McGill s'attaque aux odeurs de lisier

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Une chercheure du campus Macdonald met au point un nouveau système qui aide à neutraliser l'odeur de l'engrais naturel

Au printemps, les 5 000 producteurs de porcs québécois sont peut-être un peu plus anxieux qu'à l'habitude. C'est qu'il s'agit de la saison de l'épandage dans leurs champs du lisier accumulé durant l'hiver.

Le hic c'est que cette substance riche en nutriants dégage une forte odeur très peu appréciée. Mais s'il n'en tient qu'à Suzelle Barrington, tout le monde pourra bientôt profiter pleinement des fraîches odeurs printanières et les producteurs de porcs n'auront plus à subir les plaintes de leurs voisins non agriculteurs.

Mme Barrington, professeure en génie des bioressources à la ferme du campus Macdonald de l'Université McGill, a mis au point une méthode de digestion anaérobie du liquide brun. Plutôt que d'être entreposé dans les fosses en béton ouvertes qu'on peut voir à la campagne, le lisier de la ferme Macdonald est stocké sous un couvert en plastique étanche qui se gonfle à mesure que le lisier fermente. On peut voir ce digesteur au dôme vert très distinctif de l'autoroute 40, à Sainte-Anne-de-Bellevue.

Moins de gaz à effet de serre et de pathogènes

En retenant l'air et l'oxygène sous son dôme, le digesteur entraîne une diminution des odeurs émanant du lisier. Le dispositif favorise aussi la formation de gaz naturel, un moyen plus efficace de préserver l'azote qui se dégage du lisier et d'en accroître la valeur fertilisante de ce dernier. La décomposition ralentie du lisier sous le dôme fait aussi en sorte que le carbone produit est transmis au sol et non à l'atmosphère, ce qui réduit les émissions de gaz à effet de serre généralement associées à cet engrais.

« La digestion anaérobie (en l'absence d'air) ralentit la décomposition des protéines et donc la formation d'odeurs, explique Mme Barrington. Lorsqu'on épand le lisier dans les champs, sa décomposition est plus lente et l'absorption des nutriants dans le sol est plus efficace. »

Un autre avantage du dôme à lisier est qu'il favorise la décomposition des antibiotiques administrés aux animaux tout en tuant les pathogènes ou parasites présents dans l'engrais. Mme Barrington étudie présentement l'emploi qui pourrait être fait, notamment pour le chauffage de l'eau ou des bâtiments de la ferme, du méthane produit sous le dôme, un gaz qui, actuellement, est relâché dans l'atmosphère.

Mme Barrington estime que la qualité accrue de l'engrais produit sous le dôme à lisier et la réduction de la quantité de méthane dégagé dans l'environnement constituent d'excellentes raisons d'encourager les agriculteurs à utiliser ce système. Plus tard ce mois-ci, elle rencontrera un grand producteur de porcs de la région de Québec dont l'exploitation sera la première ferme commerciale à passer à la digestion anaérobie. Le gouvernement québécois prévoit aussi financer une étude, qui sera menée à l'automne, de l'impact de la méthode Barrington.