L'affaiblissement de la biodiversité : une menace pour l'humain

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Les découvertes de la Synthèse de la biodiversité présentées lors de la Journée internationale de la diversité biologique

La variété et la quantité des espèces sont en chute libre et cette situation représente une menace pour le bien-être des générations à venir. Selon les données d'une nouvelle étude présentée le 19 mai à l'Université McGill, dans le cadre de la Journée internationale de la diversité biologique, le coupable de ce déclin spectaculaire est l'humain lui-même.

L'étude intitulée Ecosystems and Human Well-being: the Biodiversity Synthesis Report (aussi disponible sur le site web) a été menée par Millennium Ecosystem Assessment (MEA) de concert avec la Convention sur la diversité biologique. Il s'agit de la plus importante étude jamais menée sur ce sujet. Les données qui en découlent sont le fruit de quatre années au cours desquelles des recherches ont été réalisées par 1 360 experts en sciences naturelles et sociales issus de 95 pays.

Le rapport indique qu'au cours des 50 dernières années, un tort considérable a été causé aux écosystèmes, de telle sorte que le bien-être des générations à venir est en péril. Si rien n'est fait pour combattre les causes qui entraînent la perte de la biodiversité, les dangers qui y sont liés persisteront. On peut notamment lire dans ce rapport qu'il ne sera possible de freiner l'affaiblissement de la biodiversité qu'en interpellant les populations mondiales afin qu'elles conjuguent leurs efforts pour préserver la biodiversité et exploiter les ressources à leur disposition dans le respect de la durabilité, tout en établissant des objectifs et des cibles à long terme.

Voici quelques-unes des principales conclusions de l'étude :

  • les changements en matière de biodiversité causés par l'activité humaine se sont opérés plus rapidement au cours des 50 dernières années qu'à tout autre moment de l'histoire;
  • au cours des 100 dernières années, les cas de disparition d'espèces attribuables à l'humain se sont multipliés par 1 000;
  • environ 12 pour cent des oiseaux, 23 pour cent des mammifères, 25 pour cent des conifères et 32 pour cent des amphibiens sont menacés d'extinction;
  • depuis le début de la pêche industrielle, le cheptel piscicole mondial a connu une baisse vertigineuse de 90 pour cent.

« Si nous voulons préserver et rehausser ce que nous recevons de la nature, il nous faudra relever de sérieux défis », a indiqué M. Anantha Kumar Duraiappah, l'un des coprésidents de la Synthèse de la biodiversité et directeur de la politique économique au sein de l'Institut international du développement durable, à Winnipeg. « En continuant d'agir ainsi, nous risquons de perturber le milieu biologique au point d'entraîner un effondrement irréversible du système dans son ensemble. Pour empêcher une telle situation, il nous faut trouver des moyens plus équitables de partager les services écosystémiques. »

Le rapport aborde les questions suivantes :

  • les changements en matière de biodiversité — conservation de l'habitat, changement climatique, pollution, exploitation excessive des ressources et hausse des espèces étrangères envahissantes — demeurent, voire augmentent dans certains cas;
  • la diversité biologique a permis l'amélioration du bien-être chez l'humain mais les services écosystémiques se sont quant à eux détériorés, aggravant du même coup la pauvreté chez de nombreuses individus;
  • l'élaboration de politiques gouvernementales mettant le respect de la durabilité à l'avant-plan de leurs préoccupations permettra la préservation de la biodiversité et la réduction de la pauvreté;
  • le respect de compromis sera nécessaire pour atteindre les Objectifs du développement de l'ONU pour le Millénaire et la cible en matière de biodiversité fixée par la Convention sur la diversité biologique pour 2010, laquelle vise à réduire le taux d'affaiblissement. En concertant leurs efforts dans la mise en œuvre de stratégies à cet égard, les différents intervenants peuvent contribuer à réduire ces compromis;
  • des démarches sans précédent devront être entreprises pour réduire considérablement le taux d'affaiblissement de la biodiversité, selon la cible fixée pour 2010. En agissant dès aujourd'hui, nous pouvons encore envisager des objectifs plus modestes.

