Un groupe de travail international dirigé par une chercheuse de McGill dévoile les premières normes de traitement des TOC

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Publié: 3juin2021

Par David McFadden

Le trouble obsessionnel-compulsif (TOC), aussi appelé trouble obsessif-compulsif, est classé parmi les dix principales causes d’incapacité médicale dans le monde par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et sa sévérité est comparable à celle du cancer. Ce trouble répandu est caractérisé par des pensées ou des habitudes obsédantes telles que le nettoyage ou la vérification à répétition.

« Sans un traitement adéquat, un TOC peut s’aggraver rapidement, jusqu’à entraîner l’incapacité chez de nombreuses personnes et nuire à tous les aspects de leur vie, y compris les études et le travail, l’hygiène de base, les soins aux enfants et le fonctionnement psychosocial », explique la Pre Debbie Sookman, psychologue clinicienne et spécialiste de renommée mondiale des TOC et des troubles connexes. Mme Sookman est également professeure agrégée au Département de psychiatrie de l’Université McGill et spécialiste affiliée au département de psychologie du Centre universitaire de santé McGill. « Vingt-cinq pour cent des patients adultes gravement atteints tentent de se suicider. »

Les experts recommandent que les patients atteints de TOC soient traités le plus rapidement possible lorsque les premiers symptômes apparaissent, afin d’éviter que leur état, leurs problèmes connexes et leur qualité de vie ne se dégradent trop et pour optimiser leurs chances de rétablissement. Une thérapie cognitivo-comportementale spécialisée peut aider une personne à acquérir des stratégies précises pour atténuer ses symptômes et les problèmes qui en découlent. Combiné à de la pharmacothérapie dans certains cas, ce traitement peut permettre à beaucoup de patients de se rétablir.

Malheureusement, pour de nombreux patients, l’accès à des traitements spécialisés fondés sur des données probantes pour un trouble obsessionnel-compulsif est difficile, voire impossible. « Nous assistons à une crise mondiale dans cette sphère de la santé mentale, qui touche de nombreuses régions de la planète, soutient la Pre Sookman. Les délais sont longs pour obtenir un diagnostic et les traitements spécialisés fondés sur des données probantes sont peu accessibles, ce qui entraîne une dégradation de l’état des patients jusqu’à l’incapacité et une utilisation inefficace des ressources en santé, en plus de prolonger la détresse des patients et de leur famille. Chez les enfants, un TOC grave non traité peut nuire à leur éducation et à leur vie professionnelle plus tard; les conséquences peuvent être irrémédiables. »

L’une des grandes causes de cette terrible situation est la pénurie, bien documentée, de cliniciens ayant les connaissances, les compétences et l’expérience requises pour traiter correctement les TOC. Les lignes directrices actuellement disponibles en matière de traitement, bien qu’essentielles, sont considérées par les experts comme étant insuffisantes, car les connaissances et les compétences des cliniciens relativement à ce trouble varient grandement. Les experts soutiennent que des normes spécialisées en matière de traitement des TOC, plus précises que des lignes directrices, sont indispensables pour améliorer de façon notable, à l’échelle mondiale, la qualité et l’accessibilité des traitements fondés sur des données probantes pour cette maladie invalidante. Jusqu’à maintenant, ces normes n’existaient pas.

Une collaboration internationale entre experts pour l’avancement et la transformation de la discipline

Le Groupe international pour la formation et l’accréditation dans le traitement des TOC (ATF), formé d’experts qui représentent 14 nations, a récemment publié des normes fondées sur des données probantes visant les connaissances et les compétences spécialisées recommandées pour le traitement des TOC à toutes les étapes de la vie. La publication des normes est l’aboutissement de la deuxième des quatre phases du projet de l’ATF.

« Les normes de l’ATF sont opérationnalisées sous la forme de compétences cliniques mesurables, qui peuvent être enseignées et transmises, indique la Pre Sookman. Autrement dit, ce sont les connaissances et les compétences dont le clinicien doit faire preuve pour offrir de façon efficace une thérapie cognitivo-comportementale spécialisée (dans le cas des psychologues cliniciens) ou de la pharmacothérapie (dans le cas des psychiatres) pour traiter le TOC chez l’enfant et l’adulte. »

Les normes de l’ATF sont désormais disponibles et peuvent être utilisées pour alimenter et améliorer la pratique clinique et la formation relatives aux TOC dans le monde entier. Les troisième et quatrième phases des travaux de l’ATF consisteront à élaborer et mettre en œuvre des critères de formation et des processus de certification (pour les cliniciens) et d’attestation (pour les établissements) s’appuyant sur les normes de référence spécialisées de l’ATF, dans le but d’améliorer considérablement la qualité et l’accessibilité des traitements spécialisés pour les personnes atteintes de TOC partout dans le monde.

Cette initiative internationale transformatrice a été lancée et est dirigée par Debbie Sookman, Ph. D., présidente de l’Institut canadien des troubles obsessifs compulsifs (ICTOC, www.ictoc.org/fr/). L’ICTOC est une organisation à but non lucratif fédérale, dont le principal mandat national et international comprend depuis 2011 la création et la supervision de l’ATF. La direction de l’ATF et les auteurs principaux des normes comprennent aussi, entre autres, le Dr David Veale (Institute of Psychiatry, King’s College à Londres, au R.-U.), qui coprésidait la phase 2, la Dre Katharine Phillips (Université Cornell, aux É.-U.), le Dr Christopher Pittenger (Université Yale, aux É.-U.), John Piacentini, Ph. D. (UCLA, aux É.-U.) et David Mataix-Cols, Ph. D. (Karolinska Institutet, en Suède).

La série spéciale de cinq articles sur les normes de l’ATF pour le traitement des TOC est publiée dans la revue Psychiatry Research (2021). Consultez le site www.ciocd.ca pour de plus amples renseignements. Pour joindre la Pre Sookman : debbie.sookman [at] mcgill.ca 

 

Le 3 juin 2021

 

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