L’homme qui soignait des arbres

La prochaine fois que vous franchirez le portail Roddick, vous verrez se dresser au loin, fidèle au poste, le majestueux Pavillon des arts. Mais si vous tournez plutôt votre regard vers la gauche ou vers la droite, un autre trésor se déploiera dans toute sa splendeur devant vos yeux : les magnifiques arbres de l’Université.

Vous verrez alors que McGill peut avoir des allures de jardin botanique. J’ai eu l’occasion d’en faire le constat en me promenant sur le campus en compagnie d’Éric Champagne, horticulteur de l’Université. Pendant près de deux heures, il m’a fait découvrir quelques-unes des 120 espèces d’arbres qu’on retrouve sur le campus du centre-ville.

Il y a des magnolias, des tilleuls, des noyers noirs, des chicots du Canada, un savonnier, des robiniers et des arbres à neige, sans oublier une collection étonnante de chênes (blanc, rouge, à gros fruits, imbriqué, du Japon, noir, bicolore et de Hongrie). Près de la maison Davis, sur la Promenade Sir‑William‑Osler, on peut même voir un petit verger composé de pommiers, de pruniers et de poiriers – certains du Japon – ainsi qu’un pawpaw, arbre fruitier aux allures tropicales.

J’ai aussi pu découvrir de nombreux arbres centenaires, dont un splendide hêtre européen à feuillage pourpre situé près du musée Redpath. Il y a aussi l’énorme ginkgo biloba qui se dresse devant le Pavillon Chancellor Day, sur la rue Peel, et a été planté vers 1892, ou encore le fusain d’Europe, probablement mis en terre l’année suivante, situé tout près du Pavillon de génie Macdonald.

« À cette dimension, il est assez exceptionnel, lance Éric Champagne. C’est vraiment un exemple intéressant des arbres centenaires que nous possédons. Bon, aujourd’hui c’est un arbre, mais en réalité le fusain d’Europe, c’est un buisson. C’est à partir de ce bois qu’on obtenait le charbon utilisé dans la fabrication du fusain dont on se sert pour dessiner. »

Ce fusain d’Europe, probablement mis en terre en 1893, est situé tout près du Pavillon de génie Macdonald.

Quelques instants plus tard, M. Champagne me parle des nombreux ormes et des érables argentés qu’avait plantés l’ancien principal John William Dawson le long de l’allée qui mène du portail Roddick au Pavillon des arts; aujourd’hui, la plupart de ces arbres sont morts. Il attire ensuite mon attention sur un tulipier de Virginie, lui aussi situé près du musée, et s’émerveille devant ses remarquables fleurs. 

Certaines essences d’arbres, notamment les plus rares ou les plus chères, sont reproduites par l’équipe de M. Champagne, qui en récolte les graines afin de les faire germer et pousser dans une serre située sur le toit du Pavillon de biologie Stewart.

« Reproduire nos arbres nous-mêmes, c’est assez intéressant, parce que ça nous évite de les acheter, ce qui est souvent coûteux, explique Michel Ducharme, analyste du Service des bâtiments et terrains. Aussi, dans une perspective de développement durable, si l’on achète nos arbres d’un pépiniériste à Vancouver, en Ontario ou aux États-Unis, leur empreinte carbone sera plus grande, donc c’est logique de les reproduire, dans la mesure du possible, chez nous. »

Cet hêtre européen à feuillage pourpre est situé près du musée Redpath.

Protéger les arbres, un défi de tous les jours

Pendant la saison estivale, environ 17 employés veillent au bien-être des quelque 1 800 arbres qui ornent les nombreux terrains du centre-ville appartenant à McGill. Malgré tout l’amour qu’on peut donner à ces végétaux, les insectes et la maladie font parfois des ravages, et certains arbres en payent le prix.

Ainsi, l’agrile du frêne n’a pas épargné le patrimoine végétal mcgillois.

« Les frênes non contaminés ont été traités au moyen de produits considérés comme écologiques ou biologiques et autorisés par les autorités. Ça semble fonctionner pour l’instant, mais on surveille les autres. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous voulons avoir une diversité d’essences d’arbres sur les terrains de l’Université. Si un insecte ravageur lance une offensive, les survivants seront plus nombreux », explique M. Champagne.

Ces efforts, dit-il, sont « très importants », puisque les arbres majestueux du campus peuvent prendre plus de 40 ans à atteindre leur maturité.

« On investit beaucoup d’énergie pour en prendre soin. Lorsqu’on perd un arbre, c’est l’Université, le campus et tous les étudiants qui en payent le prix », déplore Éric Champgne.