McGill Alert / Alerte de McGill

Updated: Mon, 07/15/2024 - 16:07

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Cartographier Montréal en bande dessinée, le projet de Michel Hellman

Notre professeur praticien McConnell pour l'année 2024 a montré le plan de route de son projet au CRIEM.

Le 29 mai dernier, Michel Hellman, notre professeur praticien McConnell 2024 (en partenariat avec le Festival BD de Montréal), a prononcé une conférence intitulée «Cartographier Montréal en bande dessinée». C’était donc l’occasion de l’entendre sur son projet lors de sa résidence avec nous, ses inspirations et son processus créatif.

Qui est Michel Hellman?

Michel Hellman est un bédéiste et illustrateur. C’est lors de ses études à McGill, en histoire de l’art, qu’il a commencé à documenter sa vie quotidienne à travers ses premières pages de bande dessinée, qui sont devenues, de fil en aiguille, le livre Mile End (Pow Pow, 2011). Il a depuis publié trois autres livres, Nunavik (Pow Pow, 2016), Iceberg (L’Oie de Cravan, 2018) et Le Petit guide du Plan nord (L’Oie de Cravan, 2013). Il a aussi élaboré des expositions à propos des quartiers Côte-des-Neiges et Rivière-Des-Prairies.

 

Page couverture du livre Mile End de Michel Hellman

 

Page couverture du livre Nunavik de Michel Hellman

 

Image de l'exposition Côte-des-Neiges de Michel Hellman

 

 

Pour lui, la bande dessinée est un médium extrêmement polyvalent, puisqu'elle permet de raconter des histoires en employant non seulement une variété de styles, mais aussi de matériaux. Bien sûr, il y a le bon vieux papier et stylo (ce qui est les cas dans Mile End et Nunavik), mais Michel a également exploré d’autres manières d’aborder la narration séquentielle, avec le papier découpé dans Iceberg, et des sacs à ordures (!) découpés, fondus avec un fer à repasser et collés sur fond blanc dans le Le Petit guide du Plan nord.

 

Image du livre Iceberg de Michel Hellman

 

 

Image du Petit Guide du Plan Nord de Michel Hellman

 

 

Que veut-il faire au CRIEM?

Le projet de Michel sera articulé autour des quartiers de Montréal, en faisant une place toute spéciale à leur(s) identité(s).

D’ailleurs, l’image produite pour cette conférence est un genre de premier balbutiement de ce projet, présentant différents quartiers avec leur identité enjouée, guindée, assoiffée, etc., tout autour du mont Royal!

Image de la conférence Cartographier Montréal en bande dessinée de Michel Hellman

Michel explique les réactions que suscite cette illustration.

En travaillant avec la communauté de recherche du CRIEM, Michel souhaite aborder les problématiques importantes du moment (la gentrification, l’accès au logement, la cohabitation parfois difficiles entre certains groupes de population), tout en privilégiant les histoires personnelles pour découvrir les rapports intimes qu’un individu ou un groupe d’individus peut développer avec un lieu spécifique. Avec ce programme, nous serons loin du guide touristique!

Pour ce faire, Michel est inspiré par la «cartographie sensible», c’est-à-dire une cartographie qui répertorie l’expérience personnelle du territoire. En d’autres mots, une carte sensible se concentre sur les émotions, les récits personnels, les souvenirs, les sons, et même les odeurs associés à certains lieux dans un territoire donné. Voici deux exemples d’une telle carte, commentés par Michel.

 

 

On retrouve souvent des cartes montrées dans des bandes dessinées, ce n'est pas une idée saugrenue. Elles sont présentes pour de guider le lectorat ou pour situer la diégèse du récit. Elles peuvent même être intégrées à même la séquence d’images, voire dans les dessins eux-mêmes. Ce que Michel souhaite faire avec la cartographie sensible, c’est engager le lectorat dans un rôle actif, lui présenter les quartiers avec un regard neuf. Comme il le mentionne lui-même:

«Ce qui sera peut-être différent dans mon projet, c’est le rôle déterminant qu’elles vont jouer dans la construction du récit. Je veux associer des expériences à des lieux qui revêtent une importance, et utiliser le motif de la cartographie comme élément récurrent de mon récit pour relier le passé au présent, le personnel au collectif.»

