La conférence de McGill sur la crise alimentaire propose des pistes de solutions

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Une pléiade d’experts mondiaux s’attaquent à ce problème crucial

La Conférence internationale sur la sécurité alimentaire mondiale organisée par l’Université McGill s’est avérée un franc succès aux dires de tous les participants, alors que se termine aujourd’hui cet événement d’une durée de trois jours.

Réunissant plus de 360 participants de 17 pays du monde, dont des représentants de 18 organismes internationaux, de plusieurs universités et de l’industrie ainsi que de nombreux étudiants, cette conférence a offert une tribune privilégiée pour favoriser des échanges directs entre experts, universitaires et décideurs politiques des pays développés ou en voie de développement, organisations non gouvernementales (ONG), regroupements d’agriculteurs et gens d’affaires, de même que pour établir les bases de solutions durables à la diminution des réserves de nourriture et à la hausse fulgurante du prix des denrées alimentaires dans le monde.

« La Conférence de McGill est exactement le genre d’événement qu’il nous faut mettre de l’avant afin de discuter de ces problèmes complexes qui dépassent nos frontières et qui exigent la mise en place de solutions novatrices à l’échelle internationale », a déclaré le très honorable Joe Clark, ancien premier ministre du Canada et professeur au Centre d’études sur les régions en développement à l’Université McGill, qui coprésidait la conférence. « Les solutions à la crise alimentaire – et il s’agit là d’une crise réelle et importante – ne viendront pas de chacun des gouvernements ou des groupes d’intervention qui travaillent de façon indépendante. Les solutions viendront plutôt des experts de tous les domaines qui travailleront en collaboration, et c’est exactement ce que cette conférence a su réaliser en un très court laps de temps ».

Voici les principaux points issus des discussions des participants à cette conférence :

  • Le monde a connu de pareilles situations d’insécurité et de pénuries alimentaires dans le passé, telles que celles survenues à la fin des années 1950 et au milieu des années 1970.
  • Au cours des 30 dernières années, les investissements en agriculture et en production alimentaire ont accusé une forte baisse jumelée à une diminution considérable de l’aide publique au développement (APD), laquelle est passée de 18 % à moins de 4 % du budget total de l’ADP consentie par les pays membres de l’OCDE. Or, l’agriculture représente 29 % du produit intérieur brut (PIB) des pays en développement, alors que ces derniers investissent moins de 4 % de leur PIB dans ce secteur.
  • Cette baisse d’investissement conjuguée à d’autres facteurs, tels que la population croissante, l’augmentation du pouvoir d’achat dans les économies émergentes, la hausse des coûts de l’énergie, le détournement des ressources foncières et hydriques servant à la production alimentaire humaine et animale au profit de la production de biocarburants, l’épuisement des stocks mondiaux de céréales, les inondations et sécheresses extrêmes ainsi que les déséquilibres affectant les marchés alimentaire et agricole, sont tous des éléments qui ont contribué à des hausses spectaculaires du prix des denrées ayant mené à la crise alimentaire mondiale qui sévit actuellement.
  • La crise touche les pays, et leurs habitants, de différentes façons selon le niveau de revenus de chacun des ménages. Ainsi, dans un pays riche comme le Canada, les dépenses en nourriture représentent moins de 10 % des revenus des ménages et le taux d’inflation alimentaire se chiffre à moins de 3 %. Néanmoins, dans le segment le plus pauvre de la population canadienne, le nombre de personnes qui ont recours à des banques alimentaires pour se nourrir plus adéquatement a augmenté de façon effarante.
  • Dans une économie émergente comme celle de la Chine, le pays a été en mesure de protéger sa population urbaine moyenne de la flambée du prix des denrées en octroyant des subventions et en restreignant les importations. Dans les régions rurales toutefois, le prix des denrées alimentaires a poursuivi sa montée, afin de bénéficier aux agriculteurs. La Chine a mis un frein à de nouveaux projets impliquant la production de biocarburants.
  • Haïti, l’un des pays les moins développés, s’est révélé incapable de faire face à la montée du prix des denrées, s’enfonçant encore plus profondément dans la pauvreté et la famine au détriment de sa croissance économique. Tous ces facteurs ont conduit à de l’instabilité sociale et politique.

Des exemples de réussites

Quelques exemples de réussites, des plus encourageants, ont toutefois été cités :

  • Les techniques après récolte mises au point en Inde ont permis de réduire les pertes de cultures dues à l’altération des aliments ou aux rejets, en plus de favoriser une augmentation des stocks de nourriture de 40 % – un avancement auquel des scientifiques de l’Université McGill ont participé activement.
  • Le développement de nouvelles variétés de riz en Afrique, un projet financé par l’ACDI, a contribué à accroître le rendement des récoltes.
  • La mise en application de techniques de récupération de l’eau dans les hautes terres d’Éthiopie, réalisée avec l’aide de la firme montréalaise de consultants Hydrosult, a contribué à enrayer la grande famine et les problèmes de sécheresse dans la région rurale d’Ambara.

Des perspectives d’avenir

  • Devant la complexité de ces problèmes, il est nécessaire de privilégier des solutions adaptées à chaque situation.
  • L’agriculture constitue l’un des moteurs de la croissance en Europe et en Amérique du Nord et dans certaines régions de l’Asie. Dans ce contexte, il convient d’insister sur l’importance que revêt le secteur de l’agriculture pour la croissance économique des pays en développement afin de stimuler l’économie et de générer de la richesse pour aider à combattre la pauvreté.
  • Il existe un besoin pressant d’accroître les investissements dans l’infrastructure rurale (routes, source énergétique, irrigation, distribution et entreposage après récolte, installations de transformation) destinée à la production agricole, mais aussi dans la recherche et le développement ainsi que dans la mise en valeur des ressources.
  • Les politiques gouvernementales devraient permettre aux agriculteurs de tirer profit des possibilités du marché à l’échelle locale, régionale et internationale par l’octroi de crédit, par des mesures fiscales et règlementaires, par des initiatives assurant la pérennité écologique, par la gestion des risques et par l’attribution de droits sur l’utilisation des ressources.
  • Les organismes de secours locaux et internationaux devraient bénéficier d’un appui financier immédiat pour venir en aide aux populations dans le besoin et les aider à mieux exploiter leurs ressources et leur capacité productive en vue d’amorcer une transition vers un niveau acceptable de sécurité alimentaire.
  • L’établissement de programmes efficaces d’aide alimentaire aux enfants devrait faire l’objet d’une attention particulière dans le but de réduire les effets néfastes à long terme de la malnutrition sur le développement humain.

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