La formation infirmière: L’innovation pour rehausser la profession

École des Sciences Infirmières Ingram

Université McGill

 

La formation infirmière: L’innovation pour rehausser la profession

 

Liste des participants :

Annie Chevrier, Rosetta Antonacci, Lia Sanzone, Hugo Marchand, Louise Murray, Oxana Kapoustina, Irene Sarasua, Laurie Gottlieb, Elizabeth Leber, Francoise Filion Maria Di Feo, Catherine-Anne Miller.

Josée Bonneau

Directrice Adjointe - Éducation de l’École des Sciences Infirmières Ingram

Dr. Anita Gagnon

Vice-doyenne et directrice de l’École des Sciences Infirmières Ingram

École des Sciences Infirmières Ingram- Université McGill

680 Sherbrooke Ouest, 18e étage Montréal (Québec) H3A 2M7

www.mcgill.ca/nursing

 

Chers membres du comité sur les états généraux,

Au nom de l’École des Sciences Infirmières Ingram, je souhaite vous exprimer notre entière reconnaisance en lien avec ce processus consultatif unique visant le développement de la profession infirmière.

Nous croyons qu’ensemble nous pourons faire avancer la profession infirmieres afin de former les infirmieres de demain les plus compétentes possible. Les États Généraux de la profession infirmière est une initiative essentielle pour pouvoir accomplir ce progrès tous ensemble.

Cordialement,

Anita J. Gagnon RN, MPH, PhD

Associate Dean and Director, Ingram School of Nursing/

Vice-doyenne et directrice, École de sciences infirmières Ingram

 


 

L’École des Sciences Infirmières Ingram (ÉSII) de l’Université McGill, est un établissement d’éducation universitaire avec un total d’environ 1000 étudiants dans toutes les années d’études. L’ÉSII comprend également 57 professeurs à temps plein et partiel. Dans le cadre des avis généraux de l’OIIQ, L’ÉSII se positionnera sur le thème de la formation infirmières : pour relever les défis du 21e siècle. L’ÉSII croit que la profession infirmière a pour devoir de faire progresser les connaissances en sciences infirmières afin de garantir que des soins d’actualité et de qualité soient fournis à la population qu'elle dessert. L'enseignement universitaire facilite cette progression de connaissances et l’application de celles-ci dans la pratique professionnelle.

L’ÉSII maintient que pour affronter les défis du 21e siècle, la profession infirmière doit soutenir la formation de futures professionnelles, assurer qu’elles soient capables de prodiguer des soins de santé selon une approche de soins fondée sur les forces individuelles et collectives, selon les pratiques exemplaires et centrées sur les patients, leurs familles, et la communauté [Gottlieb, 2012]. Une infirmière doit appuyer son raisonnement clinique sur un vaste répertoire de connaissances que constituent les sciences infirmières, i.e. biologie, chimie, psychologie, sociologie, recherche, physiologie, pharmacologie. Ces fondements de connaissances et de compétences sont un levier important de notre profession et de notre capacité à prodiguer des soins à la mesure de la complexité et des défis de notre système de santé.

Sujet abordé dans l’avis

L'objectif de cet avis est de soutenir le rehaussement de la profession infirmière permettant de diplômer des infirmières qui ont les connaissances, les compétences et les qualités nécessaires pour répondre aux besoins complexes de la population et du système de santé. Nous proposons un parcours de formation avec le baccalauréat comme entrée à la pratique à titre d’infirmière. Cette proposition implique une collaboration étroite avec le système d’éducation et les Cégeps en particulier, afin d’unifier et normaliser ce programme de formation. L’opportunité de rehausser la profession infirmière s’insère dans les innovations pédagogiques, comme la simulation, une approche d’intégration pédagogique dans la formation infirmière, et la collaboration communautaire. Nous privilégions également une perspective de formation continue pour s’assurer du développement de la pratique infirmière à travers une carrière complète.

