Changements climatiques : le réveil hâtif des crapauds

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Publié: 19juil2016

McGill Newsroom

Une étude sur l’hibernation du crapaud nous éclaire sur le changement climatique

La capacité de prédire le moment où les crapauds du sud du Canada sortent de leur hibernation pourrait permettre aux scientifiques de mieux comprendre les effets des changements climatiques sur diverses espèces d’animaux et de plantes.

Depuis plus de 24 ans, David M. Green, professeur à l’Université McGill et chercheur au Musée Redpath, effectue en compagnie de ses étudiants des travaux sur le crapaud de Fowler sur les rives du lac Érié à Long Point en Ontario. Le professeur Green utilise des données climatiques pour prédire le moment où les crapauds sortent de leur hibernation annuelle de huit mois et, ce faisant, déterminer si un réchauffement du climat entraîne un changement dans le comportement des crapauds.

Attendre le bon moment

Le professeur Green a découvert qu’il est possible de prédire la fin de la saison d’hibernation des crapauds en se basant sur les conditions environnementales, et ce, bien avant que ces amphibiens à la peau verruqueuse ne se réveillent vraiment.

« Les crapauds s’enfouissent dans le sable à une profondeur pouvant atteindre un mètre. Ils sortent de leur torpeur lorsque le sable au-dessus d’eux devient plus chaud que celui qui se trouve sous eux, explique le professeur Green. Au fil des années, en moyenne, ce moment arrive de plus en plus tôt. »

Selon lui, le modèle qu’il a élaboré pourrait avoir de plus vastes applications. À grande échelle, si cette approche s’applique à d’autres espèces d’animaux et de plantes, il serait alors possible d’obtenir de précieux renseignements sur les effets du réchauffement climatique.

 

Qui sait, ce pourrait toujours être utile

Ce projet de longue date est en quelque sorte le résultat indirect des recherches doctorales du professeur Green sur le croisement du crapaud de Fowler et du crapaud d’Amérique. Une fois professeur à McGill, David M. Green a continué d’étudier le comportement des crapauds. « Comme je devais être sur le terrain avant le début de la saison de reproduction, j’ai commencé à noter le moment où les crapauds sortaient de leur hibernation, dit-il. Il y a 25 ans, je ne pensais pas étudier les changements climatiques un jour, mais les données que j’ai recueillies sont beaucoup plus précieuses et intéressantes que ce que j’aurais pu imaginer. »

Au cours de ce quart de siècle consacré à l’étude des crapauds sur le terrain, la nuit, le chercheur a eu son lot d’aventures et de mésaventures. Sa voiture s’est déjà enlisée dans le sable, et il se souvient qu’il a dû « marcher six kilomètres avec des bottes qui prenaient l’eau et une lampe frontale défaillante avant de rejoindre la maison ». Toutefois, ces observations laborieuses lui ont permis de réaliser un modèle qui servira maintenant à prédire le moment où les crapauds sortent de leur hibernation au printemps.

Et maintenant?

Le travail se poursuit. Afin de vérifier ses prédictions et d’en accroître la précision, David M. Green dispose maintenant de sondes dans les dunes de Long Point qui enregistrent les températures souterraines toutes les 30 minutes. « Il devrait y avoir corrélation entre les oscillations de température et le comportement des crapauds, affirme le professeur Green. Nous pouvons aussi nous servir de ces données pour étudier le moment où d’autres organismes vivant sur ou dans les dunes se réveillent au printemps. »

 

L’article « Amphibian breeding phenology trends under climate change: predicting the past to forecast the future », par David M. Green, a été publié dans Global Change Biology, http://onlinelibrary.wiley.com/journal/10.1111/(ISSN)1365-2486/earlyview

Cette étude a été financée par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, le Service canadien de la faune, le Fonds mondial pour la nature ‒ Canada, le ministère des Richesses naturelles et des Forêts de l’Ontario, l’organisme Wildlife Preservation Canada et la Fédération canadienne de la faune.