Comment compte-t-il s’y prendre?

Le récit déployé par Michel aura trois fondements :

  1. Ses observations sur le terrain;
  2. Des témoignages de personnes qui habitent et qui représentent différents quartiers;
  3. Le travail de recherche de la communauté CRIEM.

La carte constituera une sorte de refrain visuel, puisqu’elle reviendra toujours avec de nouvelles couches, imprégnée de nouvelles significations grâce aux observations, aux rencontres et aux recherches. Des vignettes, soit des BD associées à chaque quartier, seront, pour leur part, les couplets visuels.

Mais bon, une fois qu’on a dit ça, il faut opérationnaliser le tout, pour reprendre un mot cher à la recherche universitaire. Voici la méthodologie empruntée par Michel.

Le point de vue? Michel continuera de se représenter sous la forme du personnage ours, le même avatar présenté dans Mile End et Nunavik, afin de poursuivre la continuité de son œuvre.

Avatar de Michel Hellman: un personnage ours

La méthode? Flâner, parcourir des portions de la ville comme il le ferait comme s’il était touriste, toujours avec un carnet d’observations afin de pouvoir dessiner et documenter ses décisions de parcours, ce qu’il voit et qui il rencontre.

 

Image de carnet de Michel Hellman

 

 

Image de carnet de Michel Hellman

 

 

Image de carnet de Michel Hellman

 

Il y a même un terme précis pour ce concept, qui provient de Guy Debord, la «dérive psychogéographique».

Il y a donc nécessairement une part subjective, voire aléatoire, au projet de Michel. Même s'il documente les décisions qui influencent ses dérives psychogéographiques, il ne sait pas d’avance qui il rencontrera, ni quels sujets précis seront abordés autour des conversations, qu’il articule, de manière large, autour du chez-soi.

La suite? Suivant cette «cueillette de données», les chercheur.se.s de la communauté CRIEM pourront complémenter et donner de la profondeur aux propos de Michel. La bande dessinée comme outil de vulgarisation scientifique profite d’ailleurs d’une bonne erre d’aller depuis quelques années. En effet, la bande dessinée est ludique, est plaisante à l’œil, et elle est particulièrement accessible pour un large public; c’est le genre d’outil qui fait saliver les chercheur.se.s avides de diffuser leurs recherches.

Même que, dans le meilleur des cas, la bande dessinée permet faire naître de nouvelles idées, de créer de nouveaux liens. Dans le cadre du CRIEM, un centre de recherches interdisciplinaires, c’est l’aboutissement rêvé! Cependant, la vulgarisation scientifique en bande dessinée vient avec ses défis, de par son format même.

En mettant beaucoup d’informations dans chacune des cases, les lecteur.trice.s décrochent. Ce qu’il faut, c’est développer le lien émotionnel entre les lecteur.trice.s et le récit présenté. Pour être happé dans l’histoire, il faut suivre le parcours d’un personnage. C’est ça, la clé d’une bonn+e vulgarisation. Et comme mentionné plus tôt, le personnage dont on suivra le parcours (ou plutôt, les parcours) sera Michel lui-même.

Il nous présente ici l’une de ses premières dérives psychogéographiques, qu’il a déjà refait à quelques occasions. Cette déambulation l’a mené de la maison Ernest-Cormier… à l’esplanade Ernest-Cormier et sert de première illustration à ce que son projet au CRIEM pourrait ressembler.

 

Carte de la dérive de Michel Hellman, de la maison Cormier à l'esplanade Cormier

 

 

Dessin de la dérive de Michel Hellman, de la maison Cormier à l'esplanade Cormier

 

Il s'agit déjà un excellent exemple de récit, avec une carte sensible, superposé par les recherches de notre membre Aliki Economides. Bravo Michel! Nous avons hâte à la suite!


Regarder la conférence dans son entièreté

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