Quick Links

Discours à la communauté mcgilloise, le 28 mars

Suzanne Fortier
Vendredi, le 28 mars, 2014

Bonjour à tous. Merci de votre présence.

Aujourd’hui, je veux vous présenter une vision pour McGill qui émane de sa communauté et qui lui est propre. Depuis mon retour sur le campus, j’ai eu la possibilité de rencontrer nombre de McGillois et de participer à une foule d’activités. Cela m’a aidée à capter et comprendre les espoirs, les buts et les ambitions de notre collectivité.

L’automne dernier, dans mon discours d’installation, j’ai mentionné le professeur Henry Mintzberg et sa notion de « communautés d’engagement », des organisations guidées par le respect mutuel et non par la hiérarchie. C’est dans cet esprit que je parle de communautés. Il y a autant de façons de vivre McGill que de personnes qui la fréquentent. Nous sommes toutefois unis par des valeurs et des objectifs communs :

  • notre plaisir d’apprendre, d’exercer notre créativité, de découvrir;
  • notre engagement envers l’excellence et notre passion pour les défis;
  • notre sens de la responsabilité à l’égard de l’amélioration de notre société grâce à notre travail.

Nous sommes aussi unis par le privilège de faire partie d’une université importante et unique située dans l’une des villes les plus créatives au monde. J’ai l’espoir, et le devoir, de bâtir des communautés d’engagement ici, à McGill.
Cette mobilisation est centrée sur une vision commune pour notre université. Nous voulons que McGill soit ouverte, branchée et déterminée :

  • une université ouverte aux idées novatrices, aux nouvelles façons de regarder le monde, à la diversité humaine et culturelle;
  • une université branchée à sa collectivité locale et mondiale, à l’échelle des disciplines, des frontières géographiques et sectorielles;
  • une université pleinement consciente de sa raison d’être, car ce que nous faisons – apprendre, utiliser les connaissances et les faire progresser, explorer de nouvelles voies de connaissances – est plus important que jamais pour notre collectivité et le monde.

La mission d’une université est axée sur trois éléments principaux : l’enseignement et l’apprentissage, la recherche et les services rendus à la société. McGill s’attache à remplir sa mission en misant sur ses forces et son identité, dans le contexte du 21e siècle, une période où le monde n’a jamais été plus ouvert et branché ni n’a connu une évolution aussi rapide.

Depuis mon arrivée à McGill en septembre dernier, j’ai eu le plaisir de redécouvrir mon université et la solidité du sens de son identité et de sa mission. J’ai constaté la quantité énorme de travail qu’il a fallu pour en façonner l’avenir. La collectivité mcgilloise a pris part à plusieurs exercices importants de planification stratégique. Cela ne fait que quelques années que McGill a élaboré et adopté de nouveaux programmes stratégiques sur les plans académique et de la recherche. Notre institution a également entrepris des discussions et des travaux majeurs sur des sujets rassembleurs, dont la promotion de la diversité, l’engagement communautaire et le développement durable.

Dans cette perspective, je vous propose cinq priorités sur lesquelles nous pouvons mobiliser notre énergie, nos efforts et nos ressources tout en continuant de consolider les valeurs d’ouverture, de modernité et de détermination propres à McGill. Ces priorités sont ressorties de conversations et de consultations tenues auprès de bon nombre d’entre vous et des conseils avisés que vous avez généreusement prodigués.

Les trois premières priorités sont en lien avec notre mission et découlent des questions importantes qu’il nous faut poser.

En premier lieu, parlons de vie étudiante et d’acquisition de connaissances. Au 21e siècle, à quoi l’expérience mcgilloise devrait-elle ressembler?

Comment créer un milieu d’apprentissage riche pour une nouvelle génération d’étudiants prêts à participer activement à leur formation, qui souhaitent mettre en pratique les notions acquises et qui sont déterminés à demeurer branchés sur le monde, tant à l’échelle locale que mondiale? Comment s’adapter aux changements culturels et technologiques qui s’opèrent rapidement dans le paysage universitaire, tout en renforçant l’essence fondamentale de McGill?

McGill s’est montrée à l’avant-garde en intégrant la vie étudiante et les études au mandat du premier vice-principal exécutif adjoint en 2006. Nous devons maintenant combiner la vie étudiante et l’acquisition de connaissances en une plus grande expérience éducative distincte, innovante et enrichissante. Notre vision consiste à créer l’engagement mcgillois, signature de l’Université caractéristique de sa mission.

