Le parcours de Jean-Philippe Martin, d’étudiant curieux à l’École de l’environnement Bieler de l’Université McGill à acteur clé d’Hydro-Québec, est une feuille de route pour les personnes passionnées d’environnement souhaitant laisser une empreinte durable.
« J’ai commencé mon baccalauréat en 2003 », se souvient-il, à une époque où les études environnementales interdisciplinaires émergeaient à peine. Cette formation, mêlant biologie, géographie et sciences du climat, a jeté les bases d’une carrière qui allait faire le pont entre le monde universitaire, le conseil et la stratégie d’entreprise.
Après avoir obtenu sa maîtrise et son doctorat à l’Université du Québec à Montréal, où il s’est spécialisé en géomorphologie et en risques géologiques, Jean-Philippe Martin s’est lancé dans des recherches postdoctorales sur le débit des cours d’eau et les avalanches, phénomènes naturels de plus en plus influencés par le climat. Mais c’est comme expert‑conseil qu’il a commencé à mettre ses connaissances en pratique. « En 2018, rappelle-t-il, il n’existait aucune norme pour évaluer les risques liés aux changements climatiques. Nous avons lancé cette activité à trois ou quatre. »
En quelques années, grâce à ses efforts et à l’intérêt grandissant des gouvernements et des investisseurs pour la résilience climatique, son équipe s’est agrandie jusqu’à compter plus d’une vingtaine de personnes. Cet élan l’a conduit à Hydro-Québec en 2021, où il dirige aujourd’hui les efforts d’adaptation aux changements climatiques.
Mais que veut-on dire par là, au juste?
Le diplômé mcgillois explique que son travail consiste principalement à réaliser des évaluations des risques liés aux changements climatiques pour des projets d’infrastructure. Qu’il s’agisse d’une centrale électrique dans le nord du Québec ou d’une ligne de transport dans le sud, son équipe analyse l’incidence potentielle des aléas futurs (inondations, sécheresses, incendies de forêt) sur les opérations. « Nous organisons des ateliers avec des ingénieurs pour examiner les risques que présentent les conditions climatiques futures. »
Jean‑Philippe Martin participe également à la mise à jour du plan d’adaptation aux changements climatiques d’Hydro-Québec, l’un des premiers du genre parmi les entreprises publiques québécoises. Il collabore avec des équipes internes, anime des ateliers et cogère des projets de recherche avec des partenaires comme le consortium RENOS. « C’est beaucoup de travail, admet-il, mais nous devons nous en occuper, car, en fin de compte, nous fournissons un service essentiel à la population. »
Malgré la complexité technique de son travail, il ne perd jamais de vue les répercussions sur l’humain. Il cite l’ouragan Debby, qui avait provoqué des inondations dans les sous-sols de centrales montréalaises et des pannes majeures. « Nous avons augmenté la capacité de pompage dans ces sous-sols. Lors d’une tempête similaire récente, ils sont pratiquement tous restés secs. »
Jean‑Philippe Martin voue une passion à l’environnement qui dépasse le cadre professionnel. Père de quatre enfants et grand amateur de plein air, il aime faire de la randonnée et du ski en famille. « De l’émerveillement, on passe à l’action », dit-il en paraphrasant Henry David Thoreau, naturaliste et essayiste américain. « Il suffit d’une promenade en forêt pour renouer avec la nature. »
Aux jeunes qui envisagent une carrière en sciences de l’environnement, il offre à la fois réalisme et espoir : « Oui, il y a des frustrations, des compressions budgétaires, de l’inertie politique, mais, que ce soit dans votre vie professionnelle ou dans votre collectivité, mettez-vous dans l’action et vous constaterez que vous pouvez changer les choses. »
Et si vous doutez qu’une seule personne puisse changer la donne, l’histoire de Jean‑Philippe Martin prouve le contraire. Parfois, il suffit d’être au bon endroit, au bon moment, avec le bon état d’esprit, pour contribuer à bâtir un avenir plus résilient.