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Assainissement de l’eau : des leçons pour les villes

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Selon une étude, les efforts de réduction de la pollution agricole dans un réservoir offrent des avantages aux agriculteurs et aux consommateurs
Publié: 12 Sep 2013

Beijing, avec son ciel brunâtre voilé par le smog, a valu à la Chine sa mauvaise réputation en matière de gérance environnementale. Or, une étude menée par une équipe internationale et interdisciplinaire de spécialistes de l’environnement, y compris le prof. Brian Robinson de l’Université McGill, révèle qu’un programme gouvernemental d’assainissement de l’eau offre actuellement de grands avantages à des millions de personnes de la capitale nationale.

Le réservoir Miyun, à 160 kilomètres au nord de Beijing, est la principale source d’alimentation en eau pour les quelque 20 millions d’habitants de la ville. Une hausse de la demande agricole en eau et une baisse des précipitations – entre autres facteurs – ont réduit de deux tiers le débit du réservoir depuis les années 1960. En outre, la pollution de l’eau, qui ne cesse d’augmenter à cause des écoulements d’engrais et de sédiments, présente de grands risques pour la santé.

Des conditions similaires ont mené en 1997 à la fermeture du deuxième réservoir en importance de la ville de Beijing. Peu après, les fonctionnaires ont commencé à mettre en œuvre un plan pour éviter au réservoir Miyun de subir le même sort.

Le système adopte le modèle fructueux établi par la ville de New York : le gouvernement et les consommateurs en aval mieux nantis versent des paiements aux agriculteurs en amont qui à leur tour modifient leurs pratiques agricoles pour améliorer l’état des eaux.

Dans le cas du programme Paddy Land-to-Dry Land (PLDL) de la Chine, les agriculteurs sont payés pour convertir leurs terres cultivables de la production du riz à celle du maïs, une solution qui réduit à la fois la consommation et la pollution de l’eau. Constamment inondées et souvent situées sur des pentes raides, les rizières entraînent des écoulements considérables d’engrais et de sédiments. Quant au maïs, il exige beaucoup moins d’eau et les engrais ont plus de chance de rester dans le sol.

Comme la culture du riz rapporte à peu près six fois plus d’argent que celle du maïs, le gouvernement indemnise les agriculteurs en leur versant des fonds compensant largement la différence. Les sondages porte-à-porte ont révélé que le programme de rémunération avait, dans la plupart des cas, amélioré les moyens de subsistance des citoyens. Les agriculteurs faisaient plus d’argent et comme la culture du maïs demande moins de temps, ils avaient le loisir de se consacrer à d’autres activités.

Selon l’étude, les écoulements d’engrais ont beaucoup diminué tandis que la quantité d’eau à la disposition des utilisateurs en aval a augmenté à Beijing et dans les environs.

Même si Beijing verse des montants excessifs pour le maïs, le programme apporte d’énormes avantages nets à la ville. S’il en coûte environ 1 330 $ par hectare de terres agricoles pour sa mise en œuvre, le programme rapporte toutefois 2 020 $ par hectare en avantages, le calcul reposant sur la valeur de l’apport accru en eau et de l’amélioration de la qualité de l’eau. (Un hectare équivaut à 2,47 acres.) En fait, les chercheurs ont déterminé que les deux parties en tirent des avantages : pour les propriétaires terriens en amont, le ratio avantages-coûts est d’environ 1,2 et pour les consommateurs d’eau en aval, d’environ 1,3. En tout, le ratio avantages-coûts du programme est de 1,5.

Le programme est une réussite dans son ensemble, mais les sondages porte-à-porte révèlent qu’il n’est probablement pas aussi fructueux qu’il le pourrait. « Les agriculteurs semblent consacrer une partie des paiements comptants alloués par le programme à l’achat d’engrais supplémentaire, ce qui va en fait à l’encontre de l’intention de ce dernier. De fait, le comportement adopté en réaction à ce genre de politique revêt une assez grande importance et n’est habituellement pas pris en compte lors de la conception du programme, affirme M. Robinson, professeur adjoint en géographie à McGill et coauteur principal de l’étude, avec M. Hua Zheng de l’Académie chinoise des sciences.

« Pour être efficaces, les programmes devraient tenir compte des réponses des ménages et être assortis d’une certaine flexibilité, fait remarquer le prof. Robinson. Il y en a qui sont déjà en cours dans toute l’Amérique latine et l’Afrique. L’un des principaux moteurs du succès du PLDL, d’après les chercheurs, était la volonté du gouvernement d’adapter le programme à la volée pour répondre aux besoins des agriculteurs. Par exemple, alors que d’autres modes de rémunération ont établi des limites strictes de paiements à long terme, quand les conditions à Miyun ont changé et que les agriculteurs se sont dits insuffisamment rémunérés, la Chine a haussé les paiements.

Bien que ces projets reposent habituellement sur une analyse mathématique attestant que la restauration des terres est une solution bien meilleure à long terme et moins dispendieuse que des usines de filtration de l’eau – facteurs qui ont d’ailleurs dicté le PLDL – ils ont un autre avantage, c’est-à-dire la possibilité de remettre en état l’environnement naturel et les autres avantages en découlant.

Par ailleurs, malgré les nombreuses retombées positives du PLDL jusqu’ici, la mise en œuvre de tels programmes exige un examen minutieux.

« Est-il juste de dire aux gens qu’ils doivent changer leur mode de vie pour le plus grand bien de la société? », déclare Gretchen Daily, professeure en biologie à Stanford et coauteure principale de l’étude. « Ce sont des questions politiques et éthiques difficiles qui ne se défendent pas toujours au vu de chacun. Par ailleurs, avec les pressions sur les ressources qui s’intensifient partout, il faut trouver comment rémunérer les gens de manière équitable et comment créer de nouvelles avenues. Dans la plupart des cas, il n’y a pas de solution idéale simple, comme en témoigne la controverse soulevée par l’approche de la ville de New York. Les efforts actuels de la Chine sont des expériences importantes dont les villes du monde entier peuvent tirer des leçons. »

L’étude a été publiée en ligne le 3 septembre dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences. Les coauteurs du rapport sont Zhi-Yun Ouyang de l’Académie nationale chinoise des sciences; Yi-Cheng Liang et Mary Ruckelshaus du Natural Capital Project; Stephen Polasky de l’Université du Minnesota et du Natural Capital Project ainsi que Dong-Chun Ma et Feng-Chun Wang de l’Institut des sciences hydriques et de la technologie de Beijing.

Lien vers l’étude :

http://www.pnas.org/content/early/2013/08/30/1312324110.full.pdf+html?sid=cd89331b-c485-46fb-8336-65cd5ad2f63d

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