Nous voilà, une fois de plus, parvenus au terme d’une année universitaire. Nous rendons hommage à nos finissants et finissantes ainsi qu’aux personnes lauréates de distinctions, de bourses et de prix, en ne manquant toutefois pas d’encourager celles et ceux n’ayant pas atteint l’objectif visé à persévérer sans baisser les bras. Lors de la cérémonie de collation des grades, Shibl Mourad nous a raconté que jamais il n’avait renoncé à son rêve de quitter la Syrie pour venir au Canada et étudier à McGill. Et bien qu’il ne soit pas arrivé à McGill par la voie classique des études au premier cycle ou aux cycles supérieurs, il l’a finalement décroché, son diplôme de l’Université McGill. En effet, il s’est vu décerner un doctorat honorifique pour l’ensemble de son œuvre : son enseignement, son travail de pointe au sein du laboratoire Google DeepMind et son apport à la recherche et aux travaux sur l’IA à Montréal et au Canada. Son histoire est faite de persévérance, de détermination et de confiance en ses propres capacités, ainsi que des choix qui l’ont emmené là où il est aujourd’hui.
Voilà qui m’amène à réfléchir à mes propres choix et à la transition que je m’apprête à opérer : je quitterai bientôt mon poste de doyenne de l’École d’éducation permanente de l’Université McGill pour prendre, plus tard cet été, de nouvelles fonctions de direction à l’Université du Minnesota. Je me trouve ainsi à la croisée des chemins, sur le point de quitter l’un d’entre eux pour emprunter l’autre, en proie tantôt à l’enthousiasme, tantôt à l’appréhension. Un poème de Robert Frost, « La route que je n’ai pas prise », me revient en mémoire. Il est souvent interprété à tort comme un appel à suivre ses rêves et à emprunter le chemin le moins fréquenté. En réalité, le poète parle des choix qui s’offrent à nous et du renoncement inévitable que ces choix nous imposent, puisque nous devons forcément nous engager dans un chemin, que l’on choisira parfois au hasard, parfois à partir d’une information lacunaire.
Bien sûr, tout chemin comporte des écueils, mais ceux qui jalonnent notre chemin, nous les connaissons. Dès lors que nous empruntons un autre chemin, nous ignorons quels écueils se dresseront devant nous. Ai-je pris la bonne décision? Et si ce chemin débouchait sur un cul-de-sac? Nous nous engageons sur un chemin de vie sans forcément savoir ce qui nous attend, savoir si nous avons fait le bon choix. Et une fois en route, nous n’aurons peut-être plus la possibilité de revenir sur nos pas, « [m]ais comme je savais qu’à la route s’ajoutent les routes, je doutais de ne jamais revenir », nous dit le poète. Mais lorsqu’on doit faire un choix, on grandit et on avance; c’est vrai tant pour celles et ceux qui empruntent un nouveau chemin que pour celles et ceux qui restent.
L’heure du départ approche et je pense avec nostalgie à tout ce que je vais laisser derrière moi. La formidable équipe de l’École d’éducation permanente s’est transformée et continuera d’évoluer, avec ou sans moi. Et contrairement à ce que croit le voyageur de Robert Frost qui, en rétrospective, pourrait être tenté d’exagérer l’importance de cet instant où il a pris sa décision et des répercussions de cette dernière, « je conterai ceci en soupirant d’ici des siècles et des siècles, quelque part : … j’ai suivi [la route] la moins fréquentée, et c’est cela qui changea tout », ce sont en réalité les petits et grands gestes du quotidien, le fait de mettre un pied devant l’autre, qui comptent le plus. De même, ce sont les gestes quotidiens d’apprentissage, d’enseignement et de gestion qui ont permis à nos apprenants et apprenantes de mener leur programme et leurs cours à bien et qui font qu’aujourd’hui, nos collègues du corps enseignant et du personnel administratif peuvent se dire qu’ils ont fait de leur mieux.
Je suis fière de ce que nous avons accompli ensemble et je suis impatiente de voir où nos chemins respectifs nous mèneront.