Établissement d'un lien entre la capacité d'apprentissage d'une nouvelle langue et les premières expériences linguistiques

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La capacité d'apprentissage d'une nouvelle langue est déterminée par les débuts de l'expérience linguistique -- quelle que soit la forme précise de cette expérience -- pendant le développement du cerveau du jeune enfant. C'est ce qu'ont constaté les auteurs d'une étude canadienne dirigée par Rachel Mayberry, de l'Université McGill.

Rachel Mayberry, directrice de l'École des sciences de la communication humaine de McGill, Elizabeth Lock, de l'Université d'Ottawa, et Hena Kazmi, de l'Université de Western Ontario, ont étudié des groupes d'adultes sourds et entendants afin d'évaluer l'incidence des débuts et de la nature de l'expérience linguistique sur la capacité d'apprentissage d'une nouvelle langue.

Les résultats de leurs travaux, qui seront publiés dans le numéro du 2 mai de la prestigieuse revue scientifique Nature, révèlent que les adultes sourds et entendants qui vivent leurs premières expériences linguistiques dès leur plus tendre enfance ont la même facilité à apprendre une nouvelle langue, contrairement aux adultes sourds qui n'ont guère connu d'expériences linguistiques pendant leur enfance. La nature -- gestuelle ou parlée -- de la langue apprise durant l'enfance ou à l'âge adulte n'a aucune incidence sur ce rapport.

« Le moment où nous vivons nos premières expériences linguistiques -- quelle qu'en soit la forme -- pendant notre développement est étroitement lié à notre capacité d'apprentissage des langues pendant toute notre vie », souligne Rachel Mayberry.

« On a toujours cru que la capacité d'apprentissage des langues déclinait à mesure que le cerveau vieillissait, ajoute-t-elle. Or, selon nos résultats, lorsque le jeune enfant apprend une première langue, son cerveau acquiert une capacité permanente d'apprentissage des langues. Lorsque le jeune enfant est privé d'expériences linguistiques, cette capacité d'apprentissage des langues ne se développe pas entièrement. »

Les chercheurs ne pouvaient pas limiter leur étude à des sujets entendants, car chez tous les bébés entendants, l'expérience linguistique débute dès la naissance. Il fallait donc examiner aussi des sujets nés sourds, car chez eux, l'expérience linguistique ne commence souvent que lorsqu'ils sont inscrits à des programmes d'enseignement spécialisé.

L'étude a été menée en deux étapes. Dans un premier temps, les chercheurs ont évalué la performance en American Sign Language (ASL) de deux groupes d'adultes sourds -- dont un était formé de sujets nés entendants -- ayant tous appris cette langue à l'école entre les âges de 9 et 15 ans et l'ayant utilisée pendant plus de 20 ans. Les adultes nés sourds et ayant vécu une expérience linguistique limitée pendant leur jeune enfance présentaient un faible niveau de maîtrise de l'ASL, tandis que les adultes ayant perdu l'ouïe après la naissance affichaient une performance élevée dans cette langue.

Dans le second volet de l'étude, les chercheurs ont comparé trois groupes d'adultes ayant appris l'anglais à l'école entre les âges de 4 et 13 ans et l'ayant employé pendant plus de 12 ans. Les adultes sourds et entendants qui avaient appris une langue gestuelle ou parlée pendant leur jeune enfance affichaient une performance élevée en anglais, langue qu'ils avaient apprise plus tard dans la vie. Les adultes sourds dont l'expérience linguistique avait été limitée dans l'enfance présentaient quant à eux un faible niveau de maîtrise de l'anglais.

Au total, 58 adultes ont participé à cette étude, qui a été réalisée dans quatre villes canadiennes et deux villes américaines au cours des quatre dernières années. Les chercheurs s'intéressent maintenant à l'incidence précise des premières expériences linguistiques sur le développement du cerveau et l'apprentissage ultérieur de la lecture.