Le secret de l’empathie

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Le stress occasionné par la présence d’étrangers peut empêcher d’éprouver de l’empathie, tant chez les souris que chez les humains

Selon les résultats d’une nouvelle étude publiée dans la revue spécialisée Current Biology, l’aptitude à éprouver de l’empathie ‒ soit la capacité de partager et de ressentir les émotions de l’autre ‒ est limitée par le stress résultant de la présence d’étrangers.

« Le président Barack Obama a déjà souligné qu’un “déficit d’empathie” exacerbe les malentendus, les divisions et les conflits. Cette étude a permis de comprendre la raison de ce manque d’empathie et de répondre à la question essentielle qui consiste à savoir comment susciter l’empathie entre étrangers », affirme Jeffrey Mogil, professeur de psychologie à l’Université McGill et auteur principal de l’étude. « Dans ce cas, nous avons suscité l’empathie en laissant simplement les sujets jouer ensemble pendant 15 minutes au jeu vidéo Rock Band®. »

Les scientifiques étudient de plus en plus l’empathie en raison de son rôle bien connu dans les troubles psychologiques tels que les troubles du spectre de l’autisme et la psychopathie. Dans les études sur l’empathie, la douleur est souvent utilisée comme stimulus, car elle est universellement comprise et facile à mesurer. Le professeur Mogil et d’autres scientifiques ont déjà utilisé cette approche afin de montrer que la faculté d’empathie est manifeste, même chez les mammifères inférieurs, comme la souris.

Dans cette nouvelle étude, Jeffrey Mogil et les membres de son équipe ont comparé les réactions d’étudiants au premier cycle à des stimuli douloureux dans le cadre de divers scénarios : étudiant seul; avec un ami; avec un étranger; entre deux étrangers auxquels on avait administré un médicament antistress; et, enfin, entre deux étrangers qui avaient passé 15 minutes à jouer ensemble au jeu vidéo Rock Band® avant le test.

On a demandé aux étudiants qui participaient à l’étude de plonger leur bras dans de l’eau glacée et d’évaluer leur douleur. Les scores de la douleur sont demeurés les mêmes lorsque les sujets éprouvaient de la douleur seuls ou assis en face d’un étranger. Toutefois, les scores augmentaient lorsque les étudiants plongeaient leur bras dans l’eau glacée lorsqu’ils étaient en face d’un ami.

« On pourrait croire que le fait d’éprouver une plus grande souffrance en présence d’un ami constitue un mauvais signe, mais cela démontre plutôt l’existence d’une grande empathie entre ces deux personnes – elles ressentent en fait la douleur de l’autre », explique le professeur Mogil.

Des études précédentes réalisées par l’équipe de Jeffrey Mogil ont démontré que deux souris ne peuvent éprouver de l’empathie l’une envers l’autre si elles ne se connaissent pas. Les chercheurs ont également observé que si deux souris se connaissent bien (lorsqu’elles partagent la même cage), le même stimulus provoquera une douleur plus intense si elles sont ensemble que si elles sont seules. L’étude publiée aujourd’hui est la première à démontrer l’existence du même obstacle à l’empathie en présence d’étrangers chez les humains. Les chercheurs ont ensuite étudié ce qui empêchait des étrangers d’éprouver de l’empathie et ont observé que la cause de ce phénomène était identique chez les humains et les souris : le stress occasionné par la présence d’un étranger. Lorsque les chercheurs ont administré aux sujets de la métyrapone ‒ un médicament qui prévient la réaction de lutte ou de fuite en présence d’un stress ‒ avant l’expérience, tant les étudiants que les souris ont manifesté de l’empathie envers l’étranger.

Afin d’étudier davantage cet obstacle à l’empathie entre étrangers que constitue le « stress social », on a offert aux étudiants jumelés à des étrangers la possibilité de jouer au jeu vidéo Rock Band® avant l’expérience. Après seulement 15 minutes de jeu, ces étrangers ont démontré de l’empathie les uns envers les autres lorsqu’ils éprouvaient de la douleur après l’exposition à l’eau glacée. (Le fait de jouer seul au jeu vidéo Rock Band® n’a pas permis d’accroître le sentiment d’empathie entre étrangers.)

« Il s’avère qu’une expérience commune aussi superficielle que de jouer ensemble à un jeu vidéo permet de faire passer une personne de la catégorie "étranger" à la catégorie "ami" et susciter des niveaux d’empathie significatifs », affirme le professeur Mogil. « Cette étude démontre que des stratégies fondamentales visant à réduire le stress social peuvent contribuer à transformer un déficit d’empathie en un surplus d’empathie. »

« Ces résultats soulèvent de nombreuses questions fascinantes, car nous savons que le manque d’empathie est au cœur de divers troubles psychologiques, et même de conflits sociaux aux niveaux personnel et sociétal », explique l’auteur principal de l’étude. « Il est également très surprenant que l’empathie semble procéder des mêmes mécanismes chez les souris et les humains. »

Cette étude a été financée par la Fondation Louise et Alan Edwards, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, la Société canadienne de la douleur et les Instituts de recherche en santé du Canada.

Martin et al., Reducing Social Stress Elicits Emotional Contagion of Pain in Mouse and Human

Strangers, Current Biology (2015), publié le 15 janvier 2015.

http://dx.doi.org/10.1016/j.cub.2014.11.028

 

 

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