Les achigans et l'écosystème des lacs

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Des chercheurs de McGill ont découvert que certaines espèces envahissantes nuisaient à l’écosystème des lacs

Des chercheurs de l’Université McGill ont étudié les changements profonds intervenus dans l’écosystème des lacs canadiens suite à l’introduction de deux espèces exotiques dans leurs eaux, à savoir l’achigan à petite bouche et le crapet de roche. Ces changements pourraient de plus menacer les populations de poissons autochtones et notamment la truite (touladi). Dans un article qui devrait paraître bientôt dans la prestigieuse revue Nature, Jake Vander Zanden et Joseph Rasmussen, avec leur confrère du ministère ontarien des Ressources naturelles, John Casselman, signalent que les crapets et les achigans introduits dans les lacs s’attaquent aux plus petits poissons, obligeant la truite à se nourrir d’aliments peu énergétiques comme les invertébrés. "L’achigan consomme la plupart des organismes dont dépend la truite et contribue à en réduire considérablement l’abondance", explique Joseph Rasmussen.

"La domination de l’homme sur les écosystèmes de la planète a donné lieu à l’introduction effrénée d’espèces exotiques qui s’est soldée par l’extinction de certaines espèces autochtones, l’effondrement des pêches autochtones et la détérioration de l’intégrité écologique et du fonctionnement des écosystèmes", écrivent les trois auteurs dans Nature. "Les écologistes sont bien incapables de prévoir, de déceler, voire de mesurer l’impact de ces différentes invasions sur l’écologie. Cela n’a rien de surprenant si l’on tient compte de la grande variabilité des réseaux trophiques naturels et de leur immense complexité."

Que l’achigan ait été introduit intentionnellement pour stimuler l’économie locale en grossissant les stocks de poissons ou par inadvertance en jetant des appâts vivants dans les lacs, la conséquence de son introduction sur la "dynamique des réseaux trophiques" c’est-à-dire sur les rapports entre les plantes, les animaux et les poissons dans les lacs canadiens, peuvent être phénoménales. "Nous devons être beaucoup plus sensibles à l’impact possible des espèces envahissantes", soulignent Jake Vander Zanden et Joseph Rasmussen. "Prévoir l’impact de l’invasion de différentes espèces et les perturbations qu’elles entraînent dans les réseaux trophiques naturels constitue un défi considérable. Si nous voulons comprendre et mesurer ce qui se produit dans l’environnement lorsque nous agissons sur ce dernier, nous devons opter pour des méthodes écologiques à l’échelle des systèmes, c’est-à-dire très vastes."

Les biologistes décrivent ensuite les méthodes traditionnelles d’examen de l’impact de l’invasion de différentes espèces, précisant qu’elles sont à la fois laborieuses, délicates et coûteuses. Ces méthodes sont au coeur des travaux que Joseph Rasmussen mène dans son laboratoire de McGill, lesquels visent à développer et à appliquer des isotopes stables à l’étude des problèmes environnementaux. Ces techniques s’appuient sur des traceurs naturels et permettent d’identifier les flux énergétiques de manière efficace et bon marché. Dans l’étude qui nous intéresse, ces techniques ont été appliquées à la quantification des conséquences, pour le réseau trophique, des invasions récentes d’achigans dans les lacs canadiens. Rasmussen et ses collègues pensent avoir conçu un indicateur très sensible des changements environnementaux.