Concrètement, l’engagement mcgillois signifie :

  • offrir aux étudiants de premier cycle de plus grandes possibilités de vivre un apprentissage expérientiel, que ce soit au cours d’un stage, d’un placement coopératif, d’un échange à l’étranger ou d’une participation à des travaux de premier cycle;
  • donner aux étudiants des cycles supérieurs et boursiers postdoctoraux la possibilité d’entreprendre un certificat en gestion ou en enseignement supérieur. L’Université aide ses étudiants à se préparer à cette éventualité en leur transmettant de solides notions à l’égard de la discipline et en les guidant de près;
  • augmenter l’utilisation de la technologie en tant que matériel pédagogique, bâtir des salles de cours intelligentes et s’assurer que le corps professoral maîtrise les nouveaux outils à sa portée;
  • mettre au point, pour l’ensemble des étudiants, un éventail complet de services de conseils, de mentorat et de soutien pour les aider dans tous les aspects de l’apprentissage.

La priorité suivante est la recherche. Où naissent les plus grandes avancées? Comment peut-on stimuler un milieu où on pose des questions qui entraînent d’importantes répercussions? Les grandes recherches sont à mon avis le fruit d’esprits curieux qui ne craignent pas de remettre en cause les idées reçues. Par sa nature, McGill favorise la réalisation de travaux savants et fondés sur la découverte. Située dans une ville multiculturelle reconnue sur le plan de la créativité, McGill possède de solides atouts et compte une population diverse issue de nombreux contextes culturels. Mais, ce qui est encore plus important, c’est que McGill a toujours priorisé l’excellence – un trait qui lui a valu sa renommée à l’échelle mondiale.

À titre de présidente sortante du Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada, je sais que maintenir un programme de recherche de calibre mondial exige des efforts de chaque instant, une détermination à tout rompre et un environnement coopératif et stimulant.

Pour nous assurer de maintenir un tel milieu à McGill au cours des prochaines années :

  • nous allons créer le Fonds de stimulation McGill, qui soutiendra la promotion de l’innovation et la prise de risques dans le cadre de travaux de recherche et savants à un stade précoce et motivés par la curiosité;
  • nous allons offrir un « soutien de proximité » à nos chercheurs au sein de leur faculté pour faciliter les demandes de subventions et l’administration de contrats et optimiser ces derniers; 
  • nous allons soutenir nos chercheurs afin qu’ils dirigent d’importants partenariats de recherche, à l’échelle nationale et internationale.

L’engagement envers la société est le dernier élément de notre mission. Quelles sont les responsabilités des universités au sein d’une société axée sur le savoir? Comment peuvent-elles persuader d’autres partenaires et collaborer avec elles pour que la société retire un plus grand bienfait de leur expertise et de leur savoir? Je crois que McGill doit déployer davantage d’efforts pour se positionner en tant que collaborateur de grande valeur auprès :

  • de ses diplômés, étudiants, parents et amis;
  • des établissements d’enseignement et médicaux;
  • de l’industrie, des organismes sans but lucratif, sociaux et publics;
  • des médias et finalement,
  • de l’ensemble de la collectivité.

La création de liens durables permettra à McGill d’approfondir son excellence sur le plan de l’enseignement et de la recherche, stimulera la curiosité et la créativité de ses chercheurs, et incitera ses membres à poser des questions qui changent la donne et favorisent la conclusion de collaborations interdisciplinaires.

Au cours des prochaines années, nous allons travailler à la création de partenariats mutuellement bénéfiques :

  • Promoteurs, défenseurs et conseillers estimés : les diplômés mcgillois sont les plus fidèles amis de l’Université. Nous allons approfondir le lien qui nous unit à eux afin de rehausser les possibilités d’apprentissage hors campus et créer des réseaux qui soutiennent les récents diplômés en début de carrière.
  • Grâce à un nouveau Fonds à l’innovation et une formation à l’entreprenariat, nous allons soutenir l’innovation à grande échelle - sur le plan social, culturel, scientifique, technique et médical - pour le bien des collectivités qui nous entourent.
  • Nous allons offrir aux partenaires en affaires un guichet unique pour les aider à naviguer dans le milieu complexe qu’est McGill.
  • Nous allons solliciter et persuader des partenaires externes à l’échelle locale, nationale et mondiale en consolidant l’image de McGill à titre d’endroit accueillant et ouvert.

Les deux dernières priorités portent sur le renforcement de notre milieu de travail et de notre campus réel et virtuel. Ce sont des éléments essentiels à l’atteinte de notre mission.

Depuis mon arrivée en septembre dernier, j’ai eu nombreux échanges avec le personnel de l’Université. J’ai été témoin de leur engagement et de leur volonté d’offrir les meilleurs services possible pour que McGill puisse continuer de prospérer. C’est une excellente base sur laquelle il est possible de rehausser l’efficacité du milieu de travail. Il ne s’agit pas simplement d’améliorer quelques processus, de réorganiser des unités ou de déplacer des budgets quand les finances sont serrées. Il s’agit de bâtir des communautés d’engagement, dans lesquelles chaque personne, à chaque niveau, saisit les occasions d’apprendre, où le lien avec son travail et ses collègues est palpable, et où l’individu sent qu’il joue un rôle important au sein d’une communauté à laquelle il est lié.

