Les couleurs vives des grenouilles venimeuses servent à la fois d’avertissement et de camouflage

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Les grenouilles venimeuses, batraciens aux couleurs vives qui transportent des toxines mortelles, illustrent à merveille le principe de la coloration prémonitrice.

Par exemple, le dendrobate teint de couleur jaune et noir est hautement toxique, et sa robe colorée sert de mise en garde à ses prédateurs.  

Cependant, selon une nouvelle étude dirigée par des scientifiques de l’Université de Bristol et publiée aujourd’hui dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, la robe colorée de ces amphibiens est aussi, étonnamment, une tenue de camouflage.


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Aujourd’hui en poste à l’Université McGill, Jim Barnett, l’auteur principal, a mené ces travaux pendant ses études doctorales à l’Université de Bristol.

« Si efficaces soient-ils, les signaux d’alarme ne sont pas nécessairement la meilleure façon d’attirer l’attention », explique-t-il. En effet, « certains prédateurs ont acquis une tolérance à des toxines mortelles pour l’être humain, alors que d’autres ne se méfient pas, puisqu’ils en sont à leur premier face à face avec cette proie toxique (erreur dangereuse tant pour le prédateur que pour la grenouille, d’ailleurs) ».

« L’animal dont les couleurs serviraient d’avertissement vues de près, mais de camouflage vues de loin, bénéficierait donc d’un avantage indéniable. »

Grâce au travail accompli dans les jungles de la Guyane française, à la modélisation computationnelle et aux observations faites en laboratoire, Jim Barnett et ses collaborateurs de l’École des sciences biologiques et de l’École de psychologie expérimentale de l’Université de Bristol ont découvert comment le dendrobate teint mettait ses couleurs à profit pour parvenir à un parfait équilibre entre l’art de la dissuasion et l’art du camouflage.  

Ainsi, ils ont constaté que les couleurs et leur agencement étaient plutôt tape-à-l’œil à courte distance, mais que de loin, ils permettaient à l’animal de se fondre dans le décor.

La grenouille gagne donc sur les deux tableaux : elle profite d’une tenue de camouflage de qualité militaire jusqu’à ce que son prédateur s’approche suffisamment pour percevoir un signal d’alarme haut en couleur et sans équivoque.

« Nous ignorons combien d’animaux utilisent ainsi les couleurs et la distance pour équilibrer des pressions de sélection contraires », précise Innes Cuthill, professeur à l’Université de Bristol et coauteur de l’étude.

« La capacité de signaler sa présence à un éventuel compagnon rôdant dans les parages tout en évitant de se faire remarquer d’un prédateur éloigné apparaît comme un avantage. Il en va de même chez l’être humain : dans l’armée, le camouflage doit être à la fois reconnu par l’allié et invisible pour l’ennemi. Et une signalisation claire là où l’information est utile pourrait prêter à confusion si elle était visible trop tôt. »

 

Article :

L’article « Distance-dependent defensive coloration in the poison frog Dendrobates tinctorius, Dendrobatidae », par J. Barnett, C. Michalis, N. Scott-Samuel et I. Cuthill, a été publié dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, http://www.pnas.org/content/early/2018/05/30/1800826115

Diffuseur :

Service de presse de l’Université de Bristol, vendredi 1er juin 2018. Pour en savoir davantage, composer le 0117 428 2489 ou écrivez à press-office [at] bristol.ac.uk.

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