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Le Mont-Royal est un élément distinctif du paysage montréalais qui est apprécié de tous les habitants de la métropole. Fondée en 1821, l'Université McGill est selon toute vraisemblance le deuxième plus ancien résident continu du versant sud de la montagne, après les Sulpiciens. Elle entretient donc depuis longtemps des liens étroits avec le Mont-Royal. Malgré ses ressources limitées, dont la majeure partie doit être consacrée à sa mission éducative, l'Université a pris de nombreuses mesures pour assurer la protection de ce milieu naturel et bâti qui nous est si cher à tous.

Le premier édifice de McGill, devenu le corps central du pavillon des arts, a ouvert ses portes aux étudiants en 1843. Depuis, le campus du centre-ville s'est élargi à mesure que le coeur du centre-ville se développait autour de lui. On compte aujourd'hui 112 bâtiments concentrés sur le campus principal de même que sur les flancs du Mont-Royal. Le grand campus s'étend de la rue Sherbrooke au sud jusqu'à l'entrée sud du parc du Mont-Royal au nord, et de la rue Aylmer à l'est jusqu'à la rue de la Montagne à l'ouest.

Sur ces 112 bâtiments, 50 ont été construits spécialement comme pavillons d'enseignement ou résidences d'étudiants de l'Université et 40 sont d'anciennes maisons individuelles ou d'anciens immeubles résidentiels achetés par McGill et convertis en bureaux, en laboratoires ou en salles de cours. La majorité des bâtiments de l'Université, soit 63 p. 100, ont été construits entre 1839 et 1920. Dix pour cent datent de l'entre-deux-guerres, et seulement 27 p. 100 sont ce que l'on pourrait qualifier de moderne. Il ne fait aucun doute que McGill est le plus important propriétaire d'édifices à valeur patrimoniale du centre-ville de Montréal.

Depuis l'adoption du rapport interne sur la préservation des bâtiments par le Comité sénatorial sur l'aménagement physique en 1976, l'Université McGill s'est fait un devoir d'administrer avec soin ses biens matériaux patrimoniaux. Certains édifices ont été entièrement restaurés; des toitures ont été refaites à l'aide de matériaux classiques comme l'ardoise et le cuivre et des murs en maçonnerie ont été minutieusement réparés ou reconstruits. Des vices d'ossature qui menaçaient de réduire la durée de vie des matériaux dont se composent les bâtiments ont été corrigés. Un comité consultatif spécial sur l'architecture examine toutes les propositions touchant les façades des bâtiments et les espaces publics, qu'il s'agisse de projets de construction d'immeubles neufs ou de projets de remplacement ou de peinture des fenêtres et des portes. L'intérieur des bâtiments fait également l'objet d'un entretien rigoureux. Nous travaillons actuellement à réparer des décennies d'usure selon des méthodes qui respectent l'intégrité architecturale des éléments intérieurs d'origine. Souvent, nous supprimons les traces d'interventions peu judicieuses effectuées à des périodes d'expansion rapide, par exemple dans les années 70 et 80, et restaurons plus élégamment les éléments originaux.

Le milieu bâti n'est pas le seul élément du patrimoine matériel dont McGill assure la gérance. L'Université doit également assurer la protection et l'amélioration de son cadre naturel. En 1855, le principal William Dawson déplorait le mauvais entretien et l'aspect sauvage des terrains du campus principal, où le bétail broutait en liberté et les allées étaient envahies par la végétation. Si la situation a beaucoup changé depuis, c'est grâce aux énormes quantités d'énergie et d'argent que l'Université a investies dans l'entretien de son milieu naturel.

L'entretien du cadre naturel de McGill incombe maintenant à une équipe de professionnels et d'universitaires de diverses disciplines. Le campus principal est l'un des plus grands espaces verts du centre-ville et est fréquenté toute l'année tant par les membres de l'Université que par la collectivité en général. La préservation de cette zone verte qui sert de tampon entre le parc du Mont-Royal et le centre-ville fait partie intégrante de la mission de l'Université.

Le cadre naturel de McGill étant accessible au public, il faut le gérer comme un parc et prendre soin d'accorder autant d'importance aux activités organisées par les étudiants qu'aux nombreuses autres activités récréatives qui se déroulent sur le campus. Il faut également choisir des espèces d'arbres, d'arbustes et de plantes adaptées à l'aménagement paysager du campus et aux caractéristiques écologiques uniques de la montagne.

La tempête de verglas de 1998 nous a fait prendre conscience des lacunes de nos pratiques d'aménagement paysager; nous avons depuis adopté une politique dynamique et coûteuse de surveillance, d'entretien et de replantation. Cette tempête a détruit moins de 30 arbres sur le campus principal, mais a causé des dégâts importants à près de 400 arbres, soit environ la moitié de la population d'arbres du campus du centre-ville. Les arbres touchés ont nécessité des soins professionnels pendant trois ans. De nouveaux arbres sont plantés chaque année, et l'automne dernier, sept arbres mûrs menacés par des projets de construction ont été transplantés dans la partie inférieure du campus.

Bien entendu, les arbres et les plantes ne sont pas les seuls éléments du cadre naturel de l'Université. Le campus possède des sentiers et des voies de circulation, des fontaines, des terrasses et des aires de détente ainsi que des centaines de mètres de clôtures historiques longeant par exemple la rue Peel et l'avenue du docteur-Penfield, éléments qui nécessitent tous un entretien soigneux et constant.

L'Université possède en outre une collection d'objets d'art et de sculptures extérieures qu'elle expose dans les jardins et le long des sentiers du campus de manière à présenter au public le travail et les idées de grands artistes canadiens et américains. Parmi les nombreux sculpteurs dont les oeuvres parsèment le campus, il faut citer Marcel Barbeau, Charles Daudelin, R. Tait MacKenzie, Pierre Granche, Barbara Hepworth, Jacek Jarnuszkiewicz, la Princesse Louise (fille de la Reine Victoria), John Poretta et Gertrude Vanderbilt Whitney. Grâce à cette collection, les espaces verts du campus ont une vocation non seulement récréative, mais aussi éducative.

McGill assure donc l'intendance de nombreux éléments du cadre bâti et naturel de Montréal. Mais sa contribution à l'essor de la métropole ne tient pas seulement à la gestion de son patrimoine architectural et à ses rapports avec la montagne. L'Université injecte chaque année plus de 600 millions de dollars dans l'économie montréalaise, et sa renommée internationale accroît la visibilité de Montréal dans le monde entier. On a beaucoup parlé de l'économie du savoir de notre pays; or, McGill est un chef de file de cette économie, formant une main-d'œuvre qualifiée indispensable dans une période de croissance rapide.

McGill connaît actuellement une période de développement d'une intensité qu'on n'avait pas vue depuis le grand essor des années 1960. Depuis dix ans, l'Université s'est dotée de cinq pavillons neufs et annexes : le nouveau stade couvert du complexe sportif, l'annexe à l'Institut canadien de recherches sur les pâtes et papiers, le pavillon Wong des sciences des matériaux, la bibliothèque Gelber de droit et le pavillon Brown de services aux étudiants. Nous avons également acquis une part de 60 p. 100 de la tour de bureaux située 688, rue Sherbrooke ouest. L'an dernier, nous avons assisté à l'inauguration des travaux de construction d'un nouveau pavillon de génomique et de protéomique et du pavillon Lorne-M.-Trottier des technologies de l'information de même qu'à l'annonce de la construction du pavillon Francesco-Bellini des sciences de la vie. Commenceront également sous peu les travaux de construction d'un nouveau pavillon de musique ainsi que d'une annexe de l'Institut neurologique de Montréal. La construction d'un nouveau pavillon des arts est en outre projetée.

La majorité de ces bâtiments seront construits sur des terrains interstitiels en vertu de deux mises à jour des plans décennaux d'aménagement. Le premier de ces plans a pris fin en avril 2002; cinq des dix projets qu'il renfermait ont été achevés. La seconde mise à jour des plans a été terminée récemment et sera en vigueur jusqu'en 2010. Ces plans d'aménagement ne sont en réalité que des lignes directrices, car nous n'avons aucun pouvoir sur les intentions de nos principaux donateurs et ne pouvons pas prévoir si les programmes de recherche financés par le gouvernement se poursuivront et disposeront toujours des mêmes budgets. Trois de nos nouveaux projets et au moins certains éléments d'un quatrième ont été rendus possibles grâce aux subventions que McGill a obtenues de la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI) et de Recherche-Québec. Tout semble indiquer que notre succès à ce chapitre sera de longue durée. Notre croissance continue augmentera cependant les pressions qui s'exercent sur le nombre restreint de terrains dont McGill dispose, de même que sur son cadre naturel et bâti.

L'Université McGill ne se limite pas à des installations de recherche et d'enseignement et à des bureaux. Elle a également besoin de résidences et d'installations sportives, lesquelles peuvent servir non seulement à ses propres membres, mais aussi à l'ensemble de la collectivité montréalaise. Le stade Molson, par exemple, abrite de nombreuses activités de l'Université et est devenu le domicile de l'équipe de football des Alouettes de Montréal. On trouve en outre sur le campus de McGill quelque 1 600 chambres de résidence, nombre nettement inférieur à la demande réelle, compte tenu de la pénurie de logements locatifs dans la métropole. Le nombre croissant d'étudiants de l'extérieur que McGill attire à Montréal exerce des pressions supplémentaires sur notre complexe de résidences fort limité. Comme vous le savez peut-être, McGill est intervenue pour tenter d'améliorer cette situation, et ses efforts ont retenu l'attention de quelques médias. La création de nouvelles résidences dans le secteur de McGill demeure une grande priorité pour l'Université.

En résumé, McGill a besoin d'une certaine souplesse pour pouvoir continuer de se développer de façon responsable et maintenir sa réputation internationale.

Depuis l'établissement de la zone de protection du Mont-Royal en 1989, McGill a poursuivi ses activités et a prospéré. Dans une zone de protection des monuments historiques, comme vous le savez, seul l'extérieur des bâtiments est protégé par la loi. Or, on peut prouver que McGill gère ses bâtiments historiques comme s'ils étaient des édifices « classés » et non pas seulement des immeubles « jugés dignes de protection ». Nous avons non seulement pris soin de l'extérieur de nos bâtiments, mais nous avons aussi protégé et, dans la mesure où notre budget nous le permettait, financé la restauration de nombreux éléments intérieurs à valeur patrimoniale. Nous pouvons démontrer que nous avons dépassé les attentes normales en matière de contribution sociale à la collectivité; nous avons joué le rôle de bienfaiteur, protégeant notre cadre bâti et naturel. Depuis 1989, nous avons investi plus de 20 millions de dollars dans l'entretien d'édifices et de propriétés historiques.

Et nous l'avons fait presque exclusivement à l'aide de sources de financement privées. Le ministère de l'Éducation nous fournit bien entendu la majeure partie de nos fonds de fonctionnement, mais ses normes continuent de nous pénaliser en ne tenant aucun compte de la valeur architecturale de ces beaux édifices dont l'entretien est terriblement coûteux. Selon la formule établie par le Ministère pour l'entretien des bâtiments, les édifices universitaires sont classés dans la catégorie générale des immeubles de 10 à 50 ans, et les allocations d'entretien sont distribuées aux universités selon ces normes. Comme McGill possède le plus vieux campus du réseau des universités, elle est désavantagée. Seulement 27 p. 100 de ses édifices ayant été construits après 1950, l'allocation d'entretien des bâtiments que nous recevons est nettement insuffisante. Nous avons fait valoir cette situation à maintes reprises aux fonctionnaires intéressés, mais le Ministère estime que la préservation des bâtiments historiques ne fait pas partie de son mandat.

Nous nous réjouissons des mesures prises pour assurer la protection et la pérennité du Mont-Royal, notre demeure depuis près de 200 ans. Cependant, nous souhaitons l'adoption d'une structure de planification simple et directe qui nous permettra de tenir compte de nos besoins à long terme. Cette structure doit également demeurer assez souple pour nous permettre de nous adapter rapidement aux changements de situation. Nous apprécions les mécanismes existants et nous nous méfions de toute nouvelle structure susceptible d'ajouter des niveaux d'examen supplémentaires et de prolonger les délais d'analyse. Déjà, en vertu de la charte de la nouvelle Ville de Montréal, nous ne pouvons plus modifier le programme de développement que nous avions élaboré conjointement avec le service d'urbanisme de la ville en 1995. Nous ne faisons que commencer à découvrir les répercussions fâcheuses de ce changement!

Nous demandons également que l'aide financière qui nous est octroyée soit adaptée au coût réel des fonctions de gérance que nous assumons. Nous aimerions que le ministère de la Culture et des Communications et le ministère de l'Éducation conjuguent leurs efforts et évitent de pénaliser l'Université en ne tenant aucun compte de sa responsabilité sociale dans l'intendance de ces pavillons patrimoniaux. Notre établissement possède une longue histoire et jouit d'une renommée mondiale. Pour que nous puissions maintenir notre réputation et continuer de nous développer et de rivaliser avec nos pairs, il est essentiel qu'on reconnaisse les caractéristiques propres à notre cadre physique et naturel et qu'on nous accorde un financement approprié. Nous entendons poursuivre notre quête de l'excellence et notre contribution au rayonnement de Montréal et du Québec, mais nous ne pouvons pas le faire sans aide.

En terminant, nous tenons à exprimer notre reconnaissance pour l'occasion qui nous a été donnée de présenter ce mémoire. Nous espérons pouvoir travailler en collaboration avec toutes les parties intéressées à l'élaboration d'un protocole de gestion du Mont-Royal. Nous croyons toutefois que ce protocole doit respecter la mission principale d'établissements comme le nôtre qui font partie intégrante de la topographie et de l'histoire de la montagne. McGill est fière du rôle qu'elle joue dans la préservation d'un milieu bâti et naturel d'une richesse unique qui avoisine le centre-ville. Nous désirons que le Mont-Royal et les milieux bâtis et naturels uniques que renferme son territoire demeurent encore longtemps une source de fierté et de plaisir pour l'ensemble des Montréalais.

Merci de votre attention.