Position sur la question et arguments soutenant la position

Une main d’œuvre possédant un haut niveau de compétences demeure un atout et une nécessité pour affronter les défis grandissants de notre système de santé et de notre société. L’ÉSII maintient qu’il est important de développer des infirmières qui auront une identité professionnelle sûre, empreinte de résilience, de créativité, d’adaptabilité et avec un sens aigu de l'équité. Un exemple percutant de cette expertise s’est illustré durant la pandémie de la COVID-19 où il a été évident qu’une main d'œuvre composée d'infirmières compétentes, ayant des niveaux élevés de connaissances et de pensée critique a fait, et fera toujours une différence marquée dans notre système de santé. De plus, les compétences en santé communautaire, en santé publique et en soins critiques ont été indispensables pour répondre aux besoins de la population durant la crise sanitaire.

Les milieux de soins font face à des besoins qui ne cessent d’augmenter en quantité et en complexité, ce qui influe directement sur le travail des infirmières. Certains facteurs importants incluent la pénurie du personnel, les milieux de stages limités, les réformes qui ont contribué de façon importante à l’épuisement du personnel et à des manquements importants auprès de certaines populations dans l’accès aux services de santé. Plusieurs autres professions (par exemple physiothérapie, ergothérapie, pharmacie) ont déjà depuis des années augmenté le niveau d’éducation pour l’entrée à la profession, alors que ce n’est pas encore le cas pour les infirmières.

La formation universitaire en sciences infirmières (formation baccalauréat initial et le continuum DEC-BAC) confère les compétences de généralistes qui permettent de répondre aux défis émergeants de notre société. Celle-ci assure également les fondements pour l’accès aux programmes d’enseignements supérieurs, tels qu’IPS, ICS, doctorat et post-doctorat. Nous voyons l'entrée à la pratique au niveau du baccalauréat comme une nécessité, surtout avec les données qui suggèrent une diminution des taux de morbidité et de mortalité, et une amélioration pour les indicateurs de sécurité de la clientèle (Audet, Bourgault, & Rochefort, 2018; Haskins & Pierson, 2016). Les éléments essentiels de ces programmes doivent être ancrés dans les meilleures pratiques pédagogiques, tant pour la théorie que pour l'enseignement clinique, incluant la simulation et la formation en laboratoire.

Nous sommes conscients que l’arrivée de centaines d’étudiants supplémentaires au niveau du baccalauréat représente une pression additionnelle pour les universités et les milieux de stage. Ces défis interpellent également l’OIIQ qui a pour mission la protection du public. Pour répondre à ces défis et avec un souci d’équité, l’ÉSII a accompli plusieurs innovations pour améliorer l’accessibilité à la formation universitaire en sciences infirmières, la qualité de celle-ci, et l’alignement de la formation à notre responsabilité sociale.

Premièrement, nous sommes dans les dernières étapes pour la mise en place d’un programme de formation en ligne de baccalauréat pour faciliter l’accès aux infirmières techniciennes, et au développement des compétences nécessaires telles que les soins critiques, la santé publique et communautaire, et la prescription infirmière. Ce programme pourra remédier à certaines limites d’accès pour les infirmières techniciennes et facilitera le développement d’une main d’œuvre qui pourra occuper pleinement son champ d’expertise.

L’ÉSII a récemment adapté son programme de baccalauréat pour mieux s’aligner aux meilleures pratiques en matière de formation en sciences infirmières. Nous préconisons qu’un ajustement tout au long de la formation infirmière aura des bénéfices pour la profession. Cela comprend un alignement des cours tout au long de chaque semestre et tout au long du cursus, une variété de pédagogies telles que l'apprentissage didactique et l'apprentissage par projets, l'utilisation de la simulation, l'apprentissage autodirigé et la pratique réflexive. Cette intégration a pour but de promouvoir la pensée critique et le raisonnement clinique, des piliers nécessaires pour répondre aux besoins en matière de soins de santé et d’optimisation du système de soins.

