Recherche Aperçu

INSTEAD (Indigenous Stewardship of the Environment and Alternative Developement/Gestion autochtone de l’environnement et développement alternatif) aborde des enjeux conceptuels et pratiques clés auxquels font face les populations et communautés autochtones par rapport à la gestion de leur patrimoine environnemental et culturel. Le projet réunit plus de trente chercheurs provenant de onze disciplines et travaillant dans plusieurs champs transdisciplinaires de même que près de vingt partenaires autochtones et cinq organisations non-gouvernementales pour cerner les éléments suivants :

  1. Les aspects de la vie sur leurs territoires que les partenaires autochtones voudraient préserver et ceux qu’ils aimeraient améliorer
  2. Les espaces et relations inter-espèces valorisés dont sont composés les territoires autochtones
  3. Les conditions préalables au maintien et à l’amélioration de ces relations.
  4. Les forces qui menacent ces espaces et relations.
  5. Les stratégies et sources de pouvoir permettant de faire progresser ce qui est désiré et de se défendre contre ce qui ne l’est pas.

En Amérique latine comme au Canada, les projets de vie autochtones (« planes de vida ») priorisent des modèles de développement alternatifs qui mettent de l’emphase sur le « bien vivre » (« buen vivir ») – qualité de l’environnement domiciliaire et sécurité des modes de subsistance, des communautés et des identités – plutôt que des impératifs de croissance économique sans limite soutenus par le marché et les politiques étatiques. En tentant de s’adapter à l’exploitation industrielle croissante des ressources sur leurs territoires, les partenaires autochtones s’inspirent de visions du monde et de manières de vivre qui lient les humains à des réseaux vivants plus vastes. La défense de l’intégrité de ces « communautés de vie » est un préalable pour « bien vivre » et une des principales sources de motivation à constituer des projets de vie. La coproduction de connaissances par les partenaires et chercheurs d’INSTEAD permettra de lier les résultats de la recherche à des stratégies concrètes et à la création de politiques permettant de développer les projets de vie, de protéger l’ensemble des communautés de vie et de bien vivre.

Objectifs de la Recherche Primaire

Notre but est de coproduire des connaissances permettant de développer les « projets de vie/planes de vida » collectifs des partenaires autochtones, des projets dans lesquels les stratégies de protection et de récupération du patrimoine environnemental et culturel sont centrales.

D’un côté, ces projets sont inspirés des ontologies autochtones (théories sur la nature de tout ce qui est) selon lesquelles la réciprocité représente la véritable relation des êtres humains aux autres formes de vie et le respect, le cœur d’une réciprocité positive. Parallèlement, les projets de vie sont issus de paysages culturels qui ont été transformés par l’exploitation capitaliste des “ressources naturelles”, une double intrusion dans les territoires et les populations.

Les « projets de vie/planes de vida » autochtones constituent d’une part une réplique stratégique à certaines dimensions non-désirées de la mondialisation telles que la détérioration des environnements locaux et des modes de subsistance dans le système capitaliste et les injustices économiques allant de pair avec les avantages du « développement ». Ces projets sont stratégiques de par leur recours, entre autres, à d’autres aspects de la mondialisation tels que des principes transnationaux sur la responsabilité environnementale et les droits humains ou des médias internationaux. D’autre part, les projets de vie et les notions de « bien vivre/buen vivir », liés à des modèles alternatifs de développement, sont ancrés dans des prémisses ontologiques, des cosmologies et les réalités vécues par les communautés qui, au-delà des humains, englobent les plantes, les animaux ainsi que d’autres acteurs naturels.

Personne n’échappe au dilemme auquel sont confrontées les nations autochtones. La croissance économique illimitée est devenue la devise sur laquelle se rabattent par défaut  toutes les politiques dans le monde alors que cette prémisse nous transmet, ainsi qu’à nos descendants et autres espèces, un héritage de pathologies environnementales et de diminution de la qualité de vie qui s’accumule. Bien que la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de 1987 ait statué que les territoires et savoirs autochtones et la diversité culturelle étaient des actifs à prendre en compte dans le programme mondial pour la protection de la biodiversité et le développement durable, ceux-ci ont continué à être menacés tout au long des vingt-cinq dernières années. Les populations autochtones, entrainées dans des flots d’échanges commerciaux et de pouvoir étatique, naviguent à contre-courant. Il y a donc un besoin pressant de trouver des stratégies pour protéger les valeurs et relations socio-écologiques autochtones, tout en atteignant une justice économique et en contrôlant les principes de « développement » axés sur la croissance. Ces principes réduiraient en effet tous les lieux chers aux autochtones à une mesure de « ressource naturelle », un bien pouvant être saisi, plutôt que de les considérer comme des présents devant être respectés.



