Une nouvelle gamme d'antibiotiques pose un risque pour la santé publique

Nouvelles

Une catégorie remarquable d'antibiotiques en cours de développement pourrait affaiblir les défenses naturelles du corps contre l'infection, prévient Graham Bell, biologiste évolutionniste et professeur à McGill. Son mémoire de recherche intitulé Arming the Enemy: the evolution of resistance to self-proteins (Armer l'ennemi : l'évolution de la résistance aux autoprotéines), coécrit par Pierre-Henri Gouyon, a été publié dans la revue Microbiology cette semaine.

Ces nouveaux antibiotiques suscitent de plus en plus l'intérêt en tant que nouvelles armes efficaces contre l'infection bactérienne, malgré la preuve expérimentale et les arguments théoriques suggérant que cette affirmation est douteuse, affirment-ils dans leur mémoire. « On prétend que les bactéries seront incapables de développer une résistance à ces substances, car celles-ci s'attaquent au maillon faible structural de la paroi des cellules bactériennes, » explique le professeur Bell. Il est vrai, néanmoins, que «le recours général à ces substances risque de favoriser la résistance à nos protéines de défense chez les bactéries. »

Étant donné que les études passées ont mis l'accent sur les avantages possibles de tels antibiotiques, omettant de mentionner le risque de résistance évolutive que ces derniers peuvent entraîner et les conséquences éventuelles sur les populations humaines, le professeur Bell souhaite que la mise au point de cette nouvelle catégorie d'antibiotiques soit limitée « jusqu'à ce que l'on comprenne mieux la réaction en milieu bactérien ». Il fait donc valoir que « les conséquences évolutives qu'entraînent les nouveaux traitements cliniques proposés aux populations entières, aujourd'hui et demain, doivent être prévues par le processus de réglementation ».

Si, après étude plus poussée, il est établi que les bactéries ne développeront pas une résistance aux nouveaux antibiotiques, le professeur Bell est d'avis que rien n'empêcherait l'utilisation à grande échelle de ces derniers en tant que remèdes contre les maladies infectieuses. D'un autre côté, les modèles mathématiques utilisés indiquent déjà que les risques de résistance progressive sont très élevés et que, en conséquence, la prudence est de mise jusqu'à la publication d'autres études.