Élévation du niveau de la mer : impossible à arrêter sans l’atteinte des cibles de l’Accord de Paris

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D’ambitieuses mesures visant à freiner la fonte de la nappe glaciaire de l’Antarctique doivent être prises d’ici 2060
Publié: 7juin2021

Le delta du fleuve Mackenzie dans la mer de Beaufort, une région de faible altitude dans l’Arctique canadien qui est vulnérable à l’élévation du niveau de la mer causée par le réchauffement climatique. Photo : Nadia et Harold Gomez

Une nouvelle étude publiée récemment dans la revue Nature modélise les répercussions de différents scénarios de réchauffement climatique sur la nappe glaciaire de l’Antarctique et les contrecoups sur le niveau mondial des océans. Une chercheuse de l’Université McGill a participé à cette étude menée par l’Université du Massachusetts à Amherst. Parmi les scénarios étudiés, mentionnons l’atteinte de l’objectif de l’Accord de Paris, soit un réchauffement de 2 °C et une cible ambitieuse de 1,5 °C, ainsi que le cours actuel des choses qui, s’il n’est pas modifié, entraînera un réchauffement de trois degrés ou plus.

Accélération de l’élévation du niveau de la mer

Si les cibles plus optimistes de 1,5° et de 2° fixées par l’Accord de Paris sont atteintes, la nappe glaciaire de l’Antarctique fera augmenter le niveau de la mer d’une hauteur variant entre six et 11 centimètres d’ici 2100. Mais si l’on continue de se diriger vers une augmentation de la température de 3 °C, le modèle indique qu’il y aura un important bond de la fonte des glaces qui accélérera considérablement la vitesse à laquelle le niveau de la mer monte. Les chercheurs ont découvert que si les cibles de réchauffement climatique de l’Accord de Paris sont dépassées, les répercussions seront encore plus importantes sur une plus longue période de temps.

« Si le rythme actuel du réchauffement climatique se maintient, nous atteindrons un point de non-retour d’ici 2060, après quoi les conséquences ne pourront pas être renversées avant plusieurs siècles », explique Rob DeConto de l’Université du Massachusetts à Amherst, codirecteur de l’École des sciences de la Terre et du développement durable et auteur principal de l’étude. « À moins que des mesures ambitieuses visant à freiner le réchauffement ne soient mises en œuvre d’ici 2060, aucune intervention humaine, y compris de géo-ingénierie, ne pourrait empêcher une élévation de 17 à 21 centimètres du niveau de la mer causée uniquement par la fonte des glaces de l’Antarctique d’ici 2100. »

Répercussions mondiales du recul de la glace en Antarctique

Les chercheurs ont découvert que, si le réchauffement climatique se limite à deux degrés ou moins, les changements qui se produiront en Antarctique contribueront à une élévation du niveau de la mer d’environ un mètre d’ici 2300. Mais dans le cas d’un scénario d’un réchauffement accru et en l’absence de réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’élévation pourrait atteindre un niveau catastrophique dans le monde, soit dix mètres ou plus.

« L’un des points importants pour le Canada est que la fonte des glaces de l’Antarctique aura des répercussions majeures sur les zones côtières du pays. Les effets du recul de la glace sont planétaires », indique Natalya Gomez, professeure adjointe et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la géodynamique des interactions entre la calotte glaciaire et le niveau de la mer qui enseigne au Département des sciences de la Terre et des planètes de l’Université McGill. Son travail a contribué à l’évaluation de l’effet – sur l’ampleur et la vitesse du recul de la glace – des changements qui se produisent dans le substratum rocheux sous la glace et l’eau du pourtour de la nappe glaciaire de l’Antarctique.

Des plateaux de glace essentiels

L’étude révèle que l’architecture même de la nappe glaciaire de l’Antarctique joue un rôle clé dans le recul de la glace. La glace s’écoule lentement vers le bas, et la nappe glaciaire de l’Antarctique s’introduit naturellement dans l’océan où elle commence à fondre. La glace s’écoule lentement vers l’océan grâce à un anneau de plateaux de glace servant de soutien qui flotte dans l’océan, mais qui retient la glace de glacier en amont en raclant des éléments du fond océanique peu profond. Ces plateaux de glace servent à la fois de barrage qui empêche la nappe glaciaire de glisser rapidement dans l’océan et de support qui empêche la nappe de s’effondrer.

Mais, à mesure que le réchauffement augmente, les plateaux de glace s’amincissent et se fragilisent. L’eau de fonte présente à leur surface peut approfondir les crevasses et les désintégrer entièrement. À cause de cette situation, non seulement la nappe glaciaire se dirige plus rapidement vers l’océan qui se réchauffe, mais les bords exposés de la nappe glaciaire peuvent aussi se détacher ou « vêler » dans l’océan, contribuant ainsi à l’élévation du niveau de la mer. Ces processus de fonte et de recul de plateaux de glace, suivis d’un écoulement glaciaire et d’un vêlage plus rapides, sont déjà amorcés au Groenland, mais ils ne sont pas encore répandus dans la nappe glaciaire plus froide de l’Antarctique – du moins pour l’instant.

« Si la planète continue de se réchauffer, les énormes glaciers de l’Antarctique pourraient commencer à se comporter comme leurs homologues plus petits du Groenland, ce qui aurait un effet désastreux sur l’élévation du niveau de la mer », conclut Rob DeConto, chercheur principal. « Si on rate les cibles de températures de l’Accord de Paris et qu’on laisse les plateaux de glace qui servent de soutien reculer considérablement, on “atteindra un possible point de non-retour dans l’avenir de l’Antarctique”. »

 

L'étude

« The Paris Climate Agreement and future sea level rise from Antarctica », par Robert DeConto et coll., a été publié dans la revue Nature.The American National Science Foundation, the NASA Sea Level Change Science Team, the Canada Research Chairs Program and the Canadian Foundation for Innovation.

DOI : 0.1038/s41586-021-03427-0

L’étude a été financée par l’American National Science Foundation, l’équipe scientifique affectée à la variation du niveau des mers de la NASA, le Programme des chaires de recherche du Canada et la Fondation canadienne pour l’innovation.

 


L’Université McGill

Fondée en 1821 à Montréal, au Québec, l’Université McGill figure au premier rang des universités canadiennes offrant des programmes de médecine et de doctorat. Année après année, elle se classe parmi les meilleures universités au Canada et dans le monde. Établissement d’enseignement supérieur renommé partout dans le monde, l’Université McGill exerce ses activités de recherche dans deux campus, 11 facultés et 13 écoles professionnelles; elle compte 300 programmes d’études et au-delà de 40 000 étudiants, dont plus de 10 200 aux cycles supérieurs. Elle accueille des étudiants originaires de plus de 150 pays, ses 12 800 étudiants internationaux représentant 31 % de sa population étudiante. Au-delà de la moitié des étudiants de l’Université McGill ont une langue maternelle autre que l’anglais, et environ 19 % sont francophones.

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