La violence conjugale décourage la contraception

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Une étude mondiale montre que les femmes maltraitées recourent moins à la contraception, d’où des taux plus élevés de maladies sexuelles et d’avortements

Les femmes maltraitées par leur partenaire ou ex-partenaire sont beaucoup moins susceptibles de recourir à la contraception, ce qui les expose aux infections transmissibles sexuellement et entraîne des grossesses non désirées et des avortements plus fréquents, selon une étude publiée dans PLOS One et dirigée par Lauren Maxwell, doctorante à l’Université McGill. Ces résultats pourraient influencer la façon dont les médecins conseillent leurs patientes en matière de contraception.

Négocier sa contraception

Fait notable, lorsqu’elles recourent à la contraception, les femmes agressées physiquement ou sexuellement par leur partenaire utilisent moins les condoms. Elles choisissent plutôt des méthodes contraceptives qu’elles n’ont pas à négocier avec leur conjoint, comme les injections contraceptives et la stérilisation dans les pays en développement, ou les dispositifs intra-utérins dans les pays occidentaux.

Ces résultats sont une synthèse des meilleures études réalisées sur ce sujet, menées principalement aux États-Unis, mais aussi en Inde, en Afrique du Sud, au Zimbabwe et au Nicaragua. Plus qu’une simple corrélation, ils suggèrent un lien de causalité entre la violence conjugale et la contraception. Pour le montrer, l’équipe de recherche n’a retenu que les études qui prenaient en compte d’autres facteurs potentiels et où les questions sur la violence précédaient toujours celles sur la contraception.

« En parlant avec des femmes maltraitées, je les ai souvent entendues dire qu’elles choisissaient des méthodes contraceptives que leur partenaire masculin ne pouvait pas refuser », affirme Lauren Maxwell. « J’ai donc voulu savoir si, d’un pays à l’autre, les victimes de violence conjugale ont moins recours à la contraception, ce qui pourrait expliquer pourquoi leurs taux d’avortements et de transmission du VIH sont plus élevés. » Dans des pays africains, les femmes maltraitées par leur partenaire ont trois fois plus de risque de contracter le VIH que celles qui ne le sont pas, selon des études citées par l’Organisation mondiale de la Santé.

Incidence sur le conseil en contraception

Cette étude montre que les efforts pour améliorer l’accès à la contraception dans le monde, comme la nouvelle initiative Planification familiale 2020 soutenue par l’ONU, doivent tenir compte de la violence conjugale. L’un des objectifs du Millénaire pour le développement, établis par les Nations Unies en 2000, était d’obtenir l’accès universel à la santé reproductive d’ici 2015. « Nous n’avons pas atteint nos objectifs pour l’accès à la contraception », affirme Lauren Maxwell. « Cela nuit à la santé des mères et des enfants, et à l’éducation des femmes. Pour améliorer ces éléments, nous devons tenir compte de la violence conjugale lorsque nous élaborons des programmes conçus pour faciliter l’accès des femmes à la contraception. »

Par exemple, certaines ONG invitent les conjoints lors des consultations de contraception. L’étude suggère qu’il est important de dépister la violence conjugale avant d’inclure les hommes dans les conversations sur la contraception. Sinon, la présence d’un conjoint violent pourrait miner les efforts pour offrir une contraception aux femmes.

Les résultats de cette étude ont aussi une incidence sur la formation médicale. Il serait important de former au dépistage aux médecins, gynécologues, infirmières et sages-femmes, pour que ces professionnels puissent dépister la violence conjugale lors des consultations de contraception. Et ainsi repérer un phénomène qui influence lourdement la santé et le bien-être des femmes.

L’article « Estimating the Effect of Intimate Partner Violence on Women’s Use of Contraception: A Systematic Review and Meta-Analysis », par Maxwell L., Devries K., Zionts D., Alhusen J. L. et Campbell J. (2015), a été publié dans PLoS ONE  en février 2015.
DOI : 10.1371/journal.pone.0118234 http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0118234

Les coauteures de cette étude comprennent Karen Devries (École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres, Royaume-Uni), Danielle Zionts (Université McGill, Canada), ainsi que Jacquelyn Campbell et Jeanne L. Alhusen (École de sciences infirmières de l’Université Johns Hopkins, États-Unis). Ces travaux ont reçu le soutien du projet Équité en santé maternelle et infantile (MACHEquity), financé par les Instituts de recherche en santé du Canada.

Lauren Maxwell est disponibles pour des entrevues en français, anglais et espagnol

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