Retarder le plaisir

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L’identification des structures cérébrales liées à la gratification différée entraîne des répercussions en matière de troubles psychiatriques
Publié: 4aoû2015

Pour la toute première fois, des chercheurs de l’Université McGill ont clairement identifié les parties spécifiques du cerveau interpellées dans le processus de gratification différée.

Dans un article récemment paru dans la revue European Journal of Neuroscience, l’équipe mcgilloise a démontré que l’hippocampe (associé à la mémoire) et le noyau accumbens (associé au plaisir) travaillent de concert lors de décisions de cette nature, où la notion de temps joue un rôle important. Les chercheurs ont prouvé que lorsque ces deux structures sont véritablement « déconnectées » dans le cerveau, on assiste à une perturbation des décisions liées à la gratification différée.

Il s’agit d’une découverte ayant des retombées relativement à une vaste gamme de troubles neuropsychiatriques, dont le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité, le trouble de l’alimentation et le trouble anxieux, ainsi qu’à des problèmes de nature plus courante liés à un comportement mésadapté qui entraîne des répercussions lors de la prise de décisions courantes quant à la consommation de drogue ou d’alcool, la dépendance au jeu ou l’utilisation effrénée de cartes de crédit.

Méthode employée par les chercheurs

Image of the hippocampus

C’est en menant une recherche auprès de rats formés pour choisir entre des stimuli entraînant l’obtention de récompenses en fonction de périodes précises que les chercheurs ont mis au jour l’importance de ce lien. Les rats devaient faire un choix entre deux formes visuelles identiques en appuyant leur museau pour désigner l’une d’entre elles sur un écran tactile (similaire à un iPad), en échange de granules de sucre. Comme la plupart des humains, les rats ont la dent sucrée.

Au fil du temps, les rats ont appris à négocier un compromis avantageux – reporter l’obtention immédiate d’une petite récompense (une granule de sucre) pour recevoir, après un moment d’attente, une récompense plus importante (soit quatre granules de sucre). Les chercheurs ont observé qu’en moyenne, les rats, comme c’est généralement le cas chez l’humain, sont disposés à reporter l’obtention d’une récompense plus importante, mais uniquement pour une certaine période, et seulement s’ils jugent que le jeu en vaut la chandelle.

Cependant, lorsque survenait une interruption du circuit liant l’hippocampe au noyau accumbens, les rats s’impatientaient et il leur était impossible d’attendre, ne serait-ce que quelques secondes. Ils optaient alors pour la récompense immédiate, bien que plus petite. Fait important à mentionner : la présence de lésions décelées dans d’autres parties du cerveau connues pour leur rôle dans certains aspects de la prise de décisions – dont le cortex préfrontal – n’entraînait pas un tel changement de comportement.



Répercussions et prochaines étapes

« Il s’agit d’un type de décision que plusieurs d’entre nous sommes tôt ou tard appelés à prendre. Cela est particulièrement le cas chez les très jeunes, les très vieux et les personnes souffrant d’une maladie du cerveau », a indiqué la professeure Yogita Chudasama, chercheuse principale de l’article et membre du Département de psychologie de l’Université McGill. « D’une certaine façon, ce lien est logique; nous savons que l’hippocampe joue un rôle dans la planification, et que le noyau accumbens est à la fois un centre de récompense et un récepteur important de dopamine, un messager chimique responsable de la transmission de signes liés au plaisir et à la gratification. Nous ne pouvions toutefois pas imaginer que les résultats seraient aussi probants. Tout en nous éclairant davantage sur le processus décisionnel, les données colligées mettent en lumière le potentiel de ce circuit – qui fait appel à l’hippocampe et au noyau accumbens – comme agent thérapeutique auprès de groupes cibles formés de patients humains. »

L’article « Hippocampal interplay with nucleus accumbens is critical for decisions about time », par Andrew R. Abela et coll., a été publié en ligne dans la revue European Journal of Neuroscience : http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/ejn.13009/epdf.

Cette étude a été réalisée grâce au soutien des Instituts de recherche en santé du Canada, de la Fondation canadienne pour l’innovation et du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.

Image en rotation: en rouge, l'hippocampe. Crédit:Site web Anatomography géré par Life Science Databases(LSDB)

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