En conversation avec Nelson Lee

Nelson Lee revient sur son parcours, de la création du Quatuor Jupiter à son arrivée à l’Université McGill à titre de professeur invité !

 

Ancien premier violon du Quatuor Jupiter, Nelson Lee s’est produit dans des salles prestigieuses aux quatre coins du monde, du Carnegie Hall à New York au Sejong Hall à Séoul, et a enregistré de nombreux albums. Le nouveau professeur invité à l’École de musique Schulich n’est pas pour autant étranger au monde universitaire : il a enseigné à l’Université de l’Illinois au cours des douze dernières années et a offert des cours de maîtres dans des festivals, des conservatoires et de prestigieuses universités américaines. 

Dans cet entretien, Nelson Lee explique comment le caractère multifacette de sa carrière a forgé sa vision du milieu de la musique et sa philosophie de l’interprétation musicale et de l’enseignement – et l’influence qu’il espère exercer auprès des membres de l’École Schulich. 


Avant votre arrivée à l’École de musique Schulich, vous avez été premier violon du Quatuor Jupiter pendant plus de 20 ans. Comment vivez-vous ce changement et votre emménagement à Montréal? 

La transition, bien qu’exigeante, s’est révélée inspirante. Je me sens privilégié d’avoir fait partie du Quatuor Jupiter, et je suis enthousiaste à l’idée de poursuivre mon exploration de la création musicale et de l’art du violon. Être membre d’un quatuor m’a amené à envisager la musique sous plus d’un angle, et j’ai hâte d’explorer ces perspectives avec les étudiants et étudiantes de l’École Schulich.  

Je suis également ravi de me joindre à une communauté artistique aussi dynamique ! Montréal est une ville que j’ai toujours aimé visiter, et j’ai encore peine à croire que j’ai maintenant la chance d’y vivre. En outre, c’est à Montréal que j’ai rencontré mon épouse, Denise  Djokic, alors le fait de s’y installer revêt une signification toute particulière pour nous. (Denise  Djokic se joint également au corps enseignant de l’École de musique Schulich.) 

 

Vous avez occupé divers postes d’enseignant, notamment à l’École de musique de l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign, et offert plusieurs cours de maître dans d’autres établissements. Quels aspects de ces expériences aimeriez-vous transmettre à vos étudiants et étudiantes à l’École Schulich? 

L’une des leçons les plus précieuses que j’ai apprises au fil des ans est que chaque étudiant est unique et qu’il doit être traité comme tel. Chacun possède ses propres forces. Mon objectif est d’accompagner tous les violonistes afin qu’ils puissent se surpasser, dans un cadre exempt de jugement et de comparaison. 

J’ai également appris qu’il est essentiel de perfectionner sa technique en s’appuyant sur l’inspiration musicale. Je crois qu’il est fondamental que les étudiants et étudiantes se sentent libres de développer leur propre vision de la musique. J’espère que nous pourrons, ensemble, trouver les moyens les plus efficaces de transmettre ces idées aux publics devant lesquels ils seront appelés à jouer. 

 

Le Quatuor Jupiter a tourné dans le monde entier et enregistré plusieurs albums, et son œuvre a été couronnée de nombreux prix. Comment votre carrière de concertiste a-t-elle influencé votre perception de l’interprétation musicale et de l’enseignement? 

La vie de tournée est synonyme d’intensité et de rigueur. J’ai vécu beaucoup de hauts et de bas, mais cette expérience m’a appris à mieux gérer la pression et l’imprévisibilité propres au métier. L’un des aspects les plus stimulants – et parfois les plus frustrants – de la profession de musicien est que l’on peut toujours faire mieux. On n’est presque jamais pleinement satisfait d’un concert ou d’une audition… C’est une quête sans fin. 

Dans cette optique, il me semble important que les musiciens évitent les excès d’optimisme et de pessimisme, peu importe les circonstances. Le véritable but n’est pas de gagner des concours, mais de s’améliorer continuellement. Il faut garder confiance : à force de travail et de persévérance, les choses se mettent en place. 

Mon expérience dans le quatuor m’a beaucoup appris en matière de confiance et de sensibilité : la musique de chambre exige de jouer avec assurance tout en demeurant à l’écoute des autres pour maintenir la cohésion. L’apprentissage de cet équilibre est, selon moi, précieux pour tout musicien, qu’il aspire à devenir soliste, tuttiste, chambriste… ou à embrasser la polyvalence. 

 

Quand le Quatuor Jupiter a été créé, tous les membres étudiaient ensemble. Par la suite, bien que vous ayez suivi des programmes différents, le quatuor a continué d’exister. Or, comme vous, beaucoup d’étudiants choisissent des voies dites « non conventionnelles ». Si c’était à recommencer, que changeriez-vous? 

J’aurais consacré plus de temps à nourrir mon esprit d’entreprise. Je pense que, surtout aujourd’hui, il est très important que les étudiants puissent trouver des façons créatives de mener leur carrière et de présenter la musique de façon novatrice au public.  

L’orchestre de chambre A Far Cry m’a particulièrement inspiré à cet égard. Je ne suis peut-être pas tout à fait objectif – j’ai étudié et suis resté ami avec plusieurs des membres –, mais je pense que cet orchestre a accompli un travail formidable à partir de zéro et en se forgeant une identité unique qui a vraiment séduit le public. Un tel projet nécessite beaucoup de réflexion et de créativité : il faut bâtir une programmation et recueillir des fonds – et effectuer une multitude d’activités connexes. Il m’apparaît très important de posséder des compétences entrepreneuriales pour vivre une carrière musicale enrichissante. 

 

Quels concerts avez-vous le plus hâte d’entendre vos étudiants interpréter? Que souhaitez-vous qu’ils retiennent de leur parcours à l’École? 

J’ai assisté au premier concert de l’Orchestre symphonique de McGill et j’ai été ravi : les étudiants jouent magnifiquement bien! C’est vraiment stimulant de voir tous ces interprètes ensemble sur la scène. J’ai aussi très hâte d’assister aux concerts de musique de chambre. 

J’ai beaucoup aimé travailler avec les étudiants que j’ai encadrés et je suis impatient de les voir en concert. Ce type de collaboration m’enthousiasme particulièrement; je suis privilégié de participer au processus de création entourant l’interprétation de ces œuvres extraordinaires. 

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