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Catherine Bushnell examine les manifestations de la douleur dans le cerveau

La douleur est un phénomène complexe et souvent frustrant. Elle a ordinairement une cause précise, comme le cognement d'un orteil ou une carie dentaire, mais elle peut parfois se déclarer sans raison apparente. Chez certaines personnes, par exemple, la pression exercée sur le visage par une brise inoffensive peut provoquer des souffrances atroces. Chez d'autres, c'est le contact des vêtements avec la peau qui peut entraîner des irritations. Ces douleurs imprévues et apparemment inexplicables, dites «neuropathiques», proviendraient d'un dysfonctionnement du système nerveux. Catherine Bushnell, titulaire de la chaire Harold Griffith d'anesthésie et professeur de médecine dentaire et de physiologie à l'Université McGill, étudie ce phénomène mystérieux et ses effets sur l'organisme.

«La douleur neuropathique est le type de douleur chronique le plus difficile à traiter», affirme Catherine Bushnell. Il s'agit d'un état très complexe, qui semble occasionner autant de frustrations aux chercheurs qu'aux personnes qui en souffrent. La seule chose dont on est certain est que ce type de douleur est attribuable à une anomalie du système nerveux. Pour une raison qui demeure inconnue, les neurones subissent une surstimulation ou des ratés, ce qui provoque la transmission au cerveau d'une quantité excessive de messages de douleur et entraîne des douleurs intenses et souvent persistantes. Cet état est souvent très difficile, voire impossible à traiter et peut causer une invalidité de longue durée.

Grâce au soutien financier des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), Catherine Bushnell examine les mécanismes de la douleur neuropathique et les divers médicaments qui peuvent servir au traitement de cet état pathologique. Elle s'intéresse en outre aux aspects psychologiques de ce type de douleur. «L'état psychologique du sujet peut avoir une incidence considérable sur le traitement de la douleur. Nous avons constaté que la douleur dont se plaignent les sujets est moins intense lorsque leur attention est distraite», précise-t-elle. À l'aide de techniques d'imagerie du cerveau, Catherine Bushnell analyse l'activité cérébrale de sujets dont l'attention est détournée de leur douleur. Un simple conditionnement par lequel on fait davantage abstraction de sa douleur peut même se révéler plus utile que la prise d'opiacés ou d'autres types d'analgésiques.

Pour venir à bout d'une douleur neuropathique, comme de tout type de douleur, il est essentiel d'intervenir rapidement et énergiquement. En l'absence de traitement, le mal peut devenir chronique. «L'un de nos objectifs est de faire comprendre aux malades qu'il est utile de calmer la douleur». Les gens croient souvent qu'il est préférable de prendre son mal en patience. Or, les études indiquent que les douleurs persistantes endurées par excès de stoïcisme entraînent une sensibilisation des neurones et une intensification du mal. En éliminant la douleur dès qu'elle apparaît, on réduit le risque de nouveaux épisodes. Selon Catherine Bushnell, bien qu'on doive prendre garde à la pharmacodépendance, il existe actuellement des traitements qui, lorsqu'ils sont bien administrés, peuvent soulager considérablement la douleur.

Catherine Bushnell est ravie de participer à l'élaboration du Centre de recherche sur la douleur de McGill, qui comptera l'une des plus importantes concentrations au monde de chercheurs de réputation internationale dans ce domaine. Elle parle avec enthousiasme des orientations actuelles de la recherche sur la douleur. Il existe maintenant des médicaments plus efficaces, et l'on reconnaît de plus en plus l'existence réelle de la douleur neuropathique. Mieux on comprendra le lien entre le corps et l'esprit, moins on aura tendance à minimiser la douleur et à répondre à ceux qui s'en plaignent que «tout ça, c'est dans la tête».

Voici la deuxième d'une série d'entrevues avec des chercheurs de McGill sur la douleur dont les recherches sont subventionnées par les Instituts de recherche en santé du Canada. Ce projet, co-réalisé avec l'Organisation pour la chimie et la société de McGill, a pour objectif de faire découvrir les récents progrès des recherches sur la douleur. Leur réimpression partielle ou intégrale est autorisée.