S'attaquer au problème de l'observance médicamenteuse sur plusieurs fronts

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Une nouvelle étude clinique combine la technologie numérique avec le « coaching » dans le but d’améliorer le suivi chez les jeunes patients greffés du rein
Apprendre à devenir autonome et responsable fait partie de l’apprentissage à faire au cours de l’adolescence et des premières années de l’âge adulte. Pendant cette période de la vie, on commet souvent des erreurs, dont on tire des leçons. Toutefois, chez les jeunes greffés du rein, le fait de manquer quelques doses antirejet peut avoir des conséquences désastreuses sur la viabilité du greffon. En effet, le faible taux d’observance du traitement médicamenteux contribue en grande partie au niveau élevé de rejet d’organes dans ce groupe d’âge.
 
Audrey Grenier a reçu une greffe de rein à l'âge de 13 ans et a participé à l'essai clinique TAKE-IT dirigé par la Dre Bethany Foster (droite), néphrologue pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour enfants et scientifique à l’Institut de recherche du CUSM. 
 
Des spécialistes de la transplantation d’organes et des chercheurs de huit grands centres hospitaliers pédiatriques répartis au Canada et aux États-Unis ont uni leurs efforts pour faire une différence. Sous la direction de la Dre Bethany Foster, néphrologue pédiatrique et scientifique à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM) et à l’Hôpital de Montréal pour enfants du CUSM, l’équipe a réalisé une étude clinique novatrice, appelée TAKE-IT. L’objectif de cette étude clinique était de tester un nouveau mode d’intervention dans le but d’améliorer l’observance au traitement chez les jeunes greffés du rein (c’est-à-dire le suivi responsable du traitement prescrit). Les résultats de cette étude clinique sont publiés en ligne aujourd’hui, dans The American Journal of Kidney Diseases (AJKD), par  l’équipe de l’IR-CUSM.
 
« Oublier de prendre ses médicaments antirejet, même si cela n’arrive qu’à quelques reprises, peut entraîner un échec de la greffe, explique la Dre Foster, auteure principale de l’étude qui est aussi une chercheuse du Programme en santé de l'enfant et en développement humain de l’IR‑CUSM et professeure à la Faculté de médecine de l’Université McGill. Compte tenu de la pénurie d’organes disponibles à des fins de transplantation, chaque échec représente une perte, non seulement pour le patient, mais également pour toutes les personnes concernées par la greffe d’organes. »
 
La non-observance du traitement médicamenteux constitue un problème important dans le segment de la population qui représente 15 à 30 pour cent des enfants nord-américains atteints d’une maladie chronique et entraîne un taux de morbidité et de mortalité important. La non-observance entraînerait aussi des coûts de soins de santé estimés à des millions de dollars, alors que ces coûts pourraient être évités.
 
TAKE-IT : Multiplier les tactiques pour aider les jeunes patients à respecter leur traitement
L’intervention TAKE-IT a combiné de la surveillance électronique (via messages textes ou courriels) de la prise des médicaments avec des rencontres trimestrielles avec un « coach » personnel, afin de développer des solutions concrètes pour pallier le manque d’assiduité dans la prise de médicaments.
 
Les chercheurs ont suivi pendant un an 169 adolescents et jeunes adultes (âgés de 11 à 24 ans) ayant eu une greffe du rein. Les participants ont utilisé le pilulier électronique SimpleMed, mis au point par la compagnie médicale Vaica. Il a ainsi été possible d’exercer un suivi sur leur observance du traitement. La cohorte de patients a été divisée en deux groupes. Les membres du premier groupe (81 patients) pouvaient personnaliser le système de surveillance, afin de recevoir des encouragements numériques, comme des courriels ou des messages textes, s’ils n’avaient pas pris leurs médicaments à temps. Ces patients ont également reçu du « coaching  » de la part de personnes qui ne faisaient pas partie de l’équipe clinique ou qui n’avaient aucune interaction avec cette dernière. Quant à eux, les membres du second groupe, appelé groupe témoin (88 patients), n’ont pas reçu des messages électroniques ou n’ont pas eu de « coaching » relatif à l’observance du traitement.
 
Le pilulier électronique SimpleMed (développé par Vaica) et utilisé par les participants afin de suivre leur observance au traitement, durant l'essai clinique TAKE-IT
Les résultats de l’étude clinique démontrent que, chez les jeunes greffés du rein ayant eu recours à la solution numérique de gestion de la prise de médicaments et de l’observance du traitement combinée avec du « coaching », le taux d’observance du traitement médicamenteux antirejet était de 66 pour cent plus élevé que chez les membres du groupe témoin. Une meilleure observance entraînerait une meilleure survie du greffon.
 
