Une chercheuse de McGill cartographie la pente glissante du tabagisme chez les adolescents

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Une étude épidémiologique définit des jalons « détectables » liés au tabagisme au sein de cette population

Jennifer O'Loughlin vient d'ajouter un chapitre à l'étude qu'elle a entreprise à Montréal il y a six ans auprès de plus de 1 200 adolescents fumeurs. L'épidémiologiste de l'Université McGill a établi 12 « jalons » liés à l'accoutumance et ces derniers sont de nouvelles munitions pour les professionnels des soins de la santé et les militants anti-tabagisme.

« Il s'agit d'un outil destiné à mieux repérer les adolescents qui sont sur le point de non-retour. Nous souhaitons fournir aux parents, aux professeurs, aux travailleurs de la santé et, par‑dessus tout, aux adolescents eux-mêmes, les connaissances qui leur permettront de reconnaître ces symptômes », a indiqué Jennifer O'Loughlin, professeure au Département d'épidémiologie, de biostatistique et de santé au travail de l'Université McGill.

De concert avec Christina Bancej, étudiante de cycle supérieur qui mène des travaux sous sa supervision, ainsi qu'avec les membres de son équipe, la Pre O'Loughlin s'est attachée à représenter sous forme graphique la ligne continue de la dépendance à la nicotine auprès d'un sous-groupe de 311 adolescents n'ayant jamais fumé au moment où l'étude a débuté. Répartis en douze indicateurs – six sur la consommation de tabac et six sur la dépendance à la nicotine – les jalons permettent de mesurer le niveau de sensibilité ainsi que la susceptibilité à la dépendance, en lien avec l'histoire naturelle ou un système de cartographie du tabagisme.

Mieux comprendre où se situent les adolescents sur cette trajectoire peut se révéler crucial lorsqu'il s'agit d'intervenir de manière efficace, et ce, particulièrement dans le cadre de campagnes communautaires et de santé publique. Si un style de vie sédentaire chez les jeunes enfants peut laisser présager des risques d'obésité à l'âge adulte, des indicateurs tels que « moment de la première inhalation », « premier rapport de dépendance mentale » et « premier rapport de symptômes de sevrage » peuvent aider à prédire la dépendance au tabac au cours de la vie.

« Les messages de service public doivent prendre un nouveau virage. Il ne s'agit pas de dire que fumer est branché ou non... il s'agit de montrer les répercussions que les adolescents font subir à leur corps. Je ne suis pas favorable à l'idée de bouleverser les gens ou de susciter la paranoïa. Cependant, il faut admettre les faits. Les garçons qui développent une dépendance au tabac seront des fumeurs pendant 16 ans, alors que chez les filles, ce nombre passe à 20. Ce que nous souhaitons, c'est empêcher que cela se produise », a mentionné la Pre O'Loughlin.

Au cours des six dernières années, Jennifer O'Loughlin et son équipe ont suivi 1 293 élèves, à partir du secondaire un, dans dix écoles secondaires montréalaises. Ils ont colligé des données de référence obtenues par le biais de questionnaires d'autoévaluation, desquels les sujets ayant affirmé avoir déjà fumé ont été éliminés. Le groupe d'adolescents qui a fumé pour la toute première fois au cours de l'étude a été la lentille grâce à laquelle les chercheurs ont pu observer le processus du tabagisme dès le départ.

« Milestones in the natural course of onset of cigarette use among adolescents » paraîtra en ligne le 31 juillet sur le site du Journal de l'Association médicale canadienne. La recherche de la Pre O'Loughlin a été financée par l'Institut national du cancer du Canada et a bénéficié du soutien de la Société canadienne du cancer.

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