Les colonies de squatteurs peuvent-elles Ítre des lieux où il fait bon vivre?

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On imagine volontiers que les squatteurs, qui n’ont aucun titre légal de propriété sur les terres qu’ils occupent, sont démunis et désorganisés. Il se trouve cependant que les recherches menées sur les «colonies de squatteurs» à faible revenu par l’urbaniste David Brown, de l’Université McGill, indiquent que ce stéréotype n’est pas toujours fondé. «Les squatteurs créent souvent des communautés organisées dans des établissements qui ne bénéficient d’aucun appui officiel de la part des institutions gouvernementales,» précise David Brown, directeur de l’École d’urbanisme de McGill et grand spécialiste des établissements à faible revenu. Les recherches qu’il vient de mener à Trinité et Tobago démontrent que ces communautés peuvent évoluer normalement «lorsqu’on y observe un équilibre entre les approches descendante (du gouvernement vers la base) et ascendante (de la communauté vers le gouvernement). C’est l’association des deux démarches qui est la clé du succès.»

Depuis 1991, avec la collaboration de Villes et développement, centre d’excellence établi à Montréal et financé par l’Agence canadienne de développement international (ACDI), David Brown étudie l’évolution des établissements à faible revenu de la capitale de Trinité et Tobago, Port of Spain. «Il est très difficile de fournir des terrains et des logements à prix abordable à une forte proportion de la population, et c’est ce qui explique que ces établissements se développent même si les infrastructures comme les routes, les canalisations de drainage, les aqueducs, les égouts et les réseaux de cueillette d’ordures, font presque totalement défaut.»

«La situation de ces bidonvilles est donc précaire sur les plans juridique, social et environnemental,» ajoute David Brown, qui a conçu plusieurs moyens efficaces d’appuyer les efforts déployés par les squatteurs pour améliorer leurs conditions de vie. L’une de ces solutions est la création de partenariats avec des travailleurs communautaires locaux, des organismes gouvernementaux et des professionnels. Ces partenariats permettent aux planificateurs professionnels et aux organismes gouvernementaux de canaliser et de vivifier les énergies, les connaissances et les ressources disponibles au sein de la communauté afin de mieux stabiliser le processus de développement communautaire.

«La planification efficace est chose possible dans les colonies de squatteurs,» affirme le professeur Brown, comme en témoignent les zones récréatives qui «surgissent» à différentes étapes de l’évolution de ces communautés spontanées. Ces «amorces de comportement» sont la matière première «d’une bonne planification récréative qui répond aux besoins particuliers des résidents et garantit la mise en place d’équipements et de services récréatifs dans un cadre approprié et sain sur le plan environnemental.»

Le professeur Brown a signé de nombreux articles dans des revues d’urbanisme, ainsi que des comptes rendus portant sur les recherches qu’il mène à Trinité et Tobago et ailleurs dans les Caraïbes. Il participe également à plusieurs projets qui font appel aux SIG dans les pays en développement et à des projets de gestion de l’eau dans la région de Beijing-Tianjing, en Chine.