Colossal potentiel d'un herbicide non chimique

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Phytobiologiste à l’Université McGill, M. Alan Watson et Marie Ciotola, chargée de recherche à la faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement, pensent être en mesure d’aider les agriculteurs d’Afrique à régénérer des terres agricoles dont ils ont cruellement besoin et qui sont envahies par une mauvaise herbe tropicale du nom de Striga. Les expériences sur le terrain réalisées au Mali sous la direction du laboratoire de recherche sur les biopesticides ont donné des résultats probants grâce à un pathogène qui se produit à l’état naturel, le fusarium. "La plupart des Striga ont été anéanties et le rendement des cultures a doublé", affirme M. Watson. Et ce n’est pas tout, les chercheurs ont même trouvé un moyen de fabriquer le fusarium à l’échelle locale, ce qui confère davantage de pouvoirs économiques et sociaux aux agriculteurs et aux femmes de la collectivité.

L’un des plus sérieux obstacles à la production alimentaire en Afrique, la Striga parasitaire que l’on décrit comme "une jolie fleur doublée d’une mauvaise herbe mortelle", adore les sols pauvres et envahit les deux tiers des terres vouées à la céréaliculture. "Les pertes peuvent atteindre 70 % chez les agriculteurs de subsistance", ajoute M. Watson. La Striga compense son absence de système radiculaire en pénétrant les racines d’autres végétaux et en retardant leur croissance.

M. Watson et ses collègues ont évalué 250 organismes et ont eu la chance de découvrir que le pathogène fusarium attaquait autant les graines que les plantes. La difficulté a consisté ensuite à rendre ce pathogène accessible aux agriculteurs. Les chercheurs ont proposé une tête de rotation dans une capsule qu’il est possible de faire fermenter et sécher localement. Les agriculteurs commencent par revêtir leurs semences de gomme arabique humide, qui agit à la manière d’un adhésif, puis de l’inoculant fusarium. Lorsque les graines sont plantées, la pluie active le fusarium qui devient disponible exactement là où il est nécessaire : au niveau des racines des céréales.

"Grâce à des ingrédients peu cher et disponibles localement comme la paille de sorgho et la gomme arabique, la préparation du champignon séché nécessite des marmites et de l’eau bouillante, qui est la sphère de travail traditionnelle des femmes. Cela leur procure par ailleurs une nouvelle source de revenu", explique M. Watson. Une enquête socio-économique réalisée dans 100 exploitations agricoles par l’équipe de McGill a révélé que les femmes des villages pouvaient en fait produire du fusarium à l’échelle d’une industrie de type familial, en revêtir les lots de semences des agriculteurs et vendre ce service aux cultivateurs locaux.

Les recherches des phytobiologistes de McGill ont été menées sous l’égide du programme Population, Terres et Eau du Centre de recherches pour le développement international (CRDI). Le programme est axé sur la productivité des sols et la gestion de l’eau en vue de fournir des sources sures d’alimentation, d’eau et de revenu aux habitants des campagnes de l’Afrique et du Moyen-Orient. Son unicité tient au fait qu’il tient compte des connaissances, des besoins et des voeux des populations directement touchées par la rareté des terres arables et de l’eau. L’avenir est plein d’espoir, affirment les chercheurs qui collaborent avec le CRDI pour introduire le fusarium dans d’autres pays touchés par la Striga. En félicitant l’équipe d’Alan Watson et le CRDI, Mme Deborah Buszard, doyenne de la faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement de McGill a fait remarquer avec fierté: "Transmettre gratuitement des connaissances et des technologies aux pays en développement est un élément qui contribue vraiment à améliorer la condition humaine".