Systèmes essentiels à la planète menacés

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De nouvelles données et analyses suggèrent que la résilience de la planète est maintenant menacée

« Les gens dépendent des aliments, et les aliments dépendent d’une eau propre », affirme la professeure Elena Bennett, de l’École d’environnement de l’Université McGill, qui a contribué à l’étude grâce à ses travaux sur les cycles azote/phosphore. « Ces nouvelles données révèlent que notre capacité à produire dans l’avenir des quantités suffisantes de nourriture et de disposer d’eau potable et d’eau propre pour la baignade est menacée. »

Cette étude, dans laquelle les chercheurs ont fixé de nouvelles limites planétaires (au-delà desquelles se produiront des changements environnementaux soudains et irréversibles), a fait l’objet d’un article publié aujourd’hui dans la revue spécialisée Science. Elle suggère que de tels changements touchant le climat de la Terre, l’intégrité de la biosphère (un concept englobant la perte de la biodiversité et la disparition des espèces) et le système terrestre (en raison de la déforestation, par exemple) constituent un risque pour les sociétés actuelles et futures. Le quatrième système sensiblement menacé est constitué par les cycles azote/phosphore, qui ont une incidence à la fois sur l’eau que nous consommons et notre capacité à produire des aliments.

Deux enjeux sous-tendent l’état des cycles azote/phosphore. Ces deux éléments sont essentiels à la vie végétale et animale. Or, le phosphore, utilisé comme engrais pour les champs et les pelouses, n’est disponible qu’en quantité limitée, et les stocks dont nous disposons sont concentrés sur les plans géographique et politique. En effet, près de 90 % des réserves connues de phosphore se trouvent dans trois pays seulement : la plus grande partie est concentrée au Maroc, la Chine et l’Algérie étant les deux autres principaux producteurs.

En outre, les résidus d’engrais à base de phosphore rejetés dans les lacs peuvent avoir des effets désastreux sur les eaux environnantes. Ils peuvent occasionner une accélération de la croissance des algues susceptible d’entraîner le déclin ou la disparition d’autres organismes lacustres et de produire des toxines dangereuses pour les gens ou les animaux qui se baignent dans ces lacs ou en puisent de l’eau aux fins de consommation. 

« L’été dernier, environ un demi-million de résidents de la ville de Toledo ont découvert que leur eau potable était contaminée par une toxine appelée microcystine. De plus, en 2007, le gouvernement du Québec a déclaré que plus de 75 lacs étaient contaminés par des toxines produites par les algues bleu-vert », explique la professeure Bennett. « Ce genre de problème est appelé à devenir de plus en plus fréquent. L’accès à un plus grand nombre de lacs sera interdit, nous devrons assumer des coûts plus importants pour assainir notre eau et serons confrontés de plus en plus souvent à des situations temporaires où notre eau ne pourra plus être purifiée ni consommée. Voilà où nous en sommes pour avoir franchi cette limite planétaire. Ce n’est une bonne chose pour personne. »

La elena.bennett [at] mcgill.ca (professeure Elena Bennett), de l’École d’environnement de l’Université McGill, a participé à l’élaboration de nouvelles méthodes d’analyse des cycles azote/phosphore, l’une des quatre limites planétaires fondamentales qui, selon les scientifiques, ont déjà été franchies. Elle est disponible pour donner des entrevues.

POINTS CLÉS 

  • Le concept de limites planétaires a été actualisé à la lumière de nouvelles analyses et évaluations quantitatives.
  • Les changements climatiques et l’intégrité de la biosphère sont considérés comme des limites planétaires fondamentales. L’altération significative de l’une ou l’autre de ces « limites fondamentales » « ferait basculer le système terrestre dans un nouvel état ».
  • Les experts estiment que quatre limites ont déjà été franchies, l’humanité se trouvant maintenant dans une zone de danger : les changements climatiques, l’érosion de l’intégrité de la biosphère (perte de la biodiversité et disparition des espèces), les modifications du système terrestre, l’altération des flux biogéochimiques (utilisation d’engrais, cycles azote/phosphore).
  • Le dépassement de ces limites augmente le risque que les sociétés actuelles et futures déstabilisent le système terrestre, soit les interactions complexes entre les sols, les océans, l’atmosphère, les nappes glaciaires, la vie et les hommes.
  • La limite climatique supérieure de deux degrés reconnue internationalement se trouve au-delà du niveau seuil appliqué pour les changements climatiques : elle constitue donc une cible risquée pour l’humanité et, par conséquent, une cible minimale absolue pour les négociations mondiales sur le climat.

Les neuf limites planétaires

  1. Les changements climatiques
  2. L’érosion de l’intégrité de la biosphère (perte de la biodiversité et disparition des espèces)
  3. L’appauvrissement de l’ozone stratosphérique
  4. L’acidification des océans
  5. Les flux biogéochimiques (cycles azote/phosphore)
  6. Les modifications du système terrestre (p. ex., la déforestation)
  7. La consommation mondiale d’eau douce
  8. La pollution atmosphérique par les aérosols (la présence de particules microscopiques dans l’atmosphère qui affectent le climat et les organismes vivants)
  9. La présence de nouveaux composés (p. ex., les polluants organiques, les substances radioactives, les nanomatériaux et les microplastiques)

Pour communiquer directement avec la chercheuse : elena.bennett [at] mcgill.ca.

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elena.bennett [at] mcgill.ca
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