De plus, les laboratoires cliniques sont nécessaires pour développer d'excellentes compétences techniques ainsi que la dextérité requise pour exceller dans les tâches infirmières les plus complexes. L'utilisation de la simulation, qu'elle soit virtuelle, par ECOS ou d'autres modalités, contribue largement à la confiance des étudiants et à l'acquisition de connaissances et de compétences (Moran, Wunderlich & Rubbelke, 2018). En ce moment, l’OIIQ ne reconnait pas les heures passées en simulation comme des heures de stage alors que les études démontrent qu’un remplacement jusqu’à 50% du temps de stage peut être acceptable (Hayden, Smiley, Alexander, Lardon-Edgren et Jeffries, 2015). De plus, les recherches démontrent qu’une heure de simulation est équivalente à 2 heures de stage (Sullivan et al., 2019). Nous proposons que l’OIIQ reconnaisse un pourcentage acceptable d’heures passées en simulation pour permettre de réduire la pression posée sur les milieux de stages. Nous proposons également que l’OIIQ encourage la formation continue avec des modalités de simulation. La simulation permet également d’exposer nos étudiants à des situations inhabituelles qu’ils risquent de ne pas rencontrer en stage clinique. Finalement nous maintenons que la simulation permet d’augmenter la protection du public en préparant les étudiants dans un environnement contrôlé et sécuritaire.

L'alignement des cours sur les simulations/activités de laboratoire permet de développer le raisonnement clinique, la pensée critique et les compétences. L'apprentissage basé sur la recherche permet aux étudiants de développer le « pourquoi » et le « quand » pour appliquer ce qu'ils ont appris dans leurs cours (Inquiry-Based Learning comme pédagogie). Le troisième élément est leur stage clinique, où ils peuvent appliquer, sous supervision, les connaissances acquises en fournissant des soins infirmiers individualisés, en temps réel, dans le contexte de la réalité de leur patient. Présentement, la majorité des maisons d’enseignement utilise le modèle en groupe avec moniteur clinique ou le préceptorat. Ces deux modèles d’apprentissage clinique sont utilisés depuis plusieurs décennies. Il serait important de se questionner sur le besoin d’innover pour créer de nouveaux modèles pour l’éducation clinique.

Les innovations en matière de formation infirmière doivent prendre en compte l’évolution des besoins de la population, en particulier des populations marginalisées dans leur propre milieu et non seulement dans les milieux hospitaliers. Cela ne peut se faire que par l'innovation avec des partenariats soutenus avec la communauté. L’ÉSII a su créer des partenariats durables avec les milieux cliniques et communautaires afin que la partie expérientielle de nos programmes répondent mutuellement aux besoins de l'apprenant, des milieux cliniques et de la population québécoise et mondiale. Notre responsabilité sociale requiert une réflexion soutenue en partenariat avec la communauté pour surmonter les limites d’accès aux soins de santé et pour revendiquer l’équité sociale à tous les niveaux. La formation universitaire est un tremplin pour favoriser cette prise de conscience dans l’identité professionnelle de l’infirmière.

La formation infirmière ne se termine jamais. Les innovations mentionnées ci-haut pourraient également favoriser la culture de développement professionnel continue au sein de la profession. Les universités pourraient, en plus de la formation initiale, remettre des certificats dans des domaines particuliers, tels que les soins de plaies et la santé populationnelle, afin de répondre aux besoins diversifiés et prioritaires de la population. Les universités offrent également des programmes d'études supérieures visant à assurer une forte présence d’infirmières en pratique avancée (IPS et ICS) à travers la province.

En conclusion, en tant qu'établissement d'enseignement supérieur éduquant les futurs infirmières et infirmiers, nous avons l'obligation de préparer des praticiens compétents, fiables et éthiques, qui prennent en compte les difficultés de santé des patients et des familles tout en optimisant leurs forces. Nous avons également l'obligation de plaider en faveur de soins de santé de haute qualité pour toute la population du Québec. Nous croyons que les infirmières et infirmiers préparés au niveau du baccalauréat peuvent être particulièrement bien placés pour apporter une contribution importante à la santé de la population québécoise, globale, et planétaire. Ces besoins sont complexes et les infirmières sont la pierre angulaire pour répondre à ces besoins avec leur expertise et leurs approches axées sur les forces.

