Essai sur le cannabis

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Le Centre de la douleur chronique de McGill lance la première étude au monde sur les effets du cannabis sur la douleur neuropathique

Les avantages potentiels d’un traitement analgésique par inhalation de fumée de cannabis seront bientôt examinés par un groupe de chercheurs de l’Université McGill. L’Université a en effet annoncé aujourd’hui que le Centre de la douleur chronique de McGill réaliserait une étude pilote d’un an sur le soulagement de la douleur neuropathique chronique au moyen de la fumée de cannabis. Les travaux seront menés à l’Hôpital général de Montréal, qui est rattaché au Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Financée au moyen d’une subvention de 235 000 $ et soutenue par Santé Canada en partenariat avec les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), cette étude vise à explorer les applications thérapeutiques éventuelles du cannabis. Comme il s’agit de la première étude menée dans le cadre du Programme de recherche sur l’usage de la marijuana à des fins médicinales de Santé Canada et des IRSC, les résultats obtenus serviront par la suite à l’élaboration d’une politique sanitaire relative à l’utilisation de la marijuana et des cannabinoïdes à des fins thérapeutiques.

« La subvention que nous annonçons aujourd’hui pose un jalon historique dans la réalisation des projets du gouvernement canadien en matière de recherche sur les éventuels bienfaits de la marijuana pour la santé, a déclaré le ministre fédéral de la Santé, M. Allan Rock. L’étude visée par cette subvention constitue le tout premier essai clinique sur l’usage de la marijuana à des fins thérapeutiques à recevoir un financement de Santé Canada dans le cadre de son Programme de recherche sur l’usage de la marijuana à des fins médicinales, auquel contribuent également les IRSC. Ce projet s’inscrit dans la foulée des démarches que nous avons entreprises par compassion pour vérifier les avantages thérapeutiques que pourrait procurer la marijuana aux Canadiens. »

Le président des IRSC, Dr Alan Bernstein, a également commenté cette annonce : « Santé Canada et les IRSC ont convenu ensemble de la nécessité de mener une étude pour vérifier l’innocuité et l’efficacité de la marijuana et des cannabinoïdes utilisés dans le traitement des symptômes chez les malades qui ne réagissent pas aux méthodes thérapeutiques courantes. Cette initiative nous permettra d’éprouver le traitement clinique de ces malades par la marijuana et les cannabinoïdes inhalés ou administrés par d’autres voies et d’évaluer l’innocuité et l’efficacité de ces substances lorsqu’elles sont employées pour soulager les symptômes. »

Une primeur à bien des égards

L’étude du Centre de la douleur chronique de McGill constituera en outre le premier essai clinique jugé par des pairs réalisé dans le monde sur les effets de l’inhalation de fumée de cannabis chez une population de sujets qui ne sont ni infectés par le VIH ni atteints de sclérose en plaques. Bien que d’autres études aient été menées sur l’incidence des constituants du cannabis sur la douleur, il s’agira du premier essai dans lequel les participants fumeront cette substance dans le cadre d’un traitement ambulatoire.

L’essai sera réalisé par cinq chercheurs de l’Université McGill oeuvrant dans plusieurs domaines différents au Centre universitaire de santé McGill, dont le Dr Mark Ware, professeur adjoint d’anesthésie. Ses collaborateurs seront Gary Bennett, directeur de recherche au Centre de la douleur chronique de McGill, la psychologue Ann Gamsa, le biostatisticien Stan Shapiro et l’épidémiologiste Jean-Paul Collet.

« Dans la conception de cette étude, nous avons tenu compte le plus possible des conditions réelles dans lesquelles les malades peuvent actuellement utiliser le cannabis, » a noté le Dr Ware, soulignant que les conditions d’essai et les résultats seront analysés en fonction des expériences témoignées par les sujets.

L’hypothèse principale sur laquelle se fonde l’étude est que le cannabis cultivé contenant 8 p. 100 de tétrahydrocannabinol (THC) soulage plus efficacement la douleur neuropathique chronique que les cannabis présentant des teneurs moins élevées en THC. Le THC est la substance à l’origine de l’effet euphorique du cannabis, effet qui pourrait également, selon les chercheurs, contribuer à l’atténuation de la douleur. « L’un de nos objectifs est d’établir la quantité de cannabis nécessaire au soulagement de la douleur et de vérifier si cette dose provoque des effets secondaires », explique Dr Ware.

Le Centre de la douleur chronique de McGill recrutera 32 sujets pour cette étude. Chacun d’eux fera l’objet d’un suivi de quatre semaines pendant lesquelles quatre souches différentes de cannabis seront évaluées. Les sujets fumeront selon une posologie précise, en une seule inhalation effectuée à l’aide d’une pipe, une faible quantité de la matière végétale. La première dose de chaque période sera administrée sous observation au Centre de la douleur chronique de McGill, et le patient prendra lui-même les doses subséquentes dans le cadre d’un suivi en clinique externe.

La qualité et l’intensité de la douleur des sujets seront évaluées au moyen d’un Questionnaire sur la douleur de réputation mondiale élaboré à l’Université McGill par le psychologue Ronald Melzack. Bien que la réalisation de cette étude sur le cannabis devrait prendre un an, le Dr Ware soutient que plusieurs autres travaux devront sans doute être effectués avant que les médecins canadiens ne puissent prescrire de la marijuana à leurs patients. « Il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une étude pilote et que l’information que nous recueillerons nous aidera à concevoir des études subséquentes plus vastes et plus concluantes, » précise-t-il.

Les principaux objectifs de l’étude sont les suivants :

  • Examiner les effets d’un traitement de courte durée par inhalation de faibles doses de fumée de cannabis cultivé sur l’intensité de la douleur chez des sujets présentant une douleur neuropathique chronique.
  • Évaluer l’innocuité du traitement et son efficacité relative par rapport à un placebo et estimer les doses produisant un effet clinique.
  • Examiner les effets du cannabis sur la qualité de vie et l’humeur des sujets.
  • Évaluer le mécanisme d’action des cannabinoïdes sur la douleur neuropathique au moyen d’une analyse sensorielle.
  • Acquérir l’expérience et obtenir les données nécessaires à la conception d’un essai clinique plus vaste.

Le Centre de la douleur chronique de McGill, qui est rattaché au Centre universitaire de santé McGill, a été fondé en 1976 et a pour mission d’étudier différentes façons de soulager la douleur chez ses patients.

IRSC est le principal organisme de financement de la recherche en santé au Canada. Son objectif est d’exceller, selon les normes internationales reconnues de l’excellence scientifique, dans la création de nouvelles connaissances et leur application en vue d’améliorer la santé de la population canadienne, d’offrir de meilleurs produits et services de santé et de renforcer le système de santé du Canada.