Nous pouvons créer une culture où les grandes idées surpassent la hiérarchie et où le désir de mieux faire l’emporte.

Au cours des prochaines années :

  • Nous consulterons le personnel quant aux aspects dont l’efficacité gagnerait à être rehaussée. Mes collègues et moi, qui occupons des postes centraux au sein de l’Université, nous engageons fermement à commencer dès aujourd’hui à simplifier nos méthodes de travail.
  • Nous allons mieux harmoniser nos ressources aux besoins et aux priorités.
  • Nous allons déterminer des mesures pour faire en sorte que l’embauche de personnel administratif soit faite de façon plus stratégique.
  • À mesure que nous irons de l’avant, nous allons incorporer des outils technologiques pour augmenter notre efficacité, sans pour autant cesser d’investir dans le personnel. Nous allons faire en sorte que les employés soient formés adéquatement en fonction de l’emploi qu’ils occupent et allons créer plus de moyens pour qu’ils puissent apprendre les uns des autres. Pour résumer, nous allons favoriser une culture qui adopte les changements et qui accueille les nouvelles idées.

Notre cinquième priorité porte sur l’espace. Quand nous visualisons McGill, nous voyons son architecture iconique et ses campus verts. La beauté de nos espaces physiques s’accompagne toutefois de défis. L’entretien de bâtiments historiques est coûteux et il est souvent difficile d’adapter ces derniers aux nouvelles technologies. McGill a un déficit d’espace de 65 000 mètres carrés qui est reconnu par le gouvernement du Québec. Cependant, l’emplacement de notre campus principal au cœur d’un centre urbain très dense rend la croissance de McGill très difficile.

Nous avons la vision d’un environnement transformé pour l’enseignement et l’apprentissage, les recherches et l’érudition; un environnement durable, accessible, à la fine pointe et sain.

Nos priorités :

  • concevoir un plan pour les espaces de campus d’ici les 10 à 15 prochaines années;
  • poursuivre le verdissement du campus, notamment en ce qui a trait aux nouveaux espaces destinés aux étudiants et aux chemins piétonniers est-ouest;
  • procéder à des mises à jour importantes des salles de cours et des laboratoires d’enseignement.

Nous voyons poindre une possibilité particulière de combler notre déficit d’espace. En effet, d’ici quelques années, notre voisin, l’Hôpital Royal Victoria, dont les tours s’étendent entre le campus du centre-ville et le mont Royal, sera vacant. L’Université McGill et l’Hôpital Royal Victoria ont en commun une histoire, un héritage architectural et une vocation publique.

En consultation étroite avec la Ville de Montréal, les gouvernements du Québec et du Canada et d’autres partenaires, McGill envisage la possibilité d’acquérir le site de l’Hôpital Royal Victoria. Pour ce dernier, nous envisageons un carrefour, un lieu de rencontre qui lie le Québec au monde. Sur le plan architectural, notre vision consiste à ouvrir une voie d’accès entre le Royal Victoria et le mont Royal. Nous prévoyons augmenter l’accès public, agrandir les espaces verts, préserver les édifices à valeur patrimoniale et élargir la vue sur le haut de la montagne. À l’instar des autres perspectives de développement futur, nous serons guidés par les principes du plan directeur de McGill.

Ce projet est à un stade très préliminaire. Avant qu’une décision ne soit prise, beaucoup de travail reste à accomplir. Néanmoins, son potentiel m’enthousiasme et c’est avec joie que je vous tiendrai au courant de son évolution.

****

Voilà : cinq priorités pour façonner une université plus ouverte, branchée et déterminée. Cette vision est ambitieuse, compte tenu des budgets réduits avec lesquels McGill doit désormais conjuguer. S’il nous est impossible d’ignorer nos difficultés financières, elles ne doivent pas nous définir pour autant. Nous avons tiré cette leçon du passé. À la suite de compressions majeures au cours des années 1990, McGill s’est retrouvée à la tête du Canada sur le plan des résultats de recherches. Grâce à notre motivation, notre talent et notre mobilisation auprès de chacun d’entre nous et de la collectivité, nous réussirons.

Dans le contexte de la mondialisation, d’un monde fait de réseaux et en évolution rapide, les méthodes d’apprentissage et les formes de savoir se transforment de jour en jour. Nous devrons tenir bon quant à nos forces et nous ouvrir au changement. Nous devrons évoluer tout en préservant les valeurs intrinsèques à McGill. Je suis convaincue que notre ouverture au changement déterminera notre réussite future.

Je vous invite à m’adresser vos commentaires et vos suggestions, et me réjouis de travailler à vos côtés à la concrétisation de cette vision.

Merci beaucoup.