Mesurer le niveau de protection des cours d’eau

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Un nouvel indicateur pourrait aider à orienter les efforts en matière de conservation

Jusqu’à quel point les cours d’eau sont-ils protégés?

En 2010, la Convention sur la diversité biologique (CDB), traité international pour la conservation de la biodiversité, stipulait que 17 % des eaux intérieures mondiales, y compris les fleuves et les rivières, devraient être protégées d’ici 2020. Un problème se posait toutefois : il n’existait alors aucune façon fiable de mesurer les progrès accomplis.

Cette situation est sur le point de changer. En effet, une nouvelle étude codirigée par Bernhard Lehner, professeur de géographie à l’Université McGill, et des spécialistes en biologie des eaux douces affilié au Nature Conservancy, au Fonds mondial pour la nature et à l’Université Griffith, en Australie, a fait appel à des images en haute résolution des fleuves et des rivières partout sur la planète afin d’évaluer pour la première fois l’écart entre la situation actuelle en matière de protection des cours d’eau et l’objectif visé par la CDB. 

Les résultats de cette étude, qui a fait l’objet d’un article publié le 8 novembre 2016 dans la revue Conservation Letters, révèlent que le niveau de protection de la plupart des réseaux fluviaux dans le monde ‒ dont les bassins versants d’amont ‒, est bien en deçà de la cible de 17 % établie par la CDB, particulièrement si l’on prend en considération le concept de « protection intégrée ». Près de 70 % des tronçons fluviaux ne comptent aucune zone protégée dans leurs bassins versants d’amont, et seulement 11 % affichent une protection intégrée complète. Les niveaux de protection varient considérablement selon les régions : ainsi, l’Amérique du Sud, dominée par l’Amazone bien protégé, affiche des niveaux de protection locale et intégrée moyens qui frôlent les 30 %, tandis que ces niveaux sont inférieurs à 10 % au Moyen-Orient.

Protection intégrée

Pourquoi la protection intégrée est-elle importante?

« Imaginez le cours supérieur d’une rivière qui reçoit des polluants toxiques provenant d’une mine située à proximité et qui déverse ces derniers dans un cours d’eau avoisinant », explique Robin Abell, de Conservation de la nature et auteure principale de l’étude. « Ces polluants se retrouvent en aval dans le tronçon d’un autre cours d’eau qui traverse une réserve bien protégée. Peut-on alors dire que ce tronçon est protégé si les espèces aquatiques qui y vivent sont empoisonnées par des substances toxiques déversées en amont? »

Cette étude décrit une nouvelle méthode permettant de mesurer la protection intégrée ‒ soit la protection locale et la protection en amont ‒ à l’aide d’un outil que l’on pourrait comparer à une règle à calcul permettant de déterminer si la protection est suffisante. On pourrait s’attendre à ce que de petits bassins versants de tête jouissent d’un niveau de protection presque optimal alors qu’à l’autre extrémité du spectre, on considère suffisante la protection en amont des plus grands cours d’eau du monde, lesquels sont dominés par d’imposants bassins versants d’amont, même si cette protection atteint des niveaux plus faibles.

« Il est particulièrement difficile de mesurer le niveau de protection des fleuves et des rivières en raison de l’interdépendance des réseaux fluviaux, où toute perturbation a des répercussions en aval sur de longues distances », affirme le professeur Lehner. « Mais selon nous, notre nouvel instrument de mesure de la protection intégrée des cours d’eau nous permettra de faire ressortir les écarts ainsi que de gérer et d’orienter de façon plus stratégique nos efforts en matière de conservation de l’eau douce. »

Image: Yamuna River, Uttarakhand, India; Crédit: Günther Grill 

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L’article « Looking beyond the fenceline: assessing protection gaps for the world’s rivers », par Robin Abell, Bernhard Lehner et coll., a été publié en ligne dans la revue Conservation Letters le 9 novembre 2016. doi: 10.1111/conl.12312
http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/conl.12312/full

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