Cérémonies de collation des grades 2013

Professeure Heather Munroe-Blum
Principale et vice-chancelière de l’Université McGill
Cérémonies de collation des grades 2013

Monsieur le Chancelier, Monsieur le Président, Monsieur le Chancelier émérite, Madame la Chancelière émérite, distingués lauréats d’un doctorat honorifique, invités, estimés collègues, chers amis et finissants de 2013, je vous souhaite la bienvenue.  

À titre de principale et vice-chancelière de l’Université McGill, j’ai le grand privilège de vous accueillir aujourd’hui sur les pelouses de notre magnifique campus ‒ où certains de nos distingués invités ont eux-mêmes reçu leur diplôme ‒ pour cette cérémonie de collation des grades du printemps.   

Ces collations des grades seront les dernières auxquelles je présiderai en ma qualité de 16e principale de l’Université McGill. Chaque année, depuis plus de dix ans, j’ai eu l’immense plaisir de vous voir, finissants de notre prestigieuse université, clore cet important chapitre de votre vie pour en commencer un nouveau.  

Vous vivez aujourd’hui un événement marquant, une journée de célébration dont vous vous souviendrez toute votre vie. Félicitations. Imprégnez-vous de ce moment unique.

En tant qu’étudiants, il ne fait aucun doute que vous avez travaillé sans relâche et fait de nombreux sacrifices. Mais s’il est par moments difficile d’étudier à McGill, il est parfois plus difficile encore de faire partie de la famille ou de l’entourage immédiat d’un étudiant mcgillois. C’est pourquoi, finissants de 2013, je vous invite à vous joindre à moi pour remercier tous ceux qui vous ont aidés à réaliser votre rêve.

Savoir remercier est enrichissant. C’est un geste si important que je tiens moi-même à le faire. D’avoir servi McGill, d’avoir été à votre service a chaque jour été pour moi un honneur exceptionnel. Vous avez été, chers étudiants, une source d’inspiration inépuisable. Je vous en remercie.  

Pendant toutes ces années, j’ai été entourée d’une équipe remarquable de collègues et de bénévoles qui se sont dévoués inlassablement pour McGill et sa mission. Je les en remercie.   

Monsieur Richard Pound, notre chancelier émérite, a souvent affirmé : « Vous n’êtes plus la personne que vous étiez à votre arrivée ici. McGill vous change ». C’est mon cas, et je sais que c’est également le vôtre.

Voici venu le moment de penser à la personne que vous étiez lorsque vous avez franchi le seuil de l’Université pour la première fois, il y a quelques années, et à celle que vous êtes désormais et qui franchira aujourd’hui ce même seuil, diplôme en main. Le moment est venu de réfléchir aux instants que vous chérirez à jamais, et à ceux que vous préférerez mettre derrière vous.

J’ai, moi aussi, une liste de choses que j’ai apprises et que j’emporterai avec moi. Je me souviendrai qu’une force extraordinaire nous habite tous. Je me souviendrai qu’une seule personne peut changer le cours des choses et faire ainsi une différence dans la vie des autres. C’est vrai pour chacun d’entre vous.  

Je me souviendrai que je ne suis pas seule et que l’union fait la force. L’effort collectif est la clé du progrès. Ensemble, nous sommes plus inventifs, plus forts et plus efficaces, qu’il s’agisse de régler des problèmes personnels ou de s’attaquer aux grands enjeux planétaires.

Je me souviendrai de celle qui m’a inspirée, tante Bonnie. Née au sein d’une famille pauvre et monoparentale dans un milieu rural d’une zone aride de l’Illinois, célibataire, elle a fait son chemin à force de volonté pour devenir illustratrice de mode à New York dans les années 1930. Pendant ma jeunesse, elle a été un modèle et m’a appris que peu importe ses origines et sa situation, il est possible de se tracer une voie vers la réussite.

Souvenez-vous de ceux qui vous ont rendus forts. Gardez-les dans votre cœur.  

Chers finissants de 2013, vous êtes maintenant sur le point de faire partie d’une deuxième famille, celle des diplômés de McGill, qui compte plus de 220 000 membres aux quatre coins du monde, dont notre chancelier, Arnold Steinberg, et notre président, Kip Cobbett.

En quittant cette cérémonie de collation des grades, vous porterez en vous l’héritage de McGill. Sachez en être fiers et nous représenter dignement où que vous alliez.

Nous faisons tous partie d’une entité plus grande que nous. Aujourd’hui, chers finissants, vous prenez part à une tradition plus ancienne que ce pays, puisque McGill décerne des diplômes depuis 1833. En vous remettant ce précieux diplôme, nous songeons à toutes les possibilités qui s’offrent à vous et que nous espérons vous voir saisir.

