Sclérose en plaques : écarts dans les évaluations d’aptitude à la marche

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Des chercheurs relèvent des incohérences entre les évaluations cliniques et les suivis en situation réelle
Publié: 2nov2020

D’après des chercheurs de l’Université McGill, des lacunes importantes dans l’évaluation de l’aptitude à la marche des personnes atteintes de sclérose en plaques (SP) pourraient nuire à la mise au point de thérapies et de traitements. Publiée dans le International Journal of MS Care, l’étude a porté sur les écarts observés entre l’évaluation clinique de la capacité de marche et l’exécution en situation réelle.

Pour de nombreux problèmes de santé, notamment la SP, on procède à des évaluations cliniques de la performance physique pour déterminer l’état de santé, mesurer l’efficacité des interventions ou évaluer la réceptivité aux interventions. Toutefois, une personne peut se comporter très différemment selon qu’elle subit une évaluation clinique ou qu’elle évolue dans son environnement habituel.

« Nous voulions nous pencher sur les divergences importantes remarquées entre les évaluations cliniques et le comportement en situation réelle pour les personnes atteintes de SP », explique Kedar Mate, doctorant en sciences de la réadaptation sous la direction de la Pre Nancy Mayo, titulaire d’une chaire James-McGill à l’École de physiothérapie et d’ergothérapie. « On évalue rarement la validité écologique, soit la correspondance entre des résultats de tests et l’exécution en situation réelle, parce qu’on peut difficilement obtenir des données exactes sur le comportement d’une personne dans son environnement habituel. »

« Peut faire » ou « fait réellement »

Après avoir soumis plus de 100 hommes et femmes atteints de SP au test de marche de six minutes, les chercheurs ont analysé les résultats et découvert que des personnes qui marchaient bien à la clinique ne le faisaient pas aussi bien dans des conditions réelles. Chez les mêmes participants, qui ont porté un accéléromètre pendant sept jours consécutifs, les chercheurs ont observé une plus grande variabilité entre la capacité et l’exécution, sauf dans le cas des personnes lourdement handicapées.

« Les essais cliniques qui ne portent que sur quelques secondes ou minutes risquent de mener à une mauvaise évaluation du stade de la maladie, ajoute la Pre Mayo. Il peut arriver que des personnes à faible capacité fonctionnelle aient, de temps en temps, une meilleure mobilité dans leur environnement habituel. Ce signe d’une certaine réserve physique peut être un indicateur de santé important. L’écart entre ce qu’une personne atteinte de SP « peut faire » et ce qu’elle « fait réellement » peut varier grandement en fonction de son humeur, de sa motivation, de la fatigue et de l’environnement. »

Les données peignent un portrait différent

Les essais cliniques typiques, dont le test de marche de six minutes, ne tiennent compte que de deux indicateurs de mesure de la capacité : la vitesse et la distance parcourue pendant un certain laps de temps. D’autres indicateurs mesurables en situation réelle – durée d’activité totale, nombre de pas par jour, nombre de pas en fonction de la vitesse de marche ou durée de la marche à une vitesse bénéfique pour la santé – risquent d’être mis de côté. Il faut aussi souligner qu’une proportion importante de personnes atteintes de SP pourraient ne pas être capables de marcher pendant le laps de temps prescrit.

« Dans les Directives canadiennes en matière d’activité physique, on dit qu’il est bon pour les personnes en situation de handicap de faire des marches de dix minutes ou plus. Nous avons donc été très surpris d’apprendre que les personnes atteintes de SP marchaient rarement plus de 5 minutes d’affilée, précise Kedar Mate. Nous n’avons pas pu utiliser cet indicateur, puisque pratiquement aucun des participants n’a pu marcher assez longtemps. »

C’est pour cette raison que l’utilisation de moniteurs d’activité physique est de plus en plus intéressante, tant pour la recherche que pour une personne désireuse de faire un suivi au quotidien. « Les données fournies par ces moniteurs sont souvent mal exploitées. Pourtant, elles seraient très utiles à quiconque voudrait se fixer des objectifs et faire un suivi. »

Les résultats de cette étude pourraient ouvrir la porte à une meilleure compréhension de l’importance de la marche pour les personnes atteintes de SP. Ils pourraient également être utiles dans les essais de traitements où la capacité de marche joue un grand rôle quant à la détermination de la gravité et à la progression de la maladie.

L’étude

L’article « Clinically Assessed Walking Capacity Versus Real-World Walking Performance in People with Multiple Sclerosis », par Kedar Mate et Nancy Mayo, a été publié dans la revue International Journal of MS Care.

L’étude a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada.

L’Université McGill

Fondée en 1821 à Montréal, au Québec, l’Université McGill figure au premier rang des universités canadiennes offrant des programmes de médecine et de doctorat. Année après année, elle se classe parmi les meilleures universités au Canada et dans le monde. Établissement d’enseignement supérieur renommé partout dans le monde, l’Université McGill exerce ses activités de recherche dans deux campus, 11 facultés et 13 écoles professionnelles; elle compte 300 programmes d’études et au-delà de 40 000 étudiants, dont plus de 10 200 aux cycles supérieurs. Elle accueille des étudiants originaires de plus de 150 pays, ses 12 800 étudiants internationaux représentant 31 % de sa population étudiante. Au-delà de la moitié des étudiants de l’Université McGill ont une langue maternelle autre que l’anglais, et environ 19 % sont francophones.

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