Les traumatismes de l’enfance ont un effet permanent sur les gènes et le cerveau

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Une étude confirme les effets des traumatismes précoces dans le cerveau des suicidés

Des chercheurs de l’Université McGill et de l'Institut Douglas ont découvert que les traumatismes de l’enfance pouvaient altérer l’ADN et influencer le fonctionnement des gènes. Ces résultats confirment les observations effectuées sur des rats, selon lesquelles les soins maternels jouent un rôle significatif sur les gènes qui contrôlent la réponse au stress.

Les chercheurs ont étudié un échantillon de 36 cerveaux, dont 12 de suicidés ayant été victimes de mauvais traitements, 12 de suicidés n’ayant pas été victimes de mauvais traitements et 12 témoins. Ils ont découvert différentes marques épigénétiques dans les cerveaux des sujets qui avaient subi des sévices. Ces marques agissent sur le fonctionnement de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS), qui module la réponse au stress et peut augmenter le risque de suicide.

Cette recherche prend appui sur les résultats d’une étude publiés en mai dernier ayant montré que les mauvais traitements subis pendant l’enfance laissent des marques épigénétiques sur l’ADN.

Cependant, dans la première étude de ce genre, Moshe Szyf, professeur au Département de pharmacologie et thérapeutique, Gustavo Turecki, du Département de psychiatrie, qui pratique à l’Hôpital Douglas, Michael Meaney, professeur aux Départements de psychiatrie et de neurologie et neurochirurgie, également rattaché à l’Hôpital Douglas, ainsi que Patrick McGowan, chercheur postdoctoral à McGill, ont poursuivi leurs travaux reconnus mondialement sur l’épigénétique pour préciser l’influence des mauvais traitements parentaux sur l’ADN des cerveaux d’hommes québécois morts par suicide. Les résultats de cette étude entièrement réalisée à McGill devraient être publiés dans le numéro du 22 février de Nature Neuroscience .

« L’expérience clinique nous a appris qu’une enfance difficile peut avoir des conséquences sur le cours de la vie», souligne de docteur Turecki.

« Aujourd’hui, nous commençons à comprendre les conséquences biologiques des sévices psychologiques», ajoute le professeur Szyf.

« Contrairement à ce que nous pensions, le fonctionnement de l’ADN n’est pas figé», précise de docteur Meaney. « Les interactions entre l’environnement et l’ADN jouent un rôle crucial dans la capacité de résistance au stress, d’où le risque de suicide. Les marques épigénétiques sont précisément le fruit de ces interactions».

L’épigénétique est l’étude des changements dans la fonction des gènes qui n’entraînent pas de modifications dans les séquences de l’ADN. L’ADN est transmis par les parents; il reste le même toute la vie et il est identique dans chacune des parties du corps. Pendant la grossesse, toutefois, les gènes de notre ADN sont marqués par un «revêtement chimique », au cours d’un processus appelé méthylation. Ces marques sont sensibles à l’environnement, particulièrement au tout début de la vie. Les marques épigénétiques ponctuent l’ADN et le programment pour qu’il exprime le bon gène au bon moment et au bon endroit.

Les chercheurs ont découvert que les soins maternels agissent sur le fonctionnement de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS) chez le rat, par la programmation épigénétique de certains récepteurs dans le cerveau. Chez l’enfant humain, les mauvais traitements altèrent les réponses au stress modulées par l’axe HHS et augmentent le risque de suicide.

Dans des études antérieures effectuées sur des rats de laboratoire, le groupe a démontré que des comportements maternels simples pendant la petite enfance (comme le fait de lécher ses petits) ont un effet important sur les gènes et le comportement, et que cet effet est permanent. Toutefois, ces effets sur l’expression des gènes et les réactions au stress peuvent être inversés chez l’adulte à l’aide de traitements connus pour influencer le marquage épigénétique (ou méthylation de l’ADN).

Les échantillons de cerveaux utilisés dans le cadre de la dernière étude provenaient de la Banque de cerveaux des suicides du Québec, qui est administrée par le docteur Turecki de l’Institut universitaire en santé mentale de l’Hôpital Douglas. Grâce à l’appui du Bureau du coroner du Québec, le Groupe McGill d’études sur le suicide (GMES) a fondé la Banque de cerveaux des suicides du Québec (BCSQ) à l’Institut universitaire en santé mentale de l’Hôpital Douglas, pour promouvoir les études sur le suicide. La recherche effectuée sur les tissus du cerveau peut contribuer au développement de programmes d’intervention et de prévention pour aider les personnes qui souffrent de détresse psychologique et sont susceptibles de se suicider.

L'étude a été financée par les Instituts de recherche en santé du Canada et le National Institute of Child Health and Development (États-Unis).

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