Jeux de hasard sur Internet étudiés de près

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« Il était attablé au restaurant du casino de Montréal : 19 ans, les meilleurs mets et les vins les plus raffinés, deux jolies filles à ses côtés. Il venait de faire sauter la banque à la table de vingt-et-un. Quand je lui ai demandé où il aimerait se trouver à cet instant, il m'a dit qu'il aimerait retourner à la table de vingt-et-un », se rappelle le professeur Jeffrey Derevensky, codirecteur du Centre international d'étude sur le jeu et les comportements à risque chez les jeunes de l'Université McGill. « Pour un adolescent qui a une dépendance au jeu, une bonne journée est celle où il est entré dans le salon de jeu avec 20 $ et qu'il a joué toute la journée en les perdant. Une mauvaise journée est celle où les 20 $ n'ont duré que 10 minutes. »

Cet automne, grâce à une subvention de 76 560 $ du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, les professeurs de psychopédagogie et de psychologie de l'orientation de l'Université McGill, Jeffrey Derevensky et Rina Gupta, codirecteurs du Centre international d'étude sur le jeu et les comportements à risque chez les jeunes de McGill, scruteront le monde des jeux de hasard sur Internet dont la popularité grandit auprès des internautes adolescents de la région de Montréal (âge : 12 à 17 ans, années scolaires : 7 à 11) ainsi que des jeunes adultes (cégépiens et universitaires). En tout, 2 500 étudiants anglophones et francophones des écoles secondaires, cégeps et universités de la région de Montréal seront invités à participer à l'étude, en compagnie de 1 000 joueurs adultes de jeux de hasard par Internet provenant de l'ensemble du cyberespace anglophone et francophone.

Au cours des onze dernières années, Rina Gupta et Jeffrey Derevensky ont interviewé des milliers de jeunes joueurs âgés de 12 à 17 ans. Les deux professeurs sont réputés à travers le monde pour leurs investigations et leurs travaux cliniques de pointe portant sur le jeu chez les jeunes. Ils ont démontré que de 3,5 à 6 pour cent des adolescents ont un grave problème de jeu et que de 10 à 15 pour cent des autres sont à risques. Les professeurs Gupta et Derevensky ont également découvert que les parents qui aiment les jeux de hasard, sans être des joueurs compulsifs eux-mêmes, peuvent contribuer au facteur de risque chez leurs fils, car la plupart des adolescents qui jouent compulsivement sont des garçons.

Contrairement à une opinion très répandue, les docteurs Derevensky et Gupta ont découvert que l'argent n'est pas la motivation principale qui pousse les adolescents à se livrer à des abus de jeu. « Les trois raisons principales rapportées par tous les ados : pour l'excitation de jouer, pour le plaisir, pour gagner de l'argent. Lorsqu'ils jouent, les adolescents qui éprouvent de graves problèmes de jeu rapportent que rien d'autre ne compte et que tous leurs problèmes disparaissent. Comme le confiait une ancienne joueuse invétérée maintenant âgé de 53 ans : « Aller au casino, par contre, ça me plaisait. Tu vas jouer là, t'as la paix. Tu combles ton vide, tes frustrations, tes désappointements.» (La Presse, le 28 juillet 2003)

Dans le cadre de cette recherche, les professeurs Derevensky et Gupta chercheront à identifier et à examiner les caractéristiques et le profil psychologique de ces joueurs. Ils examineront des questions telles que l'origine ethnique, les facteurs culturels, l'âge, l'état matrimonial, le type de jeu de hasard (sports, activités de casino), la fréquence des activités de jeu et la quantité d'argent parié. En prenant soin de faire la distinction entre le jeu occasionnel, social et à problème sur Internet, les enquêteurs étudieront la relation entre les jeux de hasard sur Internet et les autres formes de jeux de hasard, ainsi que d'autres usages d'Internet. Finalement, une composante importante de l'étude portera sur l'identification des caractéristiques distinctives des sites de jeux sur Internet qui les rendent attrayants aux yeux de leurs utilisateurs.

Dans un monde branché où les casinos en ligne continuent de prospérer, où les lois n'arrivent pas à interdire de telles spéculations, le projet de recherche de l'Université McGill recueillera des renseignements précieux qui pourront servir à l'élaboration et à la mise en œuvre de programmes de prévention et de traitement, ainsi qu'au développement de politiques sociales appropriées à la réglementation des jeux de hasard par Internet. La recherche des docteurs Derevensky et Gupta a déjà servi à façonner des politiques sociales et législatives dans plusieurs champs d'applications. Ils collaborent actuellement avec l'Organisation panaméricaine de la santé ainsi qu'avec des agences gouvernementales et des chercheurs des É.-U., du Canada, de l'Europe, de l'Afrique du Sud, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande.