Une étude révèle d’importantes différences génétiques entre les cellules sanguines et celles des tissus

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Des questions importantes soulevées sur la recherche fondée uniquement sur les échantillons sanguins; de nouveaux traitements envisagés pour les maladies vasculaires

La recherche effectuée par un groupe de scientifiques montréalais remet en question un des postulats les plus fondamentaux de la génétique humaine voulant que, lorsqu’il est question d’ADN, chaque cellule du corps soit identique. Leurs résultats sont publiés dans le numéro de juillet du bulletin Human Mutation.

Cette découverte pourrait contredire le raisonnement à la base de nombreuses études à grande échelle en génétique effectuées au cours des 15 dernières années, lesquelles devaient permettre d’isoler les causes de maladies humaines.

Sauf dans les cas de cancer, il est difficile, même impossible, de prélever des tissus malades sur des patients en vie. Par conséquent, la grande majorité des échantillons génétiques utilisés dans les études à grande échelle sont sous forme sanguine. Toutefois, s’il s’avérait que les cellules du sang et des tissus ne correspondent pas génétiquement, ces études vastes et ambitieuses de la totalité du génome pourraient avoir été essentiellement faussées dès le début.

Cette découverte découle d’une recherche sur les causes génétiques sous-jacentes des anévrismes aortiques abdominaux (AAA) menée par les Drs Morris Schweitzer et Bruce Gottlieb et la Pre Lorraine Chalifour, ainsi que par des collègues de l’Université McGill et de l’Institut Lady Davis pour la recherche médicale affilié à l’Hôpital général juif de Montréal. Les chercheurs se sont concentrés sur BAK, un gène qui contrôle la mort de la cellule.

Ce qu’ils ont découvert les a surpris.

L’AAA est une des rares maladies vasculaires dont la thérapie comprend le prélèvement d’échantillons de tissus. Lorsqu’ils les ont comparés, les chercheurs ont découvert des différences importantes entre les gènes BAK des cellules sanguines et ceux des cellules de tissus provenant des mêmes individus, le « déclencheur » présumé de la maladie se trouvant uniquement dans les tissus. Qui plus est, les mêmes différences paraissaient ensuite évidentes dans des échantillons provenant d’individus en bonne santé.

« Dans les cas de maladies multifactorielles autres que le cancer, nous ne pouvons habituellement étudier que le sang », a expliqué le Dr Gottlieb, généticien au Centre de recherche translationnelle sur le cancer de l’Université McGill. « Traditionnellement, quand nous avons cherché des facteurs de risque génétiques pour, disons, les maladies du cœur, nous avons présumé que le sang nous indiquerait ce qui se produit dans les tissus. Il semble maintenant que ce ne soit tout simplement pas le cas. »

« Du point de vue génétique, si on met de côté les implications thérapeutiques, le fait d’observer que toutes les cellules ne sont pas identiques est extrêmement important. C’est la base », a-t-il ajouté. « L’introduction des études portant sur tout le génome était accompagnée d’un énorme battage publicitaire, il y a plusieurs années, et les gens s’attendaient à des découvertes extraordinaires. On allait prélever des échantillons sanguins de milliers ou de centaines de milliers d’individus et trouver les gènes responsables de la maladie.

« Malheureusement, ces études ont été en réalité très décevantes et notre découverte pourrait certainement en expliquer une des raisons. »

L’AAA consiste en un élargissement et un affaiblissement localisés de l’aorte abdominale et affecte principalement les mâles caucasiens âgés qui fument, souffrent de haute tension artérielle et de niveaux élevés de cholestérol. Il ne présente souvent aucun symptôme, mais peut entraîner des ruptures de l’aorte qui sont fatales dans 90 pour cent des cas.

Si les mutations découvertes dans les cellules des tissus prédisposent vraiment un individu à subir un AAA, elles représentent une cible idéale pour de nouvelles thérapies et pourraient même avoir des implications thérapeutiques plus larges.

« Cela aura probablement des répercussions sur les maladies vasculaires en général », a déclaré le Dr Schweitzer, du Département de médecine de l’Université McGill. « Nous n’avons pas encore examiné les artères coronariennes ou cérébrales, mais je serais enclin à soupçonner que cette mutation pourrait être présente partout. »

Le Dr Schweitzer a bon espoir que cette découverte pourrait permettre la création de nouveaux traitements pour les maladies vasculaires à court ou moyen terme.

« L’échéance pourrait être de cinq à dix ans », a-t-il déclaré. « Nous devons effectuer des expériences de culture de cellules in vitro, les tester sur un modèle animal, puis développer une molécule ou une protéine qui influencera le produit génétique muté. C’est la première étape, mais elle est importante. »

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