Le programme d’intervention a suscité diverses réactions. « Certaines personnes ont beaucoup apprécié ce programme et n’ont pas voulu rendre le pilulier, mais d’autres ne l’ont pas aimé et ont cessé de l’utiliser parce qu’il était un peu trop encombrant. On procède à la conception d’un nouveau modèle de pilulier, en tenant compte de l’avis des participants, poursuit la Dre Foster. Toutefois, la plupart des adolescents ont apprécié leurs rencontres avec le  “coach”. »
 
« Les résultats que nous annonçons aujourd’hui sont enthousiasmants; ils démontrent qu’une approche multidisciplinaire peut vraiment aider les adolescents et les jeunes à respecter leur traitement, ce qui s’avère important pour assurer leur bien-être au fil du temps, ajoute la coauteure de l’étude, la Dre Lorraine Bell, qui est aussi directrice du Programme de transplantation rénale en pédiatrie du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et directrice du Programme de transition des soins pédiatriques aux soins pour adultes à l’Hôpital de Montréal pour enfants. Le « coaching » a des répercussions importantes, comme dans les sports et dans les autres activités. L’encouragement et le lien personnel sont importants, car il n’est pas facile pour un adolescent ou pour un jeune adulte d’être atteint d’une maladie chronique. »
 
La Dre Bell insiste également sur le fait qu’il peut être difficile de se rappeler de prendre ses médicaments lorsqu’il se passe beaucoup d’autres choses dans sa vie, et renforce l’importance d’avoir un système de rappel de prise de médication sous forme de messages textes et de courriels pour des gens qui ont grandi avec des téléphones intelligents.
 
« Cette étude clinique sur l’observance quotidienne d’un traitement médicamenteux que nous venons de réaliser est la plus importante à avoir été réalisée à ce jour auprès des greffés du rein. L’identification d’une approche qui s’avère efficace quant à la promotion de l’observance du traitement chez les patients atteints d’affections chroniques constitue une percée importante, commente la Dre Foster. Une meilleure observance du traitement se traduira par des patients en meilleure santé et permettra vraisemblablement de réaliser des économies en soins de santé, en prévenant des complications graves pouvant nécessiter un traitement ou une hospitalisation. »
 
L’étude clinique TAKE-IT a été lancée en 2011. Elle fait actuellement l’objet d’un suivi au titre d’une étude quinquennale réalisée à grande échelle (appelée TAKE-IT TOO). Les chercheurs participant à cette étude vont collaborer avec Vaica, de même qu’avec des patients et des professionnels de la santé, afin de concevoir un système de soutien portable pour l’observance du traitement médicamenteux, plus particulièrement destiné aux jeunes. Ils visent également l’objectif d’adapter l’intervention TAKE IT afin qu’elle soit utilisée dans la pratique clinique et ont l’intention de tester le nouveau dispositif et l’intervention dans une étude pilote. 
 
Au sujet de l’étude  
L’article intitulé A Randomized Trial of a Multicomponent Intervention to Promote Medication Adherence: The Teen Adherence in Kidney Transplant Effectiveness of Intervention Trial (TAKE-IT) a été co-écrit par Bethany J. Foster, Ahna L.H. Pai, Nataliya Zelikovsky, Sandra Amaral, Lorraine Bell, Vikas R. Dharnidharka,
Diane Hebert, Crystal Holly, Baerbel Knauper, Douglas Matsell, Veronique Phan, Rachel Rogers, Jodi M. Smith, Huaqing Zhao, et Susan L. Furth. DOI: 10.1053/ j.ajkd.2017.12.012
 
Ces travaux de recherche ont été financés par les Instituts nationaux américains de la santé, l’Institut national du diabète, des maladies digestives et rénales (R01DK092977). Dre Foster est un membre de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill et un des chercheurs-boursiers cliniciens du Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS).
 
À propos de l’Institut de recherche du CUSM
L’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR‑CUSM) est un centre de recherche de réputation mondiale dans le domaine des sciences biomédicales et de la santé. Établi à Montréal, au Canada, l’Institut, qui est affilié à la faculté de médecine de l’Université McGill, est l’organe de recherche du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) – dont le mandat consiste à se concentrer sur les soins complexes au sein de sa communauté. L’IR-CUSM compte plus de 420 chercheurs et près de 1 200 étudiants et stagiaires qui se consacrent à divers secteurs de la recherche fondamentale, de la recherche clinique et de la recherche en santé évaluative aux sites Glen et à l’Hôpital général de Montréal du CUSM. Ses installations de recherche offrent un environnement multidisciplinaire dynamique qui favorise la collaboration entre chercheurs et tire profit des découvertes destinées à améliorer la santé des patients tout au long de leur vie. L’IR-CUSM est soutenu en partie par le Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS). www.ircusm.ca
 
Contact avec les médias :
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