Thèmes de Recherche

Notre recherche s’arrime aux axes présentés ci-dessous, centrée sur leurs conséquences et ce qu’ils impliquent par rapport à la protection de l’intégrité et de la diversité des communautés socio-écologiques à l’intérieur de modèles alternatifs de développement.

  1. Projets de vie et bien vivre dans des communautés de vie plus larges correspondant aux visions autochtones du monde;
  2. Systèmes de fonciers coutumiers et droits territoriaux;
  3. Modes de subsistance et sécurité alimentaire: adaptation à la croissance néolibérale
  4. Violence, criminalisation et résolution de conflits dans des contextes d’extraction industrielle des ressources. 
  5. Aires protégées communautaires, cogestion, gouvernance de la conservation;
Protection  des sites archéologiques, sacrés et cérémoniels en tant que patrimoine culturel.

Lieux de recherche

Des relations avec les partenaires autochtones sont bien établies à travers les Amériques :

Canada:

  • Cri
  • Innu
  • Haudenosaunee
  • Hul’qumi’num
  • St’at’imc
  • Mitchikanibiko’inik

Amérique Latine:

  • Totonac (Mexique)
  • Mayan Mam (Guatemala)
  • Mayan Q'eqchi
  • Cuna (Panama)
  • Embera (Panama)
  • Ngäbe (Panama)
  • Runa (Ecuateur)
  • Yshiro (Paraguay)
  • Mapuche (Chili et Argentine)

Mandat de Collaboration

Le projet requiert une collaboration intensive et durable entre les partenaires. Nous allons répondre aux défis que posent l’établissement d’une communication significative de plusieurs façons; par le biais de rencontres en personne et à l’aide de différents media électroniques, par la réalisation de cartographies communautaires permettant à chaque partenaire de développer un profil de l’environnement sur son territoire, de communiquer ses informations et de se comparer avec les autres, et finalement, par l’usage de la vidéo participative permettant à chaque partenaire de rassembler les histoires de son peuple liées aux enjeux que représentent les conflits d’utilisation des ressources, le maintien des modes de subsistance et la protection des paysages écologiques et culturels. La connaissance analytique, les habiletés et l’information acquises par les communautés augmenteront les chances que les modes de vie et les socio-écologies, de précieux héritages pour la diversité et l’intégrité environnementale, survivent. 

Compte tenu des distances géographiques et des différences de langage, le maintien de canaux permettant la communication et l’établissement de relations tangibles constitue un défi important. En premier lieu, les partenaires se partageront des documents clés portant sur leurs préoccupations et leurs territoires par le biais du site Internet d’INSTEAD. Un forum de discussion en ligne s’ajoutera ensuite aux autres formes de communication.  Un ou plusieurs des chercheurs de l’équipe auront la responsabilité de travailler avec chaque communauté/organisation partenaire afin de couvrir l’ensemble des axes et méthodes de recherche et d’assurer la réalisation de dialogues favorisant la comparaison, d’analyses et le maintien d’un soutien mutuel. De plus, un chercheur/coordinateur sur le terrain, provenant de chaque communauté partenaire, collaborera avec le ou les chercheur(s) universitaire(s) désigné(s). Nous offrirons de la formation sur la cartographie communautaire, la vidéo participative ainsi que sur d’autres méthodes et perspectives à ces chercheurs/coordonnateurs sur le terrain qui, à leur tour, transmettront les connaissances acquises à d’autres partenaires membres de la communauté. Avec le support de professionnels de recherche, de techniciens, de professeurs et d’étudiants gradués, les formations seront offertes à Montréal ainsi que dans les communautés partenaires, selon la convenance.    

Partenaires de Recherche

L’essentiel de nos relations de partenariat sont déjà bien établies dans leurs régions du monde respectives. L’élan et le caractère novateur de notre projet se dénotent dans le lien que nous effectuons entre la connaissance et l’expérience acquise dans ces réseaux mondiaux et la création d’alliances qui perdurent, ancrées dans l’analyse comparative, la création de stratégies et l’action sur les politiques. Nous mettons en œuvre de nouveaux croisements transdisciplinaires, intégrons de nouvelles perspectives théoriques et élargissons notre partenariat en créant des liens additionnels avec des gouvernements autochtones, des organisations communautaires et des ONG.

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