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Réaction aux compressions

Message de la principale Heather Munroe-Blum
Le 14 décembre 2012

Membres de la communauté mcgilloise,

À la suite de discussions entre la haute direction et la communauté mcgilloise, et de la décision qu’a rendue le Conseil des gouverneurs hier soir, je vous écris afin de vous informer de la réaction de McGill aux compressions rétroactives de 19,1 millions de dollars aux subventions d’exploitation du gouvernement du Québec, comme il en a fait l’annonce la semaine dernière.

McGill met tout en œuvre pour optimiser son exercice de planification budgétaire et académique pluriannuelle afin de préserver la qualité de ses activités d’enseignement et de recherche ainsi que son apport à la société. Au cours des cinq dernières années, McGill a établi une planification financière prudente et rigoureuse, ce qui lui a permis de réaffecter 37 millions de dollars aux priorités essentielles, en abaissant ses coûts d’exploitation, en reportant les hausses salariales et en réduisant la rémunération de ses cadres supérieurs de trois pour cent en 2009. L’Initiative de recadrage stratégique a permis d’optimiser les pratiques administratives. Le Projet de planification de l’effectif permettra également à l'université d'être plus efficace et cela lui permettra également de gérer de façon responsable les changements démographiques qui vont mener à davantage de départs à la retraite.

En dépit de ces mesures et en raison du sous-financement chronique dont souffrent les universités québécoises comparativement à leurs homologues d’ailleurs au pays et aux États-Unis —, le budget 2012-2013, approuvé par le Conseil des gouverneurs en mars dernier (établi sur la base des engagements du gouvernement), affichait un déficit de sept millions de dollars. Toute compression supplémentaire exigée dans un bref délai nuira à notre capacité de remplir notre mission principale et affectera notre apport au Québec. En effet, une étude publiée par SECOR en 2010 démontre que pour chaque dollar investi dans l’Université, le gouvernement du Québec obtient un rendement de 13 dollars. L’impact total de McGill sur l’économie du Québec se chiffre annuellement à 5,2 milliards de dollars.

Chaque fois que cela a été possible, nous avons réduit les dépenses. Notre saine gestion est reflétée dans notre cote de crédit et notre rendement académique, lesquels se comparent avantageusement aux établissements homologues qui obtiennent pourtant un financement largement supérieur. Par exemple, nous avons augmenté l’aide financière de manière considérable. Les boursiers aux cycles supérieurs reçoivent désormais un appui beaucoup plus important. De 2003-2004 à 2011-2012, le financement global pour les étudiants au 1er cycle a doublé, et l’aide financière à laquelle ce groupe est admissible a été multipliée par 3,5. À McGill, un étudiant sur quatre est le premier de sa famille à entreprendre une formation universitaire ou a grandi au sein d’une famille où aucun des parents ne possède de diplôme universitaire. Et pourtant, en ce qui a trait à l’aide financière, il reste du chemin à faire.

De plus, notre infrastructure doit pouvoir compter sur un réinvestissement colossal. Plus particulièrement, la rémunération du corps enseignant doit être plus compétitive et le ratio étudiant-professeur doit encore être amélioré. Dans un monde où la recherche est désormais le fer de lance, et où le savoir et la découverte est un moteur, le Québec voit ses ressources aux universités diminuées.

Nos employés se sont efforcés de préserver l’excellence et l’impact de nos activités d’enseignement et de recherche auprès de la société. Malgré les défis qu’ils sont appelés à relever, ils continuent de faire de même, et je tiens à les en remercier. Cela dit, à la lumière du contexte réglementaire plus restrictif que jamais, et de la baisse de la valeur que semble accorder le gouvernement à la formation postsecondaire et à la recherche universitaire alors que d’autres provinces et pays continuent d’investir dans leur système universitaire, la possibilité de bien remplir notre mission devient bien mince. Au moment où le Québec est confronté à de lourds déficits en ce qui a trait à l'économie et à la démographie, il est impératif que nos étudiants, chercheurs et professeurs puissent mettre en œuvre leurs compétences ici, et y demeurer. Aux quatre coins du monde, recruter l’élite exige de se livrer à une concurrence féroce.

L’imposition de compressions rétroactives n’est pas une solution.

Avant que le Conseil des gouverneurs se réunisse hier soir, la haute direction s’est entretenue avec les professeurs et les représentants d’associations d’employés et d’étudiants.

Après discussion, le Conseil est unanimement parvenu à cette résolution :

QU’IL SOIT RÉSOLU
que le Conseil des gouverneurs de l’Université McGill déplore les compressions du financement provincial aux universités et aux organismes subventionnaires en recherche — tel que l’a annoncé le ministre le 6 décembre — les jugeant à la fois excessives et préjudiciables à la mission principale des universités québécoises à forte intensité de recherche ainsi qu’au Québec dans son ensemble. Le Conseil exhorte le gouvernement à renoncer à ces compressions rétroactives et à respecter en totalité les engagements à l’égard du financement universitaire pris au moment où il a approuvé le budget 2012-2013 de l’Université.

Nous ferons tout en notre pouvoir pour persuader le gouvernement de revenir sur sa décision. Il est impensable qu’une université de recherche de premier plan, devant déjà conjuguer avec le sous-financement de plusieurs programmes, puisse effectuer de telles coupures alors que les deux tiers de son exercice financier se sont écoulés. Une telle mesure ne ferait que transférer une part du déficit gouvernemental dans le système universitaire, tout en minant dramatiquement le travail et la vaste contribution ― tant sur les plans social, de l’enseignement, et de la recherche ― de l’Université.

Permettez-moi de réitérer que McGill n’a reçu aucun avis quant aux compressions budgétaires avant la tenue de la rencontre — la semaine dernière — avec le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie. Tout ce que nous savions était que le gouvernement, tout en annulant l’augmentation des droits de scolarité, maintiendrait minimalement le reste du financement en place.

Bien sûr, nous continuerons d’agir de manière responsable devant les gens à qui nous sommes redevables. McGill compte prendre toutes les mesures à sa portée afin de convaincre le gouvernement d’abolir ces compressions imposées au pire moment qui soit, et d’accorder à l’Université la liberté nécessaire pour bien remplir sa mission : œuvrer au service du Québec et des Québécois et briller par son excellence.

Je vous remercie de votre loyauté et de votre engagement à cette noble cause.

Avec mes sincères salutations,

 

Heather Munroe-Blum
Principale et vice-chancelière
Université McGill