L’horloge biologique, précieuse alliée dans la guérison

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Après une opération, l’efficacité des anti-inflammatoires est fonction du moment de leur administration
Publié: 21janv.2020

Vous venez d’être opéré au genou, à l’épaule ou à la hanche? Alors, vous avez tout intérêt à prendre votre anti-inflammatoire le matin ou le midi plutôt que le soir. Une étude dirigée par des chercheurs de l’Université McGill révèle que les gènes de l’horloge biologique ont leur mot à dire dans le rétablissement postopératoire. En effet, les chercheurs ont démontré que les anti-inflammatoires favorisaient davantage la guérison et le rétablissement si le patient les prenait pendant les périodes d’activité de son horloge biologique.

Publiée récemment dans la revue Scientific Reports, l’étude donne également à penser que la prise d’anti-inflammatoires en après-midi ou en soirée – soit pendant les phases de repos du rythme circadien – peut nuire considérablement à la cicatrisation et à la reconstitution des os après une intervention chirurgicale. Pourquoi? Parce que c’est à ce moment-là que les cellules appelées « ostéoblastes » s’affairent à la réfection des os.

Les gènes de l’horloge biologique influent sur la cicatrisation postopératoire

Nous savons déjà que les gènes de l’horloge biologique jouent un rôle dans certaines maladies, notamment le cancer, l’arthrite ainsi que les maladies d’Alzheimer et de Parkinson. Dans l’étude, on a cependant constaté pour la première fois que le rythme circadien exerçait un effet dans tous les types d’intervention chirurgicale ou de lésion. L’article est signé par trois coauteurs de la Faculté de médecine dentaire de l’Université McGill : le Pr Faleh Tamimi Marino, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la recherche craniofaciale translationnelle et coauteur en chef, ainsi que les Pres Belinda Nicolau et Laura Stone.

Après une intervention chirurgicale, l’inflammation est essentielle à la cicatrisation, puisqu’elle a pour fonction de détruire les éventuelles bactéries présentes autour du siège de l’opération et d’envoyer des signaux qui attireront les cellules réparatrices des tissus. Il ne s’agit toutefois pas d’un processus continuel.

« Le processus inflammatoire est fait de périodes très destructrices, mais aussi de périodes réparatrices importantes pour la guérison, explique Faleh Tamimi. Aussi, de nombreuses entreprises pharmaceutiques s’emploient depuis un bon moment à mettre au point des médicaments capables d’inhiber les mécanismes inflammatoires destructeurs, sans pour autant nuire aux mécanismes réparateurs. »

« Et puis, poursuit le professeur, un matin dans la douche, je me suis dit : peut-être pourrions-nous tirer parti de ces variations du rythme circadien? En ce qui a trait à la cicatrisation osseuse, la phase destructrice du rythme circadien intervient pendant la journée, lorsque des cellules appelées ostéoclastes dégradent le tissu osseux. Quant aux cellules réparatrices, appelées ostéoblastes, elles s’activent la nuit. Je me suis donc dit que la cicatrisation osseuse serait peut-être plus efficace si, au lieu d’administrer des anti-inflammatoires toute la journée, on réservait leur usage à la période matinale, pour ensuite recourir aux analgésiques en soirée afin de soulager la douleur. »

Des différences appréciables au chapitre de la guérison et des gènes

Les chercheurs ont comparé la douleur et la cicatrisation osseuse dans deux groupes de souris présentant une fracture du tibia. Le premier groupe recevait des doses constantes d’anti-inflammatoires sur une période de 24 heures, tandis que le second recevait des anti-inflammatoires en matinée seulement – pendant les phases d’activité du rythme circadien – et des analgésiques la nuit. Or, le soulagement de la douleur et la restauration de la solidité osseuse ont été à la fois plus rapides et plus marqués chez les sujets du second groupe. Et, fait étonnant, les chercheurs ont également observé des différences entre les deux groupes dans l’expression de plus de 500 gènes spécifiques liés aux processus de cicatrisation osseuse. « C’est un peu comme si les anti-inflammatoires du matin et ceux du soir étaient deux médicaments différents », précise Faleh Tamimi.

Le corps a ses raisons…

« Enfant, lorsque je me coupais, ma mère me disait de ne pas m’en faire, que tout irait mieux après une bonne nuit de sommeil », souligne Haider Al-Waeli, auteur principal de l’article, rédigé pendant ses études doctorales à l’Université McGill. « Eh bien, elle avait raison, puisque la guérison est essentiellement un processus nocturne », conclut le Dr El‑Waeli, aujourd’hui résident en clinique à l’Université Dalhousie.

« Le corps a son propre rythme, souligne le Pr Tamimi. En donnant des anti-inflammatoires le matin, on travaille de concert avec ce rythme-là, mais en les donnant le soir, on va à l’encontre du rythme du corps, si bien qu’on perturbe le processus de guérison. »

Les chercheurs recueillent actuellement les données préliminaires d’un essai clinique sur la douleur et la cicatrisation après l’extraction des dents de sagesse. Deux schémas thérapeutiques sont à l’étude : d’un côté, la prise exclusive d’anti-inflammatoires et de l’autre, la prise d’anti-inflammatoires le matin et le midi seulement, puis d’analgésiques l’après-midi et le soir. Les résultats préliminaires sont prometteurs.

L’article « Chronotherapy of Non-Steroidal Anti-Inflammatory Drugs May Enhance Postoperative Recovery », par H. Al-Waeli et coll., a été publié dans Scientific Reports.

doi.org/10.1038/s41598-019-57215-y

L’étude a été financée par la chaire de recherche du Canada sur la recherche craniofaciale translationnelle, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, l’Alpha Omega Foundation, le Réseau de recherche en santé buccodentaire et osseuse du Québec et le Fonds de recherche du Québec – Santé.

 

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