Nouvelle résistance aux médicaments dans la cécité des rivières

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Un retour en force du parasite fait craindre le pire

Vingt ans d’efforts pour contrer la propagation de l’onchocercose, ou cécité des rivières, dans des villages d’Afrique pourraient se voir réduits à néant par l’émergence d’une pharmacorésistance chez le parasite qui cause la maladie, selon une étude effectuée par des chercheurs de l’Université McGill.

« Nous avons les premières preuves d’une résistance avec des parasites adultes qui continuent de se reproduire et de transmettre la maladie. Dans quelques villages, la situation semble même empirer », déclare le Dr Roger Prichard, professeur James McGill à l’Institut de parasitologie de l’Université, qui fait paraître le résultat de l’étude dans l’édition du 16 juin de la revue The Lancet.

La cécité des rivières, seconde cause de cécité infectieuse au monde après le trachome, est provoquée par les microfilaires d’un nématode transmis par la piqûre de la mouche noire. Il entraîne des troubles de vision, la cécité, voire des déformations pathologiques de la peau. Le ver adulte, qui peut survivre 10 et même 15 ans dans l’hôte humain, produit chaque année des millions de larves microscopiques (microfilaires). On estime à 37 millions le nombre des personnes infectées dans le monde, principalement en Afrique subsaharienne, dans certaines régions d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud et, à un degré moindre, au Moyen-Orient.

« Cette découverte incite fortement à croire que la maladie pourrait resurgir et prendre la proportion d’un fléau », prévient le Dr Prichard, qui encourage les organismes de santé à surveiller de près l’évolution de cette pharmacorésistance et à envisager de nouveaux médicaments.

Le Dr Prichard et ses collègues ont examiné 2 501 personnes infectées dans 20 villages du Ghana. Dans 19 de ces villages d’Afrique occidentale, on distribue des doses annuelles d’ivermectine, seul médicament répandu pour le traitement de l’onchocercose.

L’ivermectine réussit à éradiquer le parasite à la phase larvaire 99 fois sur 100, mais, comme l’ont observé les chercheurs, sa population semble s’être régénérée dans quatre localités et elle aurait doublé dans deux autres entre 2000 et 2005. Deux étudiants diplômés de McGill, Mike Y Osei-Atweneboana et Jeff K.L. Eng, ont assuré l’essentiel de la recherche, en collaboration avec des instituts de recherche et les autorités sanitaires du Ghana.

Si on ne se hâte pas d’y voir, prévient le Dr Prichard, cette pharmacorésistance pourrait s’étendre aux villages où le traitement à l’ivermectine a réussi à tenir la maladie en échec depuis la fin des années 1980 lorsque, dans un geste sans précédent, la société Merck a annoncé qu’elle fournirait ce médicament gratuitement aussi longtemps que nécessaire.

Renseignements sur Internet (en anglais) : The Lancet