Programme intégré en neurosciences de McGill et auteure principale de l’article. « Si nous parvenons à reproduire ces résultats, notre recherche pourrait transformer la façon de voir la maladie mentale ».

L’article « A three-factor model of common early onset psychiatric disorders: temperament, adversity, and dopamine », par Maisha Iqbal et coll., a été publié dans Neuropsychopharmacology. DOI: https://doi.org/10.1038/s41386-021-01187-z Cette recherche est subventionnée par les Instituts de recherche en santé du Canada, Brain Canada, le Conseil de recherches en sciences humaines, le Fonds de recherche du Québec et le Fonds de Recherche du Québec - Société et Culture



L'Université McGill

Fondée en 1821 à Montréal, au Québec, l’Université McGill se classe parmi les meilleures universités au Canada et dans le monde, année après année. Établissement d’enseignement supérieur renommé partout dans le monde, l’Université McGill exerce ses activités de recherche dans deux campus, 11 facultés et 13 écoles professionnelles; elle compte 300 programmes d’études et au-delà de 40 000 étudiants, dont plus de 10 200 aux cycles supérieurs. Elle accueille des étudiants originaires de plus de 150 pays, ses 12 800 étudiants internationaux représentant 31 % de sa population étudiante. Au-delà de la moitié des étudiants de l’Université McGill ont une langue maternelle autre que l’anglais, et environ 19 % sont francophones.

 

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