Un entretien avec Thierry Tidrow

Maintenant basé en Allemagne, le compositeur Thierry Tidrow savait déjà qu’il voulait devenir musicien à l’époque où, enfant, il chantait au sein du Saint-Matthews Choir dans la section des sopranos. C’est à l’adolescence, après avoir répété et joué en concert avec ce chœur (ainsi que cinq autres) tout au long de son enfance, qu’il commença à s’intéresser à la composition, et qu’il prit la voie qui le mena éventuellement vers la finale du Concours Graham Sommer pour jeunes compositeurs.

En pensant rétrospectivement à sa formation musicale, Thierry explique qu’il s’est senti à la croisée des chemins à l’époque où il devait envoyer sa candidature aux institutions d’études postsecondaires. Ne sachant pas que l’on pouvait faire carrière en tant que compositeur de musique contemporaine, il étudia le chant (contre-ténor) et la musique ancienne à l’École de musique Schulich de l’Université McGill. Après deux années d’études qui ne le satisfaisaient pas complètement, il se tourna vers la composition. Depuis lors, il n’a jamais regretté ce choix. À la recherche d’expériences musicales à l’extérieur de l’Amérique du Nord, il poursuivit ses études de deuxième cycle en composition au Conservatorium van Amsterdam et obtint un diplôme d’études supérieures du Hochschule für Musik Freiburg.

Même si Thierry s’est quelque peu éloigné du milieu de la musique ancienne depuis son passage à l’École de musique Schulich, reste qu’il sent que le fait d’avoir étudié cette époque a grandement changé sa perception de la musique: « Plusieurs compositeurs ont reçu une formation musicale classique, où il y a une espèce de fétichisme de l’esthétique du 19esiècle. Même si j’adore ce siècle (et vous allez peut-être entendre cet intérêt dans ma pièce, principalement à cause du piano qui, pour moi, est le symbole ultime de ce siècle), je sens que les musiciens classiques ne se rendent pas compte à quel point leurs performances sont imprégnées des idéologies du 19esiècle ».

Un compositeur actif et impliqué dans divers projets, la plus récente composition de Thierry est particulièrement unique: il s’agit de la toute première œuvre écrite pour accordéon et viole de gambe. « J’adore ce genre de défi étrange parce que cela me pousse à aller dans des directions surprenantes », explique-t-il. En plus de lui permettre d’explorer une instrumentation unique, le compositeur avoue qu’il y découvre souvent des sources d’inspirations inattendues. « Mon inspiration la moins prévue m’est venue en écrivant pour quatuor de saxophone. L’ensemble pour lequel j’écrivais préparait un concert sur le thème de la crise ukrainienne. J’ai commencé à récolter divers textes de différentes sources médiatiques, et j’ai demandé aux musiciens de dire ces textes à voix haute dans leurs instruments, dans leur langue maternelle (puisqu’ils venaient de différentes cultures), et un peu à la manière des journalistes aux nouvelles. J’ai ensuite utilisé les instruments pour amplifier les textes, mais aussi pour les censurer et en déformer la sonorité. Cela fonctionnait comme un symbole de la censure médiatique dans l’ère de l’information post-vérité.

Excerpt form a Thierry Tidrow score

Pour un autre projet qui aura lieu plus tard cette année, Thierry composera un opéra pour des enfants à la maternelle pour leDeutsche Oper am Rhein. Faisant partie de l’initiative de la maison d’opéra qui consiste à amener le théâtre musical aux jeunes enfants, cette œuvre sera jouée dans 50 différentes écoles maternelles partout dans la région. Il s’agit du quatrième opéra de Thierry, et il admet que l’opéra et la musique vocale sont «intrinsèques» à sa personnalité artistique ; même s’il ne donne plus beaucoup de récitals de chant, sa formation l’a menée à devenir un compositeur qui se base énormément sur la voix. [Écoutez cet extrait de l’opéra de «bureau» tragicomique de Thierry, My Corporate Identity, œuvre qui fut jouée au Deutsche Oper Berlin.]

Thierry est très enthousiasmé par sa participation à la finale du Concours Graham Sommer, et il explique que la partie la plus difficile de la carrière d’un compositeur est celle où on n’est plus étudiant, mais pas encore un compositeur «de renom». «Les concours sont indispensables à l’épanouissement de la carrière des jeunes compositeurs», ajoute-t-il, «parce qu’ils facilitent la rencontre entre les compositeurs et les personnes qui représentent leur musique, de diverses manières». Par chance pour les finalistes du Concours Graham Sommer, les événements prévus au calendrier leurs offriront de nombreuses occasions de réseauter et de faire en sorte que leur musique rejoigne de nouveaux publics.

Entretemps, vous pouvez suivre les autres activités de Thierry sur son site web.

Photo de Thierry Tidrow