Suite à nos discussions, l’ÉSII recommande les trois (3) mesures suivantes:

  1. L’implantation du baccalauréat comme entrée à la pratique de la profession infirmière. Deux portes d’entrées existeraient : le baccalauréat initial et le parcours DEC-BACC. Pour réaliser cette mesure, nous proposons de continuer le travail avec les Cégeps à travers les consortiums, afin de pouvoir réviser et intégrer davantage les 2 programmes. Nous proposons aussi que l’examen professionnel de l’OIIQ soit élaboré au niveau du baccalauréat. Pour les étudiants choisissant le parcours DEC-BACC, un statut similaire à celui du CEPI serait octroyé aux candidats entre la fin du Cégep et la fin du baccalauréat.
  2. Nous recommandons que les universités puissent offrir, en collaboration avec l’OIIQ, des diplômes de formation continue en sciences infirmières pour répondre aux besoins toujours évolutifs de la population. Nous proposons, entre autres, des formations en sécurisation culturelle en santé, santé communautaire, soins critiques, réduction des méfaits, santé mentale, dialyse, contrôle des infections et soins de plaies. Nous demandons que l’OIIQ reconnaisse ces certificats et fasse valoir aux employeurs l’importance qu’ils les reconnaissent également. Ces certificats aideront également à augmenter la culture de formation continue à travers la profession. L'utilisation de l’enseignement en ligne pourrait permettre d’intégrer ces nouveaux programmes dans les établissements d’enseignement avec un minimum de ressources.
  3. Finalement, nous recommandons que l’OIIQ reconnaisse la simulation comme un moyen valable de remplacement des heures de stage selon un ratio d’une heure de simulation pour deux heures de stage et quelle reconnaisse un pourcentage acceptable de remplacement d’heures de stage qui s’aligne avec les données probantes.Ceci permettrait de désengorger les milieux de stage tout en standardisant certaines expériences de stage. L’OIIQ pourrait alors recommander des scénarios de simulations pour différents niveaux de stage. Cette standardisation et ces scénarios augmenteraient la protection du public tout en assurant un minimum de compétences pour tous les étudiants.

Liste des recommandations avancées dans l’avis

  1. Faire du baccalauréat la norme d’entrée à la profession infirmière dans laquelle l’examen professionnel se ferait à la fin de ce diplôme, en créant des partenariats entre les Cégeps et universités avec des portes d’entrée variées (DEC-BACC intégré et le baccalauréat initial)
  2. Créer et reconnaitre la formation continue (diplômes de formation continue) de manière plus formelle pour les infirmières cliniciennes et adaptée à certains milieux de soins spécialisés, comme l’oncologie, la gériatrie, et la santé mentale. Ces formations seraient offertes au niveau universitaire sous forme de certificats.
  3. Encourager les infirmières techniciennes avec une expérience antérieure de plus de 4 ans à retourner aux études pour un diplôme de formation continue peu importe le temps écoulé depuis l’obtention de leur DEC.
  4. Encourager les milieux cliniques et le gouvernement à reconnaitre ces formations ou certificats au niveau de la compétence, de la création de postes et à une reconnaissance salariale de ces spécialisations.
  5. Encourager davantage la création de programmes de formation en ligne pour augmenter l’accès aux études.
  6. Reconnaitre un pourcentage de simulation comme mécanisme novateur de remplacement d’heures de stage ainsi que comme technique d’apprentissage valide et sécuritaire, étant donné les places limitées en milieux de stage.

 

 

Références
 
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Audet, L. A., Bourgault, P., & Rochefort, C. M. (2018). Associations between nurse education and experience and the risk of mortality and adverse events in acute care hospitals: A systematic review of observational studies. International journal of nursing studies, 80, 128-146.
 
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