L’entreprise humaine est un miracle en soi, mais il existe certaines activités pour lesquelles nous ne sommes pas toujours doués. La politique, par exemple. Je ne parle pas des Canadiens en particulier, mais de l’espèce humaine en général. Nous accordons trop souvent notre confiance à des dirigeants politiques dont le principal objectif consiste à se distinguer de leurs adversaires. Ce faisant, ils se cantonnent dans des positions polarisées parfois plus radicales que celles auxquelles ils croient vraiment. Une telle attitude favorise le conflit plutôt que la collaboration, et ce, au détriment du bien commun. 

La religion est un autre domaine où nous n’excellons pas toujours. Historiquement, nous avons eu tendance à être contrariés par des désaccords sur de menus détails que nous estimons être la « vérité ». Une telle attitude nous empêche de voir le bien qui existe au-delà des détails – le cœur du problème qui nous préoccupe tous.  

Nous n’excellons peut-être pas en politique, ni en religion, mais il existe des domaines où l’espèce humaine se distingue. L’art. La littérature. Nous créons des œuvres d’art, rédigeons des ouvrages littéraires et composons des poèmes qui nous transportent, nous émeuvent et nous élèvent l’âme, et ce, au-delà des siècles. Ils sont souvent le fruit d’artistes individuels, mais, comme je l’ai affirmé plus tôt, nous sommes plus ingénieux, plus forts et plus efficaces lorsque nous unissons nos efforts. Alors, dans quel type d’activité collective l’espèce humaine excelle-t-elle? Laissez-moi vous en donner un exemple.

Il y a fort longtemps, les dirigeants d’une communauté ont décidé de repérer ceux qui, parmi les leurs, étaient dotés d’une intelligence remarquable. Ils les ont réunis au même endroit, leur ont fourni un toit et de la nourriture, et leur ont demandé d’aller aussi loin que leur curiosité et leur soif de connaissances les mèneraient.

C’était une bonne idée. Ils ont toutefois été plus inspirés encore en réunissant les jeunes au même endroit et en leur permettant de tirer profit de leurs interactions avec ces gens brillants qui, de leur côté, se nourrissaient au contact de ces jeunes esprits. Une fois ces deux idées réunies – intelligence remarquable et interactions avec les jeunes – les communautés ayant donné naissance à ce lieu de rencontres et d’échanges se sont mises à prospérer. Elles ont rapidement dépassé leurs voisines dans les domaines du commerce, de la culture et de la santé, tout en favorisant la création d’une société civile pacifique.

Ces deux idées réunies ont donné naissance à une institution qui n’a jamais cessé de prospérer d’une génération à l’autre et d’enrichir tous les domaines du savoir. C’était un concept si remarquable qu’il a survécu aux politiciens, aux partis politiques et à l’ensemble des systèmes gouvernementaux.

Ce concept – que nous appelons université – est la plus grande réalisation de l’espèce humaine. Et les communautés au sein desquelles ces institutions ont d’abord été créées sont devenues – et demeurent – les plus prospères de notre histoire.

En 1808, William Blake a publié un court poème[1] dans lequel il exprime ses aspirations pour la vie spirituelle de son pays. Voici le dernier vers de ce poème, dans lequel j’ai changé deux ou trois mots afin de vous exprimer l’espoir que j’entretiens pour l’avenir de l’Université McGill et de notre société.

Apportez-moi ces mots d’or incandescent
Apportez-moi des idées inspirantes
Apportez-moi mes livres : Ô nuages, déchirez-vous…
Apportez-moi mon chariot de feu.

Mon combat intérieur je n’arrêterai pas
Et mon crayon dans ma main ne dormira pas
Jusqu’à ce que nous ayons porté plus haut notre maison du savoir
Sur ces terres verdoyantes et accueillantes.

Merci.


[1] And Did Those Feet In Ancient Time est un poème de William Blake issu de la préface de Milton: A Poem. Les strophes originales se lisent comme suit : 

Apportez mon arc d’or brûlant
Apportez les flèches de mes désirs
Apportez ma lance : Ô nuages, déchirez-vous…
Apportez mon chariot de feu.

Mon combat intérieur je n’arrêterai pas
Et mon épée dans ma main ne dormira pas
Tant que nous n’aurons pas édifié Jérusalem
Sur la verte et douce terre d’Angleterre.

Ce poème a été mis en musique par Sir Hubert Parry en 1926 et est connu de nos jours sous le titre Jerusalem. Il ne doit pas être confondu avec le poème épique de William Blake qui porte le même titre.  

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