Commentaires sur le Biodiversity Synthesis Report
« Le gouvernement du Québec s'associe avec enthousiasme au Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique et à l'Université McGill, pour l'atelier de l'évaluation des écosystèmes du millénaires, pour la synthèse de l'évaluation de la Biodiversité. Pour le gouvernement du Québec, il s'agit d'un moment privilégié pour réaffirmer ses engagements en faveur de la préservation de la vie sur Terre, notamment dans le cadre de son Plan d'action gouvernemental 2004-2007 sur la diversité biologique. Cet événement constitue également un précieux temps d'arrêt afin de mieux repositionner nos priorités face à ce grand défi mondial qui nous invite à évoluer tous ensemble en harmonie avec la nature », a déclaré le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs et leader adjoint du gouvernement du Québec, M. Thomas J. Mulcair.

« L'affaiblissement de la biodiversité constitue un obstacle majeur et entraîne de plus en plus de risques pour les générations à venir. Le rapport présenté par Millennium Ecosystem Assessment indique qu'il existe des outils de gestion, des politiques ainsi que des technologiques pouvant ralentir cet affaiblissement de façon spectaculaire », a indiqué M. Walter Reid, directeur de MEA.

« Il s'agit véritablement d'un moment-phare dans l'histoire de notre planète », a indiqué M. Jacques Hurtubise, vice-principal (recherche) par intérim de l'Université McGill. « L'institution, plus particulièrement par le biais de son École d'environnement, jouit d'une excellente position pour prendre part au rapport et aux discussions qui en découleront. C'est avec fierté que les universitaires, chercheurs et professeurs mcgillois œuvrant dans de nombreuses disciplines y participeront », a-t-il ajouté.

M. Hamdallah Zedan, secrétaire général de la Convention sur la diversité biologique, a souligné la grande valeur du rapport dans le cadre de l'œuvre de la Convention et des objectifs qu'elle souhaite mener à bien, soit la conservation, le recours à la diversité biologique dans le respect de la durabilité et le partage équitable des avantages qui y sont liés.

« Les découvertes présentées dans le rapport nous rappellent que la biodiversité est nécessaire à toutes les espèces et qu'elle constitue une forme d'assurance-vie pour notre monde en mutation. Elles nous rappellent par ailleurs qu'il nous faut réagir sans tarder », a précisé M. Zedan.

Le secrétaire général a ajouté : « J'invite tous les membres de la Convention à prendre connaissance des données contenues dans ce rapport en prévision de la 11e rencontre de l'Organe subsidiaire chargé de fournir des avis scientifiques, techniques et technologiques, et de formuler des recommandations à l'égard de répercussions qui y sont liées quant au mandat de la Convention, notamment en ce qui a trait à la cible de 2010 en matière de biodiversité ».

À propos de la Convention sur la biodiversité :
La Convention sur la biodiversité biologique est le traité environnemental international auquel le plus grand nombre de pays ont souscrit. Présentée aux fins de signature lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, au Brésil, en 1992, la Convention compte désormais en ses rangs 187 États parties ainsi que l'Union européenne, qui se sont engagés à en respecter les trois objectifs principaux, soit la conservation de la diversité biologique, l'utilisation durable des ressources et le partage juste et équitable des avantages tirés de l'utilisation des ressources génétiques. Le Secrétariat est situé à Montréal, au Canada.

La Synthèse de la biodiversité de Millennium Ecosystem Assessment est le deuxième document d'une série de sept synthèses et rapports sommaires et de quatre volumes techniques qui évaluent l'état des écosystèmes à l'échelle mondiale et leurs conséquences sur le bien-être chez l'humain. Cette synthèse est le fruit de quatre années de recherche et les données qu'elle contient sont reconnues par les gouvernements à titre de mécanismes visant à répondre à une partie des objectifs qui figurent dans plusieurs traités environnementaux internationaux, dont la Convention sur la diversité biologique.

À propos de l'Université McGill :
Principale université canadienne à forte intensité de recherche, l'Université McGill s'est forgée une réputation mondiale au titre de ses travaux savants et de ses découvertes scientifiques. Fondée en 1821, McGill compte 21 facultés et écoles professionnelles qui dispensent plus de 300 programmes, du baccalauréat au doctorat. L'Université attire des professeurs et des chercheurs renommés du monde entier et des étudiants de plus de 150 pays, ce qui lui donne l'un des corps étudiants les plus dynamiques et les plus diversifiés de toute l'Amérique du Nord. Environ 23 000 étudiants de premier cycle et 7 000 étudiants de 2e et 3e cycles y sont inscrits à temps plein ou à temps partiel. Elle est l'une des deux seules universités canadiennes à faire partie de l'American Association of Universities. Ses deux campus sont situés à Montréal, au Canada.