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La qualité de la cancérologie sous le microscope

Les dernières bourses de recherche du RCR explorent de nouvelles façons d’améliorer la qualité de vie et la survie des patients

L’automne dernier, le RCR annonçait les récipiendaires de la bourse de recherche Cancérologie, qualité et innovation (CQI) 2015. Les bourses d’un total de 460,000 $ financeront six études innovatrices visant à perfectionner la qualité des soins contre le cancer d’un bout à l’autre de la trajectoire de soins. Dans ce numéro, nous dressons le portrait de trois de ces projets qui viendront améliorer les soins contre le cancer hématologique, le cancer du côlon et le cancer de la sphère ORL.  

Améliorer le taux de survie en examinant le taux de conformité aux lignes directrices 

« En matière de traitement contre le cancer, la leucémie myéloïde chronique (LMC) est un pionnier de la thérapie ciblée », explique la récipiendaire d’une des bourses la Dre Sarit Assouline, une hémato-oncologue à l’Hôpital général juif (HGJ). « On a recours à un inhibiteur de la tyrosine-kinase comme traitement unique. Ce médicament vient améliorer la survie globale et pour la majorité des patients, il restaure également l’espérance de vie normale. » L’administration adéquate de cette thérapie est essentielle à la réalisation de ces résultats. Malgré tout, ce ne sont pas tous les patients atteints de LMC qui profitent du plein impact de ce traitement extrèment efficace. La Dre Assouline et ses collègues cherchent à confirmer si les déviations du médecin par rapport aux lignes directrices de la LMC jouent un rôle dans l'équation, et si oui, comment résoudre le problème pour améliorer les résultats de santé de tous les patients atteints de LMC.


À l’aide d’une base de données de 500 patients atteints de LMC à l’échelle du Québec, la Dre Assouline et son équipe analyseront des données de traitement datant de jusqu’en 2009, pour déterminer à quel point les médecins suivent les protocoles de soins recommandés par les lignes directrices. « Aux É.-U. par exemple, on a démontré que les tests de dépistage de trois mois, qui sont essentiels pour guider la thérapie, sont effectués dans moins de 30 % des cas », explique Dre Assouline. Selon elle, puisque l’accès aux soins de santé au Québec n’est pas aussi problématique qu’aux É.-U., les taux d’adhésion seront beaucoup plus encourageants. Les problèmes ici auront probablement plutôt trait au nombre de patients atteints de LMC traités par un même médecin; s’il s’agit ou non d’un centre universitaire, s’il s’agit d’un contexte rural ou urbain; ou seront d'ordre pratique comme la lenteur des résultats de tests du laboratoire central; ainsi que l’assiduité des patients.

 « Il s’agit de problèmes que l’on peut régler si on les reconnait », souligne la Dre Assouline. Certaines solutions potentielles pourraient inclure fixer les rendez-vous des patients atteints de LMC la même journée (permettant ainsi au médecin de se concentrer uniquement sur eux); améliorer le délai de transmission des résultats d’examen; et aider les patients à comprendre l’importance d’être vigilant avec les médicaments.

 La Dre Assouline et ses collègues du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et du Centre hospitalier de St. Mary (CHSM) prévoient partager le fruit de leur expérience en matière de LMC afin d’améliorer la pratique clinique chez d’autres cancers, comme le cancer du poumon, où la thérapie ciblée a été introduite à travers la province et sur le plan international. L’étude se conclura au mois d’octobre prochain.

La préadaptation aide les patients âgés frêles atteints de cancer

En s’appuyant sur des recherches antérieures portant sur la préadaptation préopératoire et son impact sur la récupération des patients atteints de cancer à la suite d’une chirurgie colorectale, le Dr Francesco Carli, professeur d’anesthésie au CUSM, et son équipe se tournent maintenant vers les patients âgés frêles. « L’idée est de les guider vers un meilleur état physique, nutritionnel et mental, pour qu’ils puissent subir leur chirurgie en meilleure condition », explique le Dr Carli.

Notre étude précédente a démontré que chez la population générale, seulement 30 % des patients retrouvent leurs valeurs initiales préchirurgicales sans préadaptation. Tandis que pour les patients préadaptés, la moyenne d’entre eux qui reprennent leur condition de santé initiale grimpe à 80 %. Les patients frêles âgés guérissent plus lentement et présentent plus de complications, ce qui affecte sérieusement leur qualité de vie, tout en siphonnant davantage les ressources hospitalières. Toutefois, le Dr Carli et son équipe ont découvert que les patients frêles âgés du groupe d’étude étaient ceux qui bénéficieraient le plus de cette approche économique de préadaptation. « Nous avons donc déduit que c’était chez cette population que nous devions investir », explique-t-il. L’objectif de la nouvelle étude financée par le RCR est de prouver la tendance et voir si les complications présentées sont moins nombreuses.

L’étude, qui compte 120 patients — 60 à l’Hôpital général de Montréal du CUSM et 60 à l’HGJ — est d'une durée de quatre semaines de formation (une semaine avec supervision et trois semaines à domicile) portant sur la nutrition, l’exercice et la relaxation. L’amélioration se mesure selon la capacité à marcher. Les patients aînés frêles aiment-ils leur programme de préadaptation? « Ils l’adorent. Ils sont tellement désireux et enthousiastes », raconte le Dr Carli. « N’oubliez pas que ces patients viennent tout juste de recevoir un diagnostic de cancer. Ils ont des problèmes intestinaux. Ils sont déprimés et confinés à la maison en attendant leurs résultats et leur opération. Donc, oui, ils aiment venir participer : nous avons eu un taux d’adhésion de 99 %. » 

Détermination plus précise du stade de cancer grâce aux nouvelles techniques d’imagerie

La majorité des diagnostics de cancer sont maintenant émis grâce à l’imagerie médicale et cette technologie avance à un rythme étourdissant. « C’est incroyable à quel point on voit bien les tumeurs et leur étendue avant la chirurgie », explique le Dr Reza Forghani, chef adjoint du service de radiologie à l’HGJ. Sa nouvelle étude financée par le RCR examinera comment exploiter à leur plein potentiel les tomodensitométries par biénergie de pointe et l’analyse sophistiquée d'images dans le but de mieux déterminer le stade de cancer et ainsi améliorer le pronostic des patients atteints d’un cancer de la sphère ORL.

La tomodensitométrie par biénergie a recours à deux faisceaux de rayons X plutôt qu’un seul comme chez la tomodensitométrie conventionnelle; ce qui donne une image de la tumeur extrêmement plus précise. « L’image contient beaucoup plus de données que l'on peut tout simplement analyser à l’œil », explique le Dr Forghani. Il s'agit de pousser les choses un peu plus loin et faire traiter l’image par un logiciel dont l’analyse aidera à mieux déterminer le stade de cancer et le choix de la thérapie. « Si on prend une tumeur et que l’on dessine un cercle autour de sa surface, et que tous les petits points qui apparaissent sont analysés par ordinateur — la gradation, l’intensité, les variations — on se retrouve avec beaucoup plus d’informations qui, en ce moment, ne sont pas du tout prises en considération ». Le but est d’être en mesure de prédire la configuration génétique de la tumeur. On serait alors en mesure de déterminer comment la tumeur se comportera en réponse à certains traitements », explique le Dr Forghani. « On pourrait alors choisir un médicament mieux taillé au patient. » Ce qui réduirait également le nombre de biopsies et de tomodensitométries à effectuer.

Il existe présentement un seul autre appareil de tomodensitométrie par biénergie à Montréal, au CHUM, mais le Dr Forghani prévoit qu’au fur et à mesure que l’utilité de ces appareils devient de plus en plus évidente, les hôpitaux remplaceront graduellement les anciens tomodensitomètres par des appareils à biénergie, qui, quoique plus dispendieux, seront plus économiques grâce à une meilleure précision et réduiront probablement le nombre total de tomodensitométries requises pour un patient. L’étude se penchera sur des données recueillies parmi 35 patients et l’analyse des données se fera en collaboration avec le CUSM. Éventuellement, on sera en mesure d’appliquer cette technologie à d’autres types de cancers, comme le cancer du sein et le cancer colorectal.

 

 

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