L'Université Panthéon-Assas, Paris II, honore Paul-André Crépeau
Paul-André Crépeau est le père de la réforme du Code civil du Québec et co-auteur de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne
Le samedi 17 novembre 2001, à 15 heures, dans le grand amphithéâtre de lUniversité Panthéon-Assas, 92, rue dAssas, Paris VI, Me Paul-André Crépeau, professeur émérite de la faculté de droit de lUniversité McGill, se verra décerner le titre de Docteur Honoris Causa par le président Bernard Teyssié. Cette cérémonie revêt une importance toute particulière pour le professeur Crépeau car cest dans ces murs quil soutenait, en 1955, sa thèse de doctorat sur «La responsabilité civile du médecin et de létablissement hospitalier, Étude comparée du droit français, du Common Law et du droit civil de la Province de Québec». Peu duniversitaires ont exercé linfluence à long terme qua eu Paul-André Crépeau sur lenseignement du droit à McGill ainsi que sur lémergence dune véritable recherche en droit civil et en droit comparé au Canada. Dès son arrivée à McGill en 1959, ce licencié en droit et professeur assistant de lUniversité de Montréal, ce boursier Rhodes diplômé dOxford, docteur de lUniversité de Paris et diplômé de la Faculté internationale de droit comparé de Strasbourg, a été lun des grands architectes de la réforme de la faculté de droit dans les années 1960. Comme le souligne son collègue et ancien doyen, le professeur Yves-Marie Morrissette, «Cest grâce à des hommes de la trempe de Paul-André Crépeau que le droit a acquis ses lettres de noblesse dans nos universités, quil sest transformé de savoir pratique quil était en discipline intellectuelle ouverte à la critique et à lapport de disciplines parallèles.»
Si la carrière du professeur Crépeau a progressé le long des trois grands axes du droit civil fondamental, du droit comparé et du droit médico-hospitalier, il est surtout connu de ses concitoyens en tant que Président de lOffice de révision du Code civil du Québec et de co-rédacteur du Projet de Charte québécoise des droits et libertés de la personne. Comme il le déclarait à la revue Maîtres (janvier 1991), «Mises à part les joies quotidiennes de lenseignement, avoir pu présenter à lAssemblée nationale un projet de Code civil accompagné de commentaires explicatifs qui pouvaient servir de base à un projet de société civile a été un grand moment dans ma carrière. Cet honneur, bien sûr, doit être partagé avec plus de 150 juristes, mais javais à assumer la responsabilité du projet final et je lai fait: la présentation du projet à lAssemblée nationale, le 20 juin 1978, a été un grand moment dans ma vie. Un autre grand moment a été la présentation, avec mon regretté collègue le Pr Frank R.Scott, dun projet de Charte des droits et libertés de la personne au ministre de la Justice du Québec. [∑] Comme il arrive toujours, les ministres sont pressés. Il fallait remettre à Maître Choquette ce projet de charte dans les meilleurs délais. Nous y avons travaillé sans relâche pendant plusieurs mois en nous inspirant, notamment, des textes internationaux et, le 25 juillet 1971 précisément, nous avons présenté le projet qui a par la suite, inspiré la Charte sanctionnée par lAssemblée nationale en juin 1975 et qui est entrée en vigueur lannée suivante.»
Une fois complétés les travaux de lOffice, le professeur Crépeau revint à la recherche et à lenseignement en assumant la direction de lInstitut de droit comparé de lUniversité McGill, de 1975 à 1984, ainsi que du Centre de recherche en droit privé et comparé du Québec à McGill, dont il sut guider les pas pendant plus de vingt ans. Il occupa, durant toutes ces années, la prestigieuse chaire Arnold Wainwright de droit civil.
Les lourdes tâches qui furent les siennes au cours de cette période nempêchèrent pas le professeur Crépeau de parcourir le monde. Au fil des ans, il a été professeur invité à la Faculté internationale pour lenseignement du droit comparé à Strasbourg, à lUniversité Laval, à lUniversité dÉdinbourg, à la Faculté de droit de Vienne, à celle de Poitiers, au Tulane Law School, à lUniversité de Colombie-Britannique et à la Louisiana State University, sans compter les séjours à létranger rendus nécessaires par sa participation aux travaux de LInstitut international pour lUnification du droit privé (UNIDROIT). Lors du lancement de Mélanges offerts par ses collègues de McGill à Paul-André Crépeau, le 5 juin 1997, le doyen Stephen J.Toope a répondu dans ces termes à la question «Pourquoi Crépeau et McGill étaient-ils fait lun pour lautre?:» «La réponse est complexe. Il est indubitable quune personne aussi talentueuse que le professeur Crépeau aurait atteint les plus hauts sommets nimporte où. À McGill cependant, Crépeau en est venu à incarner luniversitaire dans sa forme idéale, ainsi que John Brierley la déjà souligné. McGill a-t-elle contribué à cette évolution? Je le crois sincèrement. Le professeur Crépeau a pu trouver à la faculté de droit de luniversité McGill un environnement intellectuel sur mesure, lui qui était imbu du désir dexplorer simultanément les rigueurs de la doctrine, les élans de la réforme du droit et les dédales du droit comparé. Encore aujourdhui, McGill joue un rôle de premier plan dans létude comparative et critique du droit privé, qui fut toujours au coeur des préoccupations de Crépeau. Et le bilinguisme grandissant à McGill na pu être quagréable à ce jeune francophone de la Saskatchewan.»
