Parlons un peu de sexe - et de douleur

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Le docteur Irv Binik étudie la douleur au cours des rapports sexuels

Pour certaines femmes, les rapports sexuels peuvent être désagréables. Pour d'autres, ils sont carrément douloureux. Le docteur Irv Binik, professeur de psychologie à McGill et directeur du service de thérapie conjugale et sexuelle à l'Hôpital Royal Victoria, s'emploie à soulager ces douleurs. Il étudie le problème de la douleur liée au sexe chez la femme, en s'intéressant tout particulièrement à deux états aigus récurrents, la douleur durant ou après les rapports sexuels (dyspareunie) et les spasmes involontaires du vagin (vaginisme).

«À l'hôpital, j'ai vu un nombre anormalement élevé de femmes qui se plaignent toutes de ressentir des douleurs durant les rapports sexuels», dit-il pour expliquer pourquoi il s'est lancé dans ce genre de recherche. Mais c'est une patiente en particulier qui l'a vraiment alerté à ce problème. Elle était venue le voir exaspérée à l'idée de devoir consulter encore un autre gynécologue. Le docteur Binik se souvient très bien de cette rencontre: «Je me suis dit, qu'elle avait absolument raison. Pourquoi est-ce que je l'envoie voir un autre gynécologue? Je suis psychologue, je suis censé connaître la douleur.»

Le docteur Binik a vite constaté que les femmes qui ressentent de la douleur durant les rapports sexuels n'ont que très peu d'options. «J'ai appris que pratiquement aucune recherche ne se faisait à ce sujet, et pratiquement aucune intervention clinique. Tout le monde présumait qu'il s'agissait d'un problème physique ou d'un problème sexuel. Personne ne s'est concentré sur la douleur.» Ainsi, grâce à l'aide de plusieurs étudiants de troisième cycle et d'un gynécologue de McGill doué d'une grande ouverture d'esprit (le docteur Samir Khalifé), le docteur Binik a décidé d'étudier le sujet plus à fond.

«Je pense que nous avons vite compris que nous devions cesser de tenter de soulager la douleur par quelque chose de physique ou de psychologique. Et il n'était pas juste non plus de penser qu'il s'agissait de quelque chose d'uniquement sexuel.» En revanche, le docteur Binik et son équipe ont cherché à analyser le problème sous tous ses angles, en se concentrant en particulier sur la douleur proprement dite. «Le principal problème est la douleur et notre première mesure a été d'essayer d'en savoir plus long à ce sujet.»

Beaucoup d'experts en santé mentale perçoivent ce trouble dans un contexte sexuel. Le même type de douleur peut être simulé chez celles qui en souffrent dans des situations non sexuelles, mais le docteur Binik ajoute vite: «le problème de ces femmes concerne leurs partenaires, les rapports sexuels et le sexe». Elles peuvent contourner les examens gynécologiques en utilisant des tampons hygiéniques et cetera, mais la question du sexe proprement dit est difficile à ignorer.

Que peuvent donc faire ces femmes pour trouver un soulagement? «Nous recommandons en général une combinaison de thérapie cognitivo-comportementale et de physiothérapie», répond le docteur Binik. Lorsqu'on n'arrive pas à soulager la douleur, on peut recommander une chirurgie. Mais le docteur Binik est d'avis que la question cruciale est de cesser de définir cette douleur en fonction du type d'activité qui la provoque.

Grâce à des chercheurs comme le docteur Binik, le service de thérapie conjugale et sexuelle de l'Hôpital Royal Victoria est devenu un centre d'importance majeure. Parallèlement aux débats sur le sujet des rapports sexuels douloureux, le docteur Binik s'évertue à ramener ses patientes dans la chambre à coucher, où, espère-t-il, les couples pourront cesser de parler de douleur pour se faire des confidences sur l'oreiller.

Voici la cinquième d'une série d'entrevues avec des chercheurs de McGill sur la douleur dont les recherches sontsubventionnées par les Instituts de recherche en santé du Canada. Ce projet, co-réalisé avec l'Organisation pour la chimie et la société de McGill, a pour objectif de faire découvrir les récents progrès des recherches sur la douleur. Leur réimpression partielle ou